Immigration francophone : le grand blocage

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[ANALYSE]

Les années se suivent et se ressemblent. La 6e Semaine nationale de l’immigration francophone vient de débuter. L’événement lancé en 2013 par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et les Réseaux en immigration francophone (RIF) veut avant tout valoriser l’immigration francophone et la diversité. 

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Problème du côté de l’Ontario : les nouveaux arrivants francophones ne sont pas plus nombreux qu’il y a cinq ans. L’immigration francophone continue de louvoyer entre 2 % et 2,5 %. Pas assez, et surtout bien loin de la cible gouvernementale de 5 % fixée par les libéraux en 2012.

Comment comprendre cet échec? Il y a en réalité trois blocages. Le premier est de l’ordre des connaissances, car les chiffres sont bien sûr contestables. Le 2,36 % d’immigrants francophones pour 2017 correspond par exemple aux 2 650 admissions de « résidents permanents d’expression française » sur les 12 mois.

Nous manquons aujourd’hui de données pour déterminer l’apport des migrations interprovinciales. Ils sont pourtant des centaines de francophones du Québec – peut-être plus – non comptabilisés qui choisissent chaque année de déménager en Ontario. Identifier cet apport pourrait aider grandement à leur accueil, et déterminer quels services leur offrir.

Le fédéral garde le gros bout du bâton

Le second blocage est beaucoup plus institutionnel. En annonçant cette fameuse cible de 5 % en 2012, le gouvernement libéral s’est cru au pays des fées. La vérité est qu’il n’y a pas de baguette magique pour faire venir les nouveaux arrivants à Toronto, Ottawa ou encore Sudbury.

Bien que deux immigrants sur cinq choisissent cette province comme terre d’accueil, seulement 6 600 d’entre eux sont sélectionnés en vertu du Programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI). Un taux situé entre 6 et 8 %, selon les années. En d’autres mots, le fédéral garde le gros bout du bâton.

Dernier point : le blocage politique. À la baguette magique des libéraux ontariens, les autres partis n’ont souvent pas de réponse, autre que renchérir sur des cibles trop ambitieuses. En témoigne le 5 % promis par les néo-démocrates durant la dernière campagne électorale, le tout… en un mandat. Comment? Mystère et boule de gomme.

Le gouvernement fédéral continue, lui, de tenir mordicus à sa cible de 4,4 %. Malgré tout, on n’en sait pas plus des suites de l’Accord Canada-Ontario sur immigration signé au mois d’avril. La suppression par Doug Ford du ministère des Affaires civiques et de l’Immigration n’augure rien de bon.

Changement de méthode avec Mulroney?

Pour tous ces freins, voilà pourquoi les francophones attendent un « mieux » de la part de la ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney.

Que dit-elle vraiment sur le dossier? Pour le savoir, il faut se remémorer son discours à Queen’s Park le 25 septembre à l’occasion de la Journée des Franco-Ontariens.

« Vu que les efforts de l’ancien gouvernement n’ont pas fonctionné, nous voulons travailler avec les intervenants afin de trouver des pistes de solutions innovatrices pour faire de l’immigration une force. »

À travers les lignes, on comprenait que Mme Mulroney voulait développer une tournée des entrepreneurs francophones et des entreprises qui font affaire en français. Avec l’objectif de dynamiser l’immigration en faisant de la province une destination de choix. Pas bête, même si les résultats concrets risquent d’attendre.

Force est d’admettre qu’une nouvelle méthode doit être essayée, même si la patience est bien la dernière chose dont les francophones ont besoin s’ils veulent enrayer leur déclin démographique.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 5 novembre.