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« L’ACFO Ottawa est plus inclusive et représentative de la communauté »

Temps de lecture : 4 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Soukaina Boutiyeb est la présidente de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa).

LE CONTEXTE :

Également connue comme directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC), Soukaina Boutiyeb a été élue par acclamation, ce jeudi soir, pour un troisième mandat à la présidence de l’ACFO Ottawa. Quatre personnes font également leur entrée au conseil d’administration : Grace Busanga, Yasmine Zemni, Chantale Lamarche et Li-Thian Ishimwe, qui représentera la Jeunesse.

L’ENJEU :

Élue à mi-mandat en remplacement de la présidente démissionnaire en 2017 [Ajà Besler avait quitté son poste pour devenir directrice générale], Soukaina Boutiyeb était arrivée en poste quelques mois à peine avant l’adoption du projet de Loi 177 reconnaissant le caractère bilingue de la Ville d’Ottawa. Trois ans plus tard, le climat semble s’être apaisé, même si certains souhaitent encore un réel bilinguisme officiel de la capitale nationale.

« Vous venez d’être réélue par acclamation à la présidence de l’ACFO Ottawa. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Je suis contente et fière. Je prends ça comme une marque de confiance de mon travail. Les gens voient des résultats concrets, un leadership et une grande disponibilité envers nos membres.

Pour quelle raison avez-vous choisi de vous représenter ?

Dans une situation de pandémie, c’est important d’avoir une continuité avec une personne qui connaît bien l’organisme et ses membres. Il faut poursuivre le travail et je pense avoir encore des choses à apporter.

Être élue par acclamation, est-ce un bon signe ou cela veut dire qu’il y a un manque d’intérêt ?

Je vois plutôt ça comme une marque de confiance et ce, d’autant plus que nous avons eu beaucoup de candidatures au conseil d’administration. Des gens qui n’étaient pas forcément bénévoles de l’ACFO Ottawa, mais qui aujourd’hui veulent s’impliquer.

Nous avons de plus en plus de personnes racialisées, immigrantes et de femmes intéressées, ce qui démontre aussi notre ouverture. Les gens sentent qu’on les représente, ils veulent apporter quelque chose. Je suis contente que nous ayons apporté ce changement, car quand on se dit porte-parole de la francophonie ottavienne, on doit la représenter dans toute sa diversité et la richesse de ses accents. Ainsi, l’ACFO Ottawa est plus inclusive et représentative de la communauté.

Ce sera mon dernier mandat [selon les statuts et règlements de l’ACFO Ottawa, Mme Boutiyeb ne pourra se représenter], mais je ne suis pas inquiète quand je vois cet intérêt.

Vous insistez beaucoup sur cette nécessité d’être plus inclusif. On sait que c’est une critique qui est revenue ces derniers mois envers certains organismes de la francophonie ontarienne. Est-ce que ça a été difficile à mettre en place ?

À partir du moment où il y a une volonté sincère d’y parvenir, non.

Déjà, je pense que de voir une présidente jeune, immigrante et racialisée élue à la présidence a envoyé un message. J’étais la première femme immigrante et racialisée à devenir présidente de l’ACFO Ottawa.

Et puis, en développant des projets plus inclusifs, avec des thématiques qui sortent des sentiers battus, comme notre projet « Académie du drag », je pense que cela a contribué.

Quel bilan dressez-vous des trois dernières années ?

Notre situation financière est bonne, notre équipe s’est agrandie, nous avons développé encore plus de projets, inclusifs, avec un aspect d’intersectionnalité… Nous avons aussi augmenté notre présence médiatique, nos liens avec les élus… Tout cela démontre la crédibilité de notre organisme qui se traduit également par la confiance de nos bailleurs de fonds.

L’ACFO Ottawa a d’ailleurs obtenu son plus gros projet depuis sa création avec la subvention fédérale pour le projet Ottawa bilingue [1,25 million de dollars] qui a permis d’organiser 757 activités bilingues ou en français sur la première année. Nous avons travaillé fort là-dessus. Ces accomplissements sont le travail de toute une équipe.

La ministre Mélanie Joly et la présidente de l’ACFO Ottawa, Soukaina Boutiyeb (à droite) lors de l’annonce du projet Ottawa bilingue. Gracieuseté

Et puis, il ne faut pas oublier la résistance. Nous avons quand même traversé une crise politique importante où il fallait assurer et défendre nos droits. Je suis fière de ce que nous avons accompli avec nos partenaires et de la force de mobilisation de notre communauté qui a permis de grandes manifestations, dont une a rassemblé plus de 5 000 personnes à Ottawa.

En décembre, on fêtera les trois ans de la Loi reconnaissant le caractère bilingue d’Ottawa. Qu’est-ce ce que cela a changé concrètement sur le terrain ?

Je pense que cela a permis une conscientisation. C’est notamment grâce à ça que le projet fédéral Ottawa bilingue a pu voir le jour. On sent aussi une plus grande sensibilité des élus municipaux. Il y a une volonté de mieux faire, même si c’est un travail de longue haleine.

Est-ce que cela veut dire que tout est réglé ?

Non, bien sûr. Mais on sent une ouverture d’esprit et avoir une loi nous permet de faire remarquer quand les choses ne vont pas.

Cela dit, il y a encore beaucoup à faire, notamment au niveau de l’affichage bilingue, de l’offre d’activités en français de la ville qui n’est pas au même niveau… Trois ans plus tard, rien ne peut être parfait, mais disons que c’est un bon début pour un meilleur avenir.

Certains ont critiqué cette loi, disant qu’elle n’offrait qu’un bilinguisme de surface. Est-ce que l’ACFO Ottawa veut aller plus loin ?

En toute honnêteté, non, car ça ne fait pas partie des priorités fixées par nos membres. S’ils nous en donnent le mandat, on ira plus loin. Mais pour le moment, on se concentre sur la refonte de la Loi sur les services en français et sur l’idée d’avoir une province officiellement bilingue, comme au Nouveau-Brunswick.

Ce n’est pourtant pas un dossier dont on parle tellement, notamment du côté de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) ?

Pour nos membres, c’est la prochaine étape et on a commencé à l’évoquer auprès des élus. Mais c’est un début de conversation et celles-ci doivent se poursuivre.  

Quels sont les rapports de l’ACFO Ottawa avec le maire Jim Watson qui n’a pas toujours été vu comme un allié ?

C’est beaucoup mieux. M. Watson reconnaît l’importance et le leadership de l’ACFO Ottawa et il est disponible pour parler avec nous, quand nous avons besoin.

Quels sont les autres dossiers que vous allez pousser dans les deux prochaines années ?

La refonte de la Loi sur les services en français, le début des discussions sur le bilinguisme de la province et la deuxième phase du projet Ottawa bilingue sont trois gros dossiers. Mais nous allons aussi continuer notre travail quotidien. On veut également mettre en place des tables de concertation dans tous les quartiers pour mieux comprendre les enjeux et répondre aux besoins de chacun d’entre eux. »

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