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Langues officielles : pour les organismes de défense des droits linguistiques, le temps est venu d’agir

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Des organisations qui représentent des francophones de partout au pays accueillent le plus récent rapport annuel du commissaire aux langues officielles avec réalisme. C’est sans surprise que ces entités ont constaté que le rapport vient, une fois de plus, confirmer la vulnérabilité de la langue française au Canada.

« Il est bien que M. Théberge ait souligné le recul de la vitalité́ des communautés francophones dans ce rapport », a exprimé le président de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF), Denis Simard.

« La pandémie a eu un impact négatif dans beaucoup de circonstances, que ce soit au niveau scolaire, du fonctionnement des institutions communautaires et surtout de l’immigration francophone. Ce rapport sera un document essentiel lorsqu’on parlera du lancement post-COVID de nos activités avec les gouvernements », a-t-il souligné par voie de communiqué.

Pour la Fédération des communauté francophones et acadienne du Canada (FCFA), il existe en ce moment des consensus au sein des parlementaires canadiens qui pourrait permettre de faire progresser certains dossiers francophones, au moment où l’on parle de la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

« Il y a des consensus importants sur des principes fondamentaux, notamment l’importance d’offrir un appui particulier à la langue française qui est vulnérable partout au pays, de manière à assurer l’égalité réelle de nos deux langues officielles. On peut miser sur ces consensus pour aller de l’avant et faire une différence fondamentale pour la dualité linguistique canadienne », souligne le président Jean Johnson, dans un communiqué.

Le président de l’ACF, Denis Simard. Source : Facebook ACF

M. Johnson croit que l’après-pandémie sera une période cruciale pour la francophonie canadienne.

« La relance de nos communautés sera un grand chantier à court et moyen terme. La fermeture des centres communautaires et des écoles signifie qu’à plusieurs endroits, les francophones n’ont plus d’endroits pour se rassembler et faire vivre leur langue au quotidien. D’autre part, plusieurs organismes locaux devront refaire leur réseau de bénévoles et leur clientèle. Et tout cela survient dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre », réagit M. Johnson.

Des plaintes qui grimpent en flèche en Alberta

De son côté, le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, la SANB, Alexandre Cédric Doucet, croit que ce rapport n’est qu’une preuve de plus qu’il est grand temps que soit déposé le projet de loi qui modernisera la Loi sur les langues officielles.

« Nous l’attendons impatiemment depuis 2018. De plus, si le nombre de plaintes de la part des gens du Nouveau-Brunswick a diminué dans la dernière année, ce n’est vraisemblablement pas en raison de l’atteinte de l’égalité réelle dans notre province. Nos membres nous disent que ça peut prendre jusqu’à trois ans pour avoir une enquête finale par rapport à leur plainte. Un meilleur mécanisme de fonctionnement pourrait permettre d’augmenter l’efficience du rôle du commissaire. »

Quant à l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), elle se dit reconnaissante de la mention de la situation du Campus Saint-Jean dans le rapport et espère que « des solutions seront trouvées par les gouvernements dans les plus brefs délais » pour éviter la disparition du seul établissement qui permet aux francophones de l’Alberta de faire des études collégiales et universitaires en français. « La francophonie albertaine ne peut pas permettre qu’un tel scénario se produise », avertit la présidente de l’ACFA, Sheila Risbud, inquiète de l’évolution du nombre de plaintes recevables, émanant sa province, qui sont passées de 48 à 120 en un an.

Marie-Claude Rioux, directrice générale de la FANE. Capture écran TFO

La Fédération acadienne de Nouvelle-Écosse (FANE), par la voix de sa directrice générale, Marie-Claude Rioux, encourage, elle aussi, le gouvernement de Justin Trudeau à adopter une version modernisée de la Loi sur les langues officielles.

« La pandémie n’a fait que mettre en lumière une situation qui était déjà préoccupante auparavant. Voici pourquoi il est important d’adopter rapidement un projet de loi pour moderniser la Loi sur les langues officielles afin de redonner de la vigueur à nos communautés négligées et fragiles sur le plan linguistique depuis des années », indique-t-elle.

NPD : « très accablant sur la situation du bilinguisme »

Du côté des partis politiques fédéraux, le conservateur Alain Rayes, ministre du cabinet fantôme responsable des langues officielles, a qualifié le rapport de « frappant ».

« De quelques centaines de plaintes, le commissariat en reçoit désormais plus de 1 000 par année. La situation linguistique et la précarité du français partout au pays s’aggravent depuis que les libéraux sont en place. Ils n’ont mis en application aucune des 21 recommandations du commissaire depuis trois ans, dont celle demandant que la Loi sur les langues officielles soit modernisée. Malheureusement, ce n’est pas une priorité pour ce gouvernement libéral. Un gouvernement conservateur présentera son plan pour moderniser cette Loi dans les 100 premiers jours de son mandat », a-t-il promis.

Pour sa part, le chef adjoint du Nouveau Parti démocraitque (NPD) fédéral, et critique en matière de langues officielles, Alexandre Boulerice, parle d’un document « très accablant sur la situation du bilinguisme et surtout du français dans les institutions fédérales, et c’est un constat d’échec. Après six années de gouverne libérale, malgré les belles paroles, on n’a pas été capable de livrer la marchandise », s’est indigné le député de Rosemont–La Petite-Patrie.

Le porte-parole aux langues officielles et en matière de francophonie pour le Bloc Québécois, Mario Beaulieu. Gracieuseté

Enfin, le porte-parole du Bloc Québécois en matière de Langues officielles, Mario Beaulieu, se désole de voir que le gouvernement fédéral n’agisse pas de façon plus vigoureuse pour protéger le français au Canada.

« D’une part, on assiste à une augmentation vertigineuse du nombre de plaintes quant aux services en français du gouvernement fédéral et, d’autre part, on dépose un rapport qui se refuse toujours à admettre que la seule langue minoritaire menacée au pays est le français. L’ironie est totale, d’autant plus que les moyens avancés par le rapport afin d’inverser cette tendance ne sont que très faibles. Si le fédéral est sérieux, il doit se résoudre à agir dès maintenant », en conclut le député bloquiste.

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