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« Le gouvernement a créé un chaos politique » – Rémi Sabourin

Temps de lecture : 4 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Rémi Sabourin est le président de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO).

LE  CONTEXTE :

Après l’entente rapide conclue avec le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), c’est au tour des quatre syndicats d’enseignants, dont l’AEFO, de trouver un accord de renouvellement des conventions collectives.

L’ENJEU :

Salaires, congés, conditions de travail et d’apprentissage doivent faire l’objet d’un consensus entre syndicats, gouvernement et employeurs, afin d’éviter un nouveau risque de grève.

« Comment se déroulent les négociations depuis leur ouverture, le 20 août ?

Nous avons débuté les rencontres en septembre et trouvé un terrain d’entente sur les sujets à débattre à la table provinciale et aux tables locales. Les conditions de travail des enseignants, les conditions d’apprentissage des élèves, les congés et la rémunération en font partie. On se lance maintenant dans la deuxième étape : la négociation en elle-même.

Le gouvernement a-t-il créé un climat serein au préalable ?

Dès son entrée au pouvoir, le gouvernement a annoncé un déficit de 15 milliards de dollars pour rebrousser chemin, il y a quelques semaines, et dire que c’est 7 milliards de dollars. Il a annoncé par la suite de grandes coupes en éducation et amené un projet de loi à la législature par rapport à un maximum sur les augmentations de salaires… Le gouvernement a créé un chaos politique qu’on déplore. Nous, on est ici pour que nos membres reçoivent ce qui est juste.

Quelles sont vos revendications en termes de salaire ?

On demande une augmentation qui reflète le taux d’inflation. Les rapports démontrent que, au cours des huit dernières années, les augmentations de salaire (autour de 0,9 %) ont été en deçà de l’augmentation annuelle du coût de la vie (autour de 2 %). Il faut voir les choses dans leur ensemble, tout mettre sur la table et trouver des solutions gagnantes-gagnantes.

Le ministre des Finances a réaffirmé récemment un plafonnement à 1 % par an. Ce type de déclaration ne met-il pas de l’huile sur le feu ?

Ça n’amène rien de positif. Le gouvernement semble se positionner sur le fait que ce sont les fonctionnaires qui doivent payer le coût de l’austérité. C’est déjà fait, car le déficit n’est pas de 15 mais de 7 milliards de dollars. Jouer avec les chiffres comme ça, c’est quelque chose qu’on n’apprécie pas au niveau politique. Il faut laisser la table de négociations jouer son rôle. Une entente négociée, c’est le mieux pour toutes les parties.

Comment les écoles francophones se sont adaptées aux compressions provinciales ?

Les coupes ont surtout affecté le secondaire avec un ratio passant de 22 à 28 élèves par classe. Les conseils scolaires francophones ont réussi à faire une certaine gymnastique mathématique avec leur budget pour minimiser l’impact sur le terrain. Seulement, on en est juste à la première de quatre années de coupes. Ça va être difficile pour eux de répéter ça.

À terme, quelles pourraient-être les conséquences ?

Avec des coupures de cette envergure, c’est la survie même des écoles secondaires de langue française qui est en jeu. Quand on augmente le ratio, on réduit l’offre de cours qui est déjà moindre du côté francophone. Surtout l’offre de cours spécialisés (arts, sciences, technologie). Si les Franco-Ontariens ne trouvent pas l’offre nécessaire, ils se tourneront vers les high schools. Ça nous inquiète. Il va falloir en discuter.

Réclamez-vous l’annulation des suppressions de postes d’enseignants ?

Le gouvernement pourrait définitivement le faire, d’autant qu’il a trouvé 8 milliards en moins dans le déficit. Ça serait réaliste de revenir sur ces coupes. Selon les chiffres du bureau de la responsabilité financière, il y aura au total 10 000 enseignants de moins d’ici 2024. Ça représenterait autour de 1 000 postes en moins dans les écoles secondaires francophones. C’est ce que nous voulons empêcher.

Avez-vous le sentiment que l’éducation est vue comme un fardeau budgétaire en Ontario ?

C’est certain. Nous, on pense qu’il faut voir ça comme un investissement. Il faut investir en éducation et non couper. Chaque dollar investi rapporte 1,30 $ selon le Conference Board du Canada, car lorsque la société est éduquée, il y a moins de pression sur les services sociaux. On attend du gouvernement qu’il voit aussi les choses sous cet angle.

L’entente rapide trouvée par le syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) est-elle un signal encourageant pour les enseignants ?

On n’a pas encore vu les détails mais, ce que j’aime, c’est que ça a été négocié. C’est la chose la plus importante. Il n’y a pas eu recours à la législation ou à une loi spéciale. On peut tenir compte de la tendance et bâtir sur ce qui a déjà été décidé, mais on pourrait avoir des demandes complètement différentes du SCFP. On est deux groupes de syndiqués assez différents, même si on travaille dans le même système.

L’accord interviendra après les élections fédérales… Cela compliquera-t-il la tâche de l’AEFO ?

Je n’ai pas le sentiment que ça jouera un si grand rôle. On va négocier de bonne foi et on attend la même chose des autres parties.

Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour défendre les intérêts de vos membres si les discussions piétinent ?

Il est très tôt pour en parler. On y va étape par étape. Quand viendra le temps des décisions, nous les prendrons en consultant nos membres. Ça viendra quand la négociation deviendra plus corsée. Depuis la nouvelle loi de 2015 qui régit les négociations, et même depuis le début des années 2000, on n’a connu aucun débrayage provincial. On a toujours réussi à trouver une entente négociée et c’est ce qu’on espère obtenir. »

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