L’ancienne église Saint-Charles-Borromée, située sur la rue Barrette à Vanier, sera désormais identifiée par une plaque patrimoniale officielle. Photo: Inès Rebei/ONFR
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« On est très heureux » : Enfin une plaque patrimoniale pour l’église de l’Ordre de Jacques-Cartier

L’ancienne église Saint-Charles-Borromée, située sur la rue Barrette à Vanier, sera désormais identifiée par une plaque patrimoniale officielle. Photo: Inès Rebei/ONFR

OTTAWA – À moins d’une semaine du centenaire de la fondation de l’Ordre de Jacques-Cartier, la valeur patrimoniale et historique de l’ancienne église Saint-Charles-Borromée sera officiellement immortalisée. La Ville d’Ottawa procédera à l’installation d’une plaque commémorative de bronze sur le bâtiment du quartier Vanier ce jeudi, avant un dévoilement officiel à la communauté ce vendredi matin.

Désignée bien patrimonial par la Ville d’Ottawa en 2013, puis confirmée par un règlement modificatif du conseil municipal en février 2020, l’église construite en 1908 manquait toujours d’une signalisation publique rappelant son histoire.

C’est le Comité de la francophonie de l’Association communautaire de Vanier (ACV) qui a pris le dossier à bras-le-corps pour réclamer cette plaque.

« On est très heureux […] Ça fait tellement longtemps qu’on l’attend, cette plaque. Il n’y avait absolument rien qui démontrait le statut patrimonial de l’église jusqu’ici », se réjouit Johanne Leroux, bénévole au sein de l’ACV dont elle fut la présidente du comité francophone jusqu’à récemment.

Pour la communauté francophone de la capitale, cette reconnaissance publique survient à un moment charnière.

« C’est une belle reconnaissance patrimoniale pour la communauté francophone d’Ottawa et plus particulièrement de Vanier, souligne Bobby Boudreau, président de l’ACFO Ottawa. L’église Saint-Charles-Borromée a été un lieu phare pour les citoyens de Vanier, mais aussi pour les avancements de la francophonie partout au pays. »

La plaque patrimoniale soulignant l’architecture de 1908 de l’église Saint-Charles-Borromée et la naissance de l’Ordre de Jacques-Cartier en 1926. Photo : Gracieuseté de Johanne Leroux

Le berceau de « La Patente »

La plaque de bronze rédigée en français et en anglais rappelle l’architecture néo-classique québécoise conçue par Charles Brodeur, mais accorde une place centrale à la fondation de l’Ordre de Jacques-Cartier.

C’est en effet dans le sous-sol du presbytère attenant que cette société secrète, surnommée « La Patente », est née le 22 octobre 1926 sous l’impulsion du curé François-Xavier Barrette, de l’ingénieur Albert Ménard et d’Émile Lavoie.

Pendant près de quarante ans, l’organisation a œuvré dans l’ombre à l’échelle canadienne pour favoriser l’accès des francophones à la fonction publique fédérale, exiger des chèques de paye bilingues, la monnaie bilingue ou encore pour jeter les bases des conseils scolaires de langue française en Ontario.

« C’est une église qui a un impact historique national. […] Ça aurait été épouvantable qu’il n’y ait pas de plaque avant le 22 octobre pour le 100e anniversaire », affirme Johanne Leroux.

Les militants ont d’ailleurs dû faire pression cet été auprès de la Ville pour que le budget nécessaire soit accordé afin d’offrir une plaque complète comprenant le récit historique et le nom de l’église.

Un projet d’occupation commerciale dans l’église Saint-Charles-Borromée a échoué en raison de la COVID-19, de l’inflation et des difficultés de financement, forçant le promoteur à mettre le bâtiment en vente. Photo : Inès Rebei/ONFR

Du côté de la municipalité, on attribue ce délai de plus d’une décennie aux démarches d’aménagement du site.

« À la suite de la désignation de l’église comme lieu patrimonial en 2013, les travaux de réaménagement du site ont retardé l’installation de la plaque », indique Anne Fitzpatrick, planificatrice de la conservation du patrimoine à la Ville d’Ottawa.

Conçue au coût de 1976,03 $ par la Direction de la planification du patrimoine de la Ville, la plaque a été rédigée par un historien municipal avant d’être soumise pour examen au comité francophone de l’ACV. La Ville confirme d’ailleurs que la date du dévoilement le 16 octobre a été choisie sur mesure pour concorder avec les célébrations du centenaire de La Patente.

Toujours pas d’acheteur

Cette cérémonie survient alors que l’avenir du bâtiment suscite toujours des interrogations. Acquis en décembre 2014 par le consortium Modbox puis mis en vente au printemps dernier pour 5,3 millions de dollars, le complexe réaménagé « St. Charles Market » cherche un nouvel acquéreur.

« On voulait vraiment que le statut se transmette et célébrer cette mémoire, particulièrement depuis que l’église a été mise en vente, explique à ce propos Mme Leroux. On ne voulait pas que dans la transaction, on perde la notion du statut patrimonial de l’édifice ou que le lieu soit négligé. »

Conçue par la firme d’architecture Linebox Studio, la transformation du site a permis d’enchâsser une structure résidentielle de huit étages autour de l’ancien lieu de culte. 

Toutefois, la protection municipale obtenue sous la Loi sur le patrimoine de l’Ontario ne protège que l’enveloppe extérieure et le clocher de l’église, excluant l’espace intérieur ainsi que l’ancien presbytère aujourd’hui démoli.

« Notre objectif est de vendre l’église à un acheteur qui en sera également l’occupant et qui voudra en faire son milieu de vie ou son commerce, tout en maintenant l’espace ouvert et accessible au public », explique Darryl Squires, associé chez Modbox.

« Tout ce que nous avons accompli sur cette propriété depuis plus de dix ans a été fait dans l’optique d’honorer l’histoire de l’église et son rôle dans la communauté francophone, ajoute M. Squires, précisant que la plaque sera fixée à gauche de l’entrée principale. Nous avons investi énormément d’argent et d’efforts dans la structure et les fondations pour mettre le bâtiment aux normes modernes et en assurer la pérennité. »

Johanne Leroux, bénévole au Comité de la francophonie de l’Association communautaire de Vanier, qui a mené les démarches pour l’obtention de la plaque patrimoniale. Photo : Inès Rebei/ONFR

Parallèlement, Johanne Leroux espère qu’une deuxième plaque, cette fois-ci d’envergure nationale, verra le jour à proximité. Une demande de désignation est actuellement à l’étude auprès de Parcs Canada et de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada pour reconnaître l’importance historique nationale de l’Ordre de Jacques-Cartier.

Un automne sous le signe de l’histoire à Vanier

Les célébrations entourant le centenaire ne s’arrêteront pas au dévoilement de ce vendredi, lequel sera d’ailleurs suivi d’une réception. L’événement, orchestré par le Comité de la francophonie et l’ACV, est rendu possible grâce à la collaboration du projet Vanier Culture en action, de la Zone d’amélioration commerciale (ZAC) Vanier et du Marché St. Charles.

La Ville d’Ottawa et Vanier Culture en Action, en collaboration avec la ZAC Vanier, présenteront aussi des extraits de la comédie musicale Les Patenteuses, une création de la compagnie Les Créations In Vivo sur le parvis lors de la cérémonie (ou à l’intérieur de l’édifice en cas de pluie).

De son côté, le Muséoparc Vanier inaugurera le 29 octobre prochain une exposition temporaire intitulée L’Ordre de Jacques Cartier : 100 ans de mystère et d’influence, qui permettra au public d’explorer les rituels, les codes secrets et l’impact de cette société née au cœur de Vanier.