Premier ministre ontarien recherche nouvel ami québécois
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[CHRONIQUE]
Doug Ford aime les Québécois. C’est, à tout le moins, ce qu’il a affirmé à quelques occasions. À cet effet, il pouvait pointer la relation amicale qu’il semblait entretenir avec l’ancien premier ministre François Legault. On peut cependant s’interroger sur sa capacité à développer avec Paul St-Pierre Plamondon, le nouveau premier ministre québécois désigné après l’élection provinciale de lundi dernier, une relation similaire.
Ford et Legault, malgré leurs différences, appartenaient plus ou moins à la même génération, en plus de partager un passé d’hommes d’affaires et un style politique similaire. Ce n’est pas le cas avec celui qui est communément appelé PSPP.
Les interactions de Ford et de St-Pierre Plamondon à ce jour, par médias interposés, n’ont pas été particulièrement cordiales. Doug Ford avait déclaré il y a quelques mois que l’élection du Parti Québécois serait un désastre pour le pays : « Si, et Dieu nous en garde, il (le chef du Parti québécois) est élu, retenez mes paroles, d’ici un an ou un an et demi, il déclenchera un référendum pour se séparer du Canada. C’est inacceptable! ». Paul St-Pierre Plamondon avait quant à lui répliqué en accusant Ford de faire du « mauvais théâtre » et d’avoir nui, avec sa campagne publicitaire aux États-Unis qui avait soulevé l’ire de Donald Trump, aux intérêts du Québec.
Doug Ford a certainement été déçu par l’élection d’un gouvernement du Parti Québécois. Cependant, il a peut-être trouvé un peu de réconfort dans le fait que ce dernier n’a pas réussi à obtenir une majorité de députés à l’Assemblée nationale, ce qui rend encore plus improbable la tenue d’un référendum, à court ou moyen terme. Et, dans tous les cas, PSPP avait déjà indiqué durant la campagne électorale québécoise ne pas avoir l’intention de tenir un référendum tant que Donald Trump serait président des États-Unis.
Sans la menace immédiate d’un référendum, les deux premiers ministres pourront sans aucun doute développer des alliances ponctuelles au cours des prochains mois. Il ne faut pas négliger le fait que les deux provinces ont un certain nombre d’intérêts communs, que ce soient des transferts fédéraux aux provinces plus élevés ou encore la défense de l’industrie manufacturière canadienne, qui est largement concentrée au Québec et en Ontario. Il faudra également voir si Ford, qui a émis au cours des derniers mois des critiques à l’endroit du projet de train à grande vitesse Alto, qui suscite un certain mécontentement au sein de nombreuses circonscriptions conservatrices de l’Est ontarien, décidera d’entrer en croisade avec St-Pierre Plamondon, qui a promis de retirer la participation du Québec dans le projet.
Il demeure cependant peu probable que Ford trouve chez St-Pierre Plamondon un nouvel ami québécois pour remplacer Legault. En effet, on peut s’attendre à des relations beaucoup plus compliquées et tendues avec le Québec au cours des prochains mois malgré le souhait exprimé par Ford, après l’élection de St-Pierre Plamondon, que les deux provinces puissent travailler ensemble.
Contrairement au gouvernement de la Coalition Avenir Québec, qui avait limité ses critiques quant à l’approche adoptée par Mark Carney et le gouvernement fédéral dans leurs négociations avec les États-Unis, St-Pierre Plamondon n’a pas hésité à affirmer que le gouvernement fédéral était prêt à sacrifier les intérêts du Québec en faveur de ceux de l’Ontario et de l’Alberta. Il est improbable que le premier ministre québécois désigné accepte de jouer au sein de « l’équipe Canada » que Ford n’a eu de cesse de promouvoir depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. PSPP s’est d’ailleurs déjà engagé à nommer un ministre responsable du processus d’indépendance qui viendra remplacer le Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, qui pilotait auparavant, entre autres, la question des relations avec les autres provinces, de même que les relations du Québec avec les communautés francophones hors Québec. Il faudra également voir si St-Pierre Plamondon acceptera de participer aux rencontres du Conseil de la fédération, qui réunit l’ensemble des premiers ministres des dix provinces canadiennes et des trois territoires. À ce jour, il a fait preuve d’une certaine ambiguïté à ce sujet.
Bien entendu, Ford pourrait nous surprendre. Il a réussi, par le passé, à développer des relations de travail cordiales, et somme toute surprenantes, avec des politiciens comme Chrystia Freeland. Il n’en demeure pas moins qu’il doit sans doute espérer que le gouvernement minoritaire du Parti Québécois ne sera pas trop longtemps au pouvoir. Et que l’électorat québécois lui permettra par la suite de se faire, avant l’élection provinciale ontarienne prévue en 2029, une nouvelle ou un nouveau meilleur ami québécois.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.