Le ministère de la Justice canadien verse près de 400 000 à deux organismes impliqués dans la lutte contre la traite de personnes, un financement qui vise à renforcer la sensibilisation et le soutien aux victimes dans les communautés francophones. Photo : Canva
Société

400 000 dollars pour soutenir les victimes francophones de la traite de personnes

Le ministère de la Justice canadien verse près de 400 000 à deux organismes impliqués dans la lutte contre la traite de personnes, un financement qui vise à renforcer la sensibilisation et le soutien aux victimes dans les communautés francophones. Photo : Canva

Le 30 juillet, le ministère de la Justice du Canada annonce l’investissement de 3,35 millions de dollars pour soutenir les victimes et survivantes de traite de personnes, un effort pancanadien dont bénéficieront neuf organismes de lutte à travers le pays. Parmi eux figurent deux organismes ontariens qui reçoivent un financement total de presque 400 000 dollars pour appuyer des campagnes de sensibilisation francophone en milieu minoritaire et l’accès aux services socio-juridiques en français pour les survivantes.

Le 30 juillet dernier, le ministre de la Justice du Canada, Sean Fraser, a annoncé un investissement de 3,35 millions de dollars pour soutenir les victimes et survivantes de la traite des personnes. Le montant sera versé à neuf organismes impliqués dans cette lutte.

Deux de ces neuf organismes visent à répondre aux besoins de la communauté francophone. Réseau-Femmes du Sud-Ouest de l’Ontario, un organisme référence d’aide aux femmes francophones basé à Windsor, reçoit la somme de 312 728 dollars pour sensibiliser le public.

L’organisme sudburois Angels of Hope Against Human Trafficking, obtient 85 640 dollars pour accroître l’accès aux services en français pour les survivantes.

Pour le ministre, cet investissement « marque une étape importante dans nos efforts pour mettre fin à la traite de personnes et pour renforcer un système de justice qui répond aux besoins des victimes et des personnes survivantes, tout en accordant la priorité à leur sécurité et à leur dignité », affirme-t-il par communiqué.

Le financement, qui provient du Fonds d’aide aux victimes et du Fonds d’appui à l’accès à la justice dans les deux langues officielles, s’inscrit dans le cadre de la stratégie fédérale d’aide aux victimes du gouvernement, qui avait lancé un appel à projets fin 2025. Cette démarche visait à accorder des financements prioritaires aux organismes agissant contre les violences sexuelles et en faveur de la justice réparatrice.

De 2014 à 2024, le gouvernement recense plus de 5000 affaires de traite de personnes déclarées au Canada, 93 % des victimes étant des femmes. « Les femmes autochtones, racisées, immigrantes, sont surreprésentées parmi les victimes », explique Medleen Menelas, coordinatrice des projets au Réseau-Femmes du Sud-Ouest de l’Ontario.

Windsor, un point de sensibilisation stratégique

À travers le projet Justice et liberté, le Réseau-Femmes du Sud-Ouest de l’Ontario compte utiliser ce financement pour sensibiliser la communauté de Windsor aux réalités du trafic humain, un fléau répandu dans la province. « D’après nos recherches, 67 % des cas signalés au Canada sont en Ontario. On est la province la plus touchée », ajoute celle-ci.

Pendant deux ans, Mme Menelas et la directrice générale de l’organisme, Danielle Péladeau, rêvent de mettre sur pied un projet de sensibilisation. Pour celles-ci, la position de Windsor est stratégique dans le réseau criminel lié à la traite des personnes : la ville est un axe majeur de trafic humain, du fait de sa proximité avec l’autoroute 401, le pont Ambassadeur, ou encore le nouveau pont Gordie-Howe, des voies frontalières entre le Canada et les États-Unis.

Actif depuis 1991, le Réseau-Femmes du Sud-Ouest de l’Ontario compte mener des campagnes de sensibilisation en français contre la traite de personnes. Photo : gracieuseté de Medleen Menelas

« Il y a 40 000 usagers qui transitent chaque jour et entre 7000 et 8000 camions commerciaux qui traversent le pont. 12 000 véhicules de particuliers traversent également la frontière. Ça crée un environnement propice au recrutement, au transit, et à l’exploitation des victimes de la traite », affirme la coordinatrice des projets au Réseau-Femmes.

Avec le financement octroyé, l’organisme compte diffuser une campagne de sensibilisation francophone soutenue dans le Sud-Ouest.

Des ressources régionales existent, mais presque uniquement en anglais, déplore Mme Menelas. Pour sa première phase, le projet s’appuiera sur des collaborations avec des centres de santé communautaires, des écoles, des associations ethnoculturelles, et des espaces publics afin de diffuser des informations préventives.

« Nous voulons vraiment outiller la population, leur donner suffisamment d’informations pour qu’elle soit outillée par rapport à la traite, pour savoir ce que c’est, notamment le grooming (processus de sollicitation/de mise en confiance) », soutient-elle.

Pour la deuxième phase, l’organisme compte proposer de l’accompagnement en français. « À travers des cliniques mobiles gratuites et confidentielles, on ira dans les différentes régions de Windsor pour proposer des avocats ou des personnes spécialisées. »

Du soutien en français dans le Nord et plus encore

Créé en 2015 par Cristina Scarpellini, Angels of Hope Against Human Trafficking est un organisme à but non lucratif destiné à soutenir les survivantes de la traite des personnes. La fondatrice et directrice avait remarqué que les survivantes francophones n’avaient pas accès à des services en français.

« Beaucoup de personnes parlent français, dont beaucoup de victimes. C’est leur langue de préférence. Ce serait juste de leur parler et d’offrir des services dans leur langue de préférence. C’est le Canada, il y a donc bien deux langues  ».

En décembre 2025, elle présente son projet d’expansion de ses services en français au ministère de la Justice du Canada. Son organisme reçoit alors la somme de 85 640 dollars, ce qui lui permet l’embauche d’une travailleuse sociale francophone, Megan Parent. Celle-ci va non seulement accompagner les victimes et survivantes dans leurs démarches socio-juridiques, mais aussi offrir de l’accompagnement social lié au bien-être.

Cristina Scarpellini, fondatrice de Angels of Hope Against Human Trafficking, mène un projet d’accès aux services en français pour les survivantes francophones de traite de personnes. Photo : gracieuseté

Le mandat de l’organisme vise à promouvoir ces services spécialisés, notamment du soutien judiciaire. « On veut les mettre en contact avec des avocats. S’il y a des cas qui aboutissent au tribunal, on peut se présenter en personne avec elles pour qu’elles soient plus à l’aise ».

Il s’agit également de proposer des services d’accompagnement, des groupes de soutien aux pairs en français, ainsi que des activités de sensibilisation et de mobilisation.

Moins d’une semaine après l’annonce, la directrice rapporte que déjà sept victimes francophones ont sollicité l’organisme pour obtenir du soutien. Avec ce financement, l’organisme souhaite répondre à un besoin national auprès des survivantes francophones. « On compte envoyer une lettre à des organisations pertinentes à travers le Canada pour leur faire part de nos programmes et services afin qu’elles puissent nous recommander à des survivantes qui parlent français », dit Mme Scarpellini.

Pour la travailleuse sociale, ces services sont une véritable ligne de survie pour les victimes. « La traite de personnes a un impact très important au Canada. Ça touche plusieurs personnes, des familles, des communautés. Les survivantes peuvent vivre des traumatismes physiques, psychologiques, beaucoup d’isolement et d’anxiété, confie-t-elle, c’est essentiel d’offrir de la prévention, du soutien spécialisé, un meilleur accès à la justice, et des services en français. »