Manifestation contre le projet d'ALTO réunissant des gens de l'Ontario et du Québec Photo : Pascal Vachon / ONFR
Société

TGV ALTO : rassemblement symbolique d’opposants à la frontière ontarienne et québécoise

Manifestation contre le projet d'ALTO réunissant des gens de l'Ontario et du Québec Photo : Pascal Vachon / ONFR

Quelques centaines de manifestants se sont rassemblés à Saint-Eugène, à la frontière de l’Ontario et du Québec, pour manifester leur opposition au projet de train à grande vitesse (TGV) et interpeller les candidats aux élections provinciales québécoises et municipales ontariennes.

Agriculteurs, élus et résidents de l’est de l’Ontario et du Québec ont convergé vers la ferme Legault pour s’opposer au projet, dont le tracé — qui doit être dévoilé à l’automne — traversera l’Est ontarien.

Près d’une cinquantaine de tracteurs décorés d’enseignes anti-Alto ont défilé samedi à cette ferme située à quelques centaines de mètres de Hawkesbury-Est.

« On a peur pour la division de la communauté », soutient Geneviève Bédard, venue de Saint-Eugène avec sa famille.

« Les enfants vont perdre leurs amis d’école et la communauté va se diviser en deux », déplore-t-elle.

La municipalité pourrait se voir coupée en deux par un pont ferroviaire ou par la voie empruntée par le TGV. Mme Bédard craint également l’impact sur le marché immobilier local, alors que la disponibilité de logements est déjà limitée.

« Qu’est-ce que ça va créer s’ils exproprient autant de gens en même temps? Ça va faire en sorte qu’il va y avoir plein de monde qui va chercher des maisons, et ça va créer une pénurie. Les gens qui vont vouloir vendre vont monter leurs prix parce qu’il y aura beaucoup d’acheteurs », s’inquiète la résidente de l’Est ontarien.

À quelques pas de là, Michel Lalonde craint lui aussi l’impact immobilier du projet ferroviaire pour Chute-à-Blondeau, un village du canton de Hawkesbury-Est qui pourrait faire partie du tracé, à l’instar de Saint-Eugène. Habitant au bord de l’eau, il redoute en outre la pollution sonore.

« Il y a des maisons sur le bord de cette même route, à Chute-à-Blondeau, qui sont plus difficiles à vendre aujourd’hui. Il n’y a rien en bas d’un million de dollars sur le bord de la rivière; de l’autre côté, c’est 500 000 $. Le monde a peur du bruit », avance-t-il.

Des résidents du Québec et de l’Ontario se sont déplacés pour l’occasion.

Photo : Pascal Vachon / ONFR

Lui-même ancien agriculteur, il dit s’être déplacé pour soutenir les personnes touchées.

« Pour moi, ça aurait été terrible », s’imagine le Franco-Ontarien.

« S’il y avait eu un grand terrain et qu’il avait fallu que quelqu’un coupe mes terres en deux… L’argent, ça ne donne rien comparé à tous les inconvénients qui viennent avec. Je trouve que c’est très triste pour les agriculteurs. Et financièrement, pour le gouvernement, je trouve ça déplorable », ajoute Michel Lalonde.

Le TGV, qui reliera Québec et Toronto en environ cinq heures, doit notamment s’arrêter à Ottawa et à Kingston. La grogne s’intensifie depuis plusieurs mois dans l’Est ontarien et ailleurs contre ce projet mis de l’avant par Ottawa. Plusieurs propriétaires touchés ont refusé l’accès à leurs terres aux employés de la société d’État. Des municipalités, dont les Comtés unis de Prescott et Russell ainsi que le Caucus des préfets de l’Est de l’Ontario, ont exprimé leur opposition officielle en adoptant des résolutions.

De son côté, le fermier Daniel Serré craint le pire pour ses terres.

« C’est censé passer ici, mais j’espère qu’ils vont changer d’idée et qu’il n’y en aura pas, soupire-t-il. Ce que je trouve le plus déplorable, ce sont de belles terres agricoles qui sont massacrées. Carrément massacrées », complète-t-il.

Plusieurs personnes interrogées samedi ont également dénoncé le coût d’une telle infrastructure, estimé à près de 90 milliards de dollars par Alto.

« L’argent est-il là? C’est de l’argent public. Ils parlent de 90 milliards, mais on s’entend que ce sera peut-être beaucoup plus. Ce n’est pas un projet viable selon moi », juge Stéphane Sénéchal, venu de Mirabel pour l’occasion.

L’impact environnemental fait aussi partie des principales préoccupations des opposants.

« Les terres agricoles, la faune… ça affecte tout », dénonce Debbie Scharf aux côtés de son conjoint, Joe.

Debbie Scharf aux côtés de son conjoint, Joe, venus manifester contre la future infrastructure ferroviaire.
Photo : Pascal Vachon / ONFR

« Ce n’est pas une bonne chose pour l’Est de l’Ontario, poursuit celle qui habite près de Carleton Place. Très peu de gens l’utiliseront. Pour parler franchement, ce n’est pas le citoyen ordinaire qui va s’en servir. C’est un train à vocation récréative, il n’est pas destiné aux déplacements professionnels. »