C'est depuis un ordinateur dans son sous-sol à Ottawa que David Bellerive a mis sur pied GO ALTO, une campagne 100 % indépendante en faveur du TGV entre Toronto et Québec. Photo : gracieuseté de David Bellerive
Société

TGV ALTO : Une campagne citoyenne lancée pour « rendre visible le soutien et le support au projet »

C'est depuis un ordinateur dans son sous-sol à Ottawa que David Bellerive a mis sur pied GO ALTO, une campagne 100 % indépendante en faveur du TGV entre Toronto et Québec. Photo : gracieuseté de David Bellerive

David Bellerive est le fondateur et coordonnateur de GO ALTO, une nouvelle campagne publique et citoyenne lancée à Ottawa ce lundi. Résident de la capitale fédérale, il pilote bénévolement cette initiative aux côtés d’une petite équipe locale. 

Alors que les équipes techniques d’Alto s’activent à définir le tracé exact du futur TGV qui reliera Québec à Toronto, la grogne citoyenne s’intensifie sur le terrain, particulièrement dans l’Est ontarien où les craintes liées aux expropriations et aux impacts sur les terres agricoles font monter la tension. 

Face à une opposition de plus en plus structurée, GO ALTO, qui vient de voir le jour, veut faire contrepoids et rendre visible le soutien et le support au projet Alto.

« Qu’est-ce qui a poussé la création de la campagne GO ALTO?

On a lancé cette campagne pour rendre visible le soutien et le support au projet Alto, le train de très grande vitesse entre Toronto, Québec et toutes les villes sur le chemin. Ce qui nous a vraiment motivés à faire ce lancement, c’est qu’on croit que pour avoir de bonnes discussions, il faut qu’on ait les deux bords de l’équation. En ce moment, on entend beaucoup parler de pourquoi on ne devrait pas aller de l’avant avec ce projet. Nous, on veut mettre à l’avant pourquoi c’est un projet qui est important, qui est transformateur, et surtout, qu’on ne peut pas se permettre de ne pas compléter.

Ça fait près de 60 ans qu’on étudie le train à grande vitesse au Canada sans jamais aller au bout. Qu’est-ce qui rend le contexte d’aujourd’hui plus favorable?

Comme vous le mentionnez, ça fait pas loin de 60 ans qu’on étudie le train à grande vitesse au Canada, et à chaque étude passée, il s’est toujours produit exactement la même chose : on a remis le dossier sur une étagère et on s’est dit qu’on attendrait à plus tard. Mais là, je crois qu’on voit une renaissance, une recrudescence de l’idée d’investir au Canada. Le pays a trop souvent ignoré d’investir dans ses infrastructures pour être compétitif à l’international, mais aussi pour améliorer la vie des gens qui vivent dans ces régions-là. 

En ce moment, le projet actuel de train à grande vitesse est le plus avancé de l’histoire du Canada. Attendre coûte cher, et remettre ALTO sur l’étagère aujourd’hui serait un immense désavantage pour le Canada et pour les générations à venir. Il faut cesser d’attendre. 

Vous vous dites 100 % indépendants, mais votre nom reprend celui du projet officiel du gouvernement. Qui est derrière votre campagne et comment la financez vous?

Le site web et la campagne ont été lancés à partir d’un ordinateur dans le sous-sol chez nous. Nous sommes 100 % indépendants, sans aucune affiliation politique, gouvernementale ou privée. L’idée, c’est que ce soit un projet bâti par les gens, pour les gens.

Initialement, nous sommes une équipe de quatre à cinq personnes. Le niveau de contribution de chacun varie selon nos engagements professionnels, et nous ne pouvons pas tous nous présenter devant les médias. Ce sont des gens ordinaires qui parlent de projets qui leur tiennent à cœur, et nous sommes très fiers de cette entière indépendance.

Les opposants dénoncent un manque de consultation publique de la part du gouvernement. Comment comptez-vous créer un dialogue entre les deux camps?

Comme tierce partie, on ne peut pas forcer les groupes à agir, mais on veut encourager un dialogue ouvert et honnête en misant sur l’éducation et la recherche. D’un côté, il faut qu’ALTO respecte ses engagements pour minimiser les impacts locaux. De l’autre, les communautés doivent être prêtes à discuter de l’intégration du projet chez elles, que ce soit pour identifier les routes prioritaires ou protéger les sols.

Définir le tracé d’un projet linéaire de plus de 1000 kilomètres est une étape critique. Il y aura inévitablement des mécontents en bout de ligne, mais en étant proactifs et collaboratifs pour réduire le nombre d’expropriations, on peut y arriver. Ça demande du temps et de la réflexion de la part de tout le monde.

On sent une très forte opposition dans l’Est ontarien face aux craintes d’expropriation. Comment concilier votre message de promotion avec les inquiétudes de ces communautés?

Ces inquiétudes sont tout à fait valides. On ne veut pas les minimiser : le projet va utiliser des terres et aura un impact sur les propriétés entre les grandes villes. On ne peut pas l’ignorer, et cela doit faire partie de la définition du projet. La vraie question réside plutôt dans la façon dont on atténue ces impacts et dont on compense équitablement les gens.

De plus, il est normal qu’un train à grande vitesse ne s’arrête pas dans chaque localité. En contrepartie, on peut investir dans de meilleures connexions et renforcer le transport en commun régional pour faciliter l’accès aux stations existantes. Il y a plein d’opportunités à explorer ensemble pour que chaque région puisse tirer son épingle du jeu.

On attend toujours les rapports d’impact environnemental et social. Si ces études concluent que les dommages locaux l’emportent sur les gains, maintiendrez-vous votre appui?

C’est une question complexe, car tout dépend de la façon dont on soupèse un bénéfice par rapport à un coût. Un grand projet d’infrastructure aura des impacts dans tous les cas. L’important est de les identifier à l’avance pour arriver à une décision éclairée par les personnes en charge. Notre position pourrait évoluer avec le temps. 

Par contre, nous sommes confiants que les équipes d’ALTO mettent en place les mesures nécessaires pour réduire l’impact réel et s’assurer que ce soit le projet le plus bénéfique pour le Canada. Chaque décision de tracé, comme choisir de passer par un terrain privé plutôt que par une forêt, comporte des coûts et des risques. L’intérêt d’ALTO est de minimiser ces coûts, ce qui veut aussi dire minimiser les conséquences pour le projet. Tout cela doit se faire en étroite collaboration avec les communautés et les gouvernements.

Quels sont les prochains objectifs concrets pour votre campagne?

Honnêtement, notre but pour les prochaines semaines est de bâtir des outils pour rendre la campagne visible et concrétiser le soutien du public. On a déjà une certaine quantité d’actions disponibles sur notre site web, mais au cours des prochains mois, nous allons en lancer de nouvelles. On veut notamment donner aux citoyens les moyens d’avoir des discussions éclairées sur les impacts et les bénéfices réels du train. 

C’est encore le tout début, mais sans avancer de chiffres concrets, le niveau d’engagement et l’intérêt fort du public depuis le lancement surpassent déjà nos attentes. On a bien hâte d’utiliser cet élan et de travailler avec les gens pour développer la campagne. Notre priorité reste de provoquer des dialogues ouverts et honnêtes. »