13 milliards et 15 ans pour une ligne : « on doit apprendre de nos erreurs », dit la voix francophone de TTCriders
[ENTREVUE EXPRESS]
QUI :
Franco-Albertaine étudiante à la maîtrise à l’Université de Toronto, Zoé Nicoladis collabore depuis septembre avec TTCriders. Très impliquée, elle porte la voix des usagers du transport en commun au sein de la métropole.
LE CONTEXTE :
Organisation de défense des droits des usagers, indépendante de la Commission de transport de Toronto (CTT/TTC) et de la Ville de Toronto, TTCriders milite pour un service plus fréquent, plus abordable et plus accessible. Ses quelques centaines de membres participent à opérer des changements constructifs, font de la sensibilisation à destination du public, en plus d’être porte-parole auprès de la CTT/TTC.
L’ENJEU :
Après 15 ans de travaux et un investissement de 13 milliards de dollars, le bilan de la ligne Eglinton Crosstown est lourd. La porte-parole de TTCriders dénonce l’opacité de Metrolinx et presse les autorités d’apprendre de leurs erreurs pour éviter que ce schéma ne se répète sur les prochains grands chantiers.
« Quelles conclusions tirez-vous de l’ouverture de la tant attendue ligne 5, qui referme une saga marquée par la controverse?
Nous sommes soulagés et enthousiastes de la mise en service de la ligne Eglinton Crosstown depuis le 8 février dernier. Il y a même un certain émerveillement, car on l’attendait depuis tellement longtemps, beaucoup trop longtemps.
Il faut se rappeler que le projet a commencé il y a 15 ans et qu’il a coûté 13 milliards de dollars. C’est quelque chose qui nous frustre énormément.
Ce partenariat entre le public et le privé est un échec. Nous sommes très déçus de Metrolinx qui n’a pas donné d’explications tangibles à la communauté.

Considérez-vous donc que le dossier n’est pas clos ?
C’est clairement Metrolinx qui est responsable des délais et des dépassements de coûts et plus précisément le consortium privé qu’ils ont embauché, Crosslinks.
On estime à 6 milliards de dollars le budget additionnel par rapport aux estimations initiales, considéré comme du gaspillage, et pas un bon usage de l’argent des contribuables. Il n’y a aucune transparence de leur part et nous sommes en droit de savoir où cet argent est allé.
Sans compter qu’il y a eu tellement de résidents et de commerçants sur Eglinton qui ont dû subir des années de construction et payer les frais d’une baisse d’activité. Le dossier n’est pas terminé, on estime qu’on doit avoir des réponses.
De nombreux autres projets sont considérés. Qu’espérez-vous des prochaines expansions du réseau ?
Il faut impérativement qu’on apprenne de nos erreurs et de cette expérience pour les prochains projets. Une ligne Eglinton Est (TLR) est censée voir le jour, de même qu’une ligne Waterfront (TLR) et on veut s’assurer que ça se déroule beaucoup mieux, bien qu’il n’y ait pas encore d’échéancier fixé.
Qu’en est-il de la Ligne Ontario?
La Ligne Ontario (15 stations d’Exhibition Place à l’Ontario Science Centre) est, elle, aux prémices de sa construction. On observe que le gouvernement tire des leçons par rapport à la ligne Eglinton Crosstown et la nouvelle ligne 6 Finch West (TLR) (officiellement ouverte le 7 décembre 2025) qui ont essuyé des échecs – cette dernière a aussi coûté 1 milliard de dollars en plus et été retardée de deux ans.
La province de l’Ontario a notamment décidé d’étager la construction de la Ligne Ontario par petites parties, plutôt que de construire tout en même temps, ce qui était un des enjeux avec la ligne 5.
Rendre le tarif abordable est aussi l’un de vos chevaux de bataille. Des nouveautés sur ce front?
Nous sommes très fiers de notre travail en faveur du « fare capping », le plafonnement tarifaire des transports. Dès septembre 2026, au lieu d’acheter un pass mensuel à l’avance (qui coûte cher d’un coup), l’usager paye chaque trajet en tapant sa carte ou son téléphone.
Une fois un certain nombre de trajets payés dans la semaine ou le mois, tous les trajets suivants sont gratuits. Le plafond sera fixé à 47 en septembre, puis on l’espère à 40 l’année suivante.
Nous encourageons tout le monde à faire entendre sa voix auprès de notre organisme. Plus nous avons de gens impliqués, plus nous avons de poids pour faire valoir nos droits en tant qu’usagers. »