Jean Claude N’da, président de l’ACFO Toronto, est arrivé à Toronto il y a près de 10 ans et son engagement pour la francophonie n’a cessé de grandir depuis. Photo : Gracieuseté
Rencontres

Jean-Claude N’da : 30 ans d’entrepreneuriat au service de la francophonie

Jean Claude N’da, président de l’ACFO Toronto, est arrivé à Toronto il y a près de 10 ans et son engagement pour la francophonie n’a cessé de grandir depuis. Photo : Gracieuseté

TORONTO – Entrepreneur, coach, formateur, conseiller stratégique… Le président de l’ACFO-Toronto, Jean-Claude N’da, multiplie les casquettes. Derrière son rôle de leader communautaire se cache un homme d’affaires déterminé à faire rayonner la francophonie torontoise.

« D’où vient ce vif engagement pour la communauté francophone de Toronto?

Après un court séjour à Gatineau lors de mon arrivée au Canada, je me suis installé définitivement en Ontario en 2017. Cette année-là, je me suis impliqué comme bénévole à l’ACFO-Toronto. Par la suite, en intégrant le Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario (RIFCSO), mon agenda s’est nettement chargé, et puis, en me familiarisant avec ce réseau, j’ai développé une grande expertise, que je suis ensuite revenu mettre au service de l’ACFO.

Vous êtes bien connu de la communauté, mais vous connaît-on vraiment? Que ne sait-on pas encore de vous?

Beaucoup de personnes ne savent pas que je suis entrepreneur et que c’est une passion qui m’anime depuis la fin de mes études. J’étais chef d’entreprise en Côte d’Ivoire avant ma vie en Ontario. J’intervenais dans l’immobilier, la distribution, et j’accompagnais des organisations non gouvernementales, en plus de coopératives.

Ce que j’aimais par-dessus tout, c’était soutenir les jeunes ou les femmes en quête de financements, notamment dans le domaine agricole. Une bonne partie de ma vie a donc été marquée par l’entrepreneuriat, et peu de gens connaissent cette facette, ça fait partie des mystères entourant Jean-Claude N’da.

Jean-Claude N’da a été élu président de l’ACFO-Toronto en 2025 pour défendre les intérêts des francophones, où il a commencé comme bénévole quelques années plus tôt. Photo : Gracieuseté

Si l’entrepreneuriat peut être perçu comme une démarche plutôt individuelle, comment y intégrez-vous une dimension collective?

J’encourage beaucoup mes confrères qui m’approchent, souvent pour créer des organismes à but non lucratif francophones dans le Grand Toronto. Nous avons énormément de compétences sur le terrain, mais ils peuvent hésiter parfois par manque d’assurance ou par crainte. Il faut les soutenir et les pousser à mettre en place ces structures. C’est exactement ce que je fais.

Qu’est-ce qui vous passionne dans l’entrepreneuriat?

J’ai commencé il y a 30 ans, en 1996. Depuis tout petit, j’ai ce sentiment d’avoir la fibre entrepreneuriale en moi. Mon père possédait de grandes plantations de café et de légumes, et ma grand-mère produisait des pagnes qu’elle commercialisait. Tout cela m’a encouragé.

Comment garder le cap de l’action et de la créativité à l’ACFO-Toronto quand on dispose de moyens assez modestes?

Au niveau de l’ACFO, on essaie d’innover et de progresser à chaque instant. Même si nous n’avons pas les fonds nécessaires et que nous nous appuyons sur le volontariat, on espère que toute la francophonie saisit l’enjeu des francophones et nous appuie dans la bonne direction, car nous voulons apporter plus.

J’ai une philosophie simple : j’aime apporter quelque chose à ceux dont je croise en chemin. Je ne cherche pas forcément de la reconnaissance, mais j’aime apprendre et donner à la vie. Et donner à la vie, c’est aider à apporter quelque chose à ceux que je rencontre. Donc, je me sens très à l’aise de dire à quelqu’un : « Si tu as besoin d’aide, n’hésite pas. »

Le président de l’ACFO-Toronto a lancé cette année la première édition de Franco-Été, un projet pilote conçu comme un rendez-vous culturel annuel visant à rassembler la communauté francophone autour de sa richesse culturelle. Photo : Gracieuseté

Comment définiriez-vous votre rôle de président à l’ACFO-Toronto?

Je voudrais avant tout que la communauté francophone rayonne. Ça fait partie de mes attentes mais aussi des défis à surmonter. Mon rêve est que tout francophone qui arrive à Toronto sache d’emblée qu’il a sa communauté ici. En effet, lorsqu’on arrive au Canada, on pense souvent au bilinguisme, mais on pense rarement à l’existence d’une communauté francophone. Cette dernière a des droits, elle a des besoins de se bâtir et de se développer ainsi que d’affirmer sa présence et de faire reconnaître sa contribution.

Ainsi, peu importe d’où l’on vient, que ce soit du Cameroun, du Congo, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal ou du Vietnam, on se retrouve dans un environnement où l’on ne sait pas forcément comment les choses se passent et on a besoin d’apprendre. Cela demande beaucoup de résilience car c’est une prise de risque d’abandonner ce qu’un immigrant abandonne quand il part pour l’inconnu. C’est important de reconnaître leur contribution, parce que sans eux, beaucoup d’entreprises ne pourraient pas fonctionner.

Vous n’avez pas été très satisfait de la première édition de Franco-Été, la qualifiant de premier échec dans votre vie. Pourquoi une telle autocritique?

Lors de cette première édition, des pépins techniques nous ont obligés à ajuster le déroulement de la soirée. J’en ai été touché, car mon père nous a inculqué le sens des responsabilités depuis tout petit : apprendre à analyser une situation pour prendre les bonnes décisions et les bonnes attitudes qui servent l’intérêt collectif. Il nous a enseigné à ne pas vivre de manière égocentrique, mais plutôt à servir les autres, les accompagner et les aider.

Jean-Claude N’da s’adresse à la lieutenante-gouverneure de l’Ontario lors du lever du drapeau de la Francophonie internationale en mars 2026. Photo : Gracieuseté

D’autres figures de la francophonie évoquent régulièrement les défis d’entreprendre en tant que personne noire au Canada. Partagez-vous ce constat?

Pour enrichir notre francophonie, on a besoin d’aller vers l’entrepreneuriat, et quand tu as une solide maîtrise en anglais, cela facilite les choses. Mais entreprendre au Canada reste tout de même un réel défi. On arrive dans un environnement dont on ne connaît pas toujours les règles. Le fonctionnement des affaires y est très différent de celui de nombreux pays d’Afrique. En plus, ceux œuvrant à l’échelle locale ont besoin de bâtir leur nouvelle clientèle. Même si beaucoup d’entre eux visent la diaspora, il faut faire en sorte que ce qu’ils proposent puisse s’adapter à leur nouvelle réalité. L’essentiel est de ne pas se limiter, d’élargir ses horizons et d’aller à la conquête d’autres communautés.

Le Jour des Franco-Ontariens approche! Avez-vous prévu quelque chose pour l’occasion?

Évidemment, on aura notre traditionnel lever du drapeau que l’on place cette année sous le signe de la relève. Nous allons ainsi inviter les étudiants car c’est cette relève-là que nous voulons mettre à l’honneur ce 25 septembre.

Ça reste un événement historique pour toute la communauté franco-ontarienne, mais aussi un moment de rassemblement et d’affirmation. On voudrait pouvoir mobiliser les francophones, les institutions et les organismes afin qu’ils viennent marquer leur présence, parce que ce drapeau représente toute une lutte pour nous.

Ce drapeau est une fierté qui doit être le symbole de notre volonté d’être reconnus, d’être pris en compte. C’est le symbole que nous voulons que notre communauté, surtout à Toronto, soit parfaitement bilingue, et que ce bilinguisme soit présent dans les institutions et dans la vie de tous les jours. »


2017 : Installation à Toronto.

2018 : Intégration de l’équipe du Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest (RIFCSO) de l’Ontario.

2019 : Mise sur pied du Comité local en immigration francophone (CLIF) de Toronto.

2022 : Création du Groupe de travail en immigration francophone de Simcoe, lequel devient, en 2024, le Comité local en immigration francophone (CLIF) de Simcoe.

2025 : Élection à la présidence de l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.