De fortes réductions pour les arts visuels francophones, mais pas seulement
OTTAWA – Le financement accordé par le Conseil des arts de l’Ontario (CAO) aux organismes artistiques francophones recule de près de 4 % en 2026-2027, avec des réductions particulièrement importantes dans les arts visuels. Tandis que le milieu dénonce des critères économiques mal adaptés à sa réalité, le CAO invoque un budget provincial gelé depuis 2009 et la nécessité de diriger ses ressources vers les secteurs où elles auront les plus grandes retombées.
« Tout le travail que j’ai accompli pendant un quart de siècle est éliminé d’un simple trait de plume. » C’est en ces termes qu’Yves M. Larocque, directeur général du Bureau des regroupements des artistes visuels de l’Ontario (BRAVO), déplore la réduction de 62 % du financement accordé par le CAO à son organisme pour la saison 2026-2027.
BRAVO figure parmi les 11 organismes francophones, sur les 40 recensés, qui voient leur enveloppe diminuer dans le cadre du Fonds de fonctionnement des arts de l’Ontario. Les arts visuels comptent parmi les secteurs les plus durement touchés.
Le financement de BRAVO est passé de 39 682 $ en 2025-2026 à 15 000 $. La Galerie du Nouvel-Ontario perd 30,8 % de son enveloppe, le Centre d’artistes Voix Visuelle, 27 %, Le Labo, 26,6 %, et l’Association des groupes en arts visuels francophones, 25,6 %.
Le Théâtre la Tangente et Afrique Nouvelle Musique perdent pour leur part la totalité de leur financement. Parmi les autres réductions figurent celles des Éditions L’Interligne (-32,1 %), du Salon du livre de Toronto (-28,4 %) et de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (-28 %).
Au total, l’enveloppe destinée aux organismes francophones, historiquement protégée, a diminué de près de 4 %. « Cette année, pour la première fois, notre enveloppe a diminué de 4 %, ce qui représente 80 000 $. Pour nous, c’est très inquiétant », affirme Lisa Breton, directrice générale de l’Alliance culturelle de l’Ontario.
Pour elle, cette diminution ne constitue que la partie visible de l’iceberg. Elle s’inquiète de ce qu’elle décrit comme une diminution progressive de la représentation francophone au sein du CAO, après la disparition du Bureau des arts francophones et la perte d’une représentation francophone au conseil d’administration.

« Quand je parle de la pointe de l’iceberg, c’est cette trajectoire qui m’inquiète : voir les services être, je ne veux pas dire « disparaître », mais réduits subtilement au fil des années », explique-t-elle.
Un budget provincial gelé depuis 2009
De son côté, le Conseil des arts de l’Ontario affirme, dans une réponse à ONFR, que le gouvernement provincial continue d’offrir un « soutien record » aux artistes et aux organismes artistiques francophones, qu’il considère comme une composante essentielle du paysage culturel ontarien. « Le Fonds de fonctionnement des arts de l’Ontario est un nouveau programme qui oriente les ressources là où elles auront le plus grand impact pour les artistes, les organismes artistiques, les communautés et la population ontarienne », explique Jaspreet Sandhu, directrice des affaires publiques, des communications et de la recherche au Conseil des arts de l’Ontario.
Cette révision survient dans un contexte de pression budgétaire. Dans une correspondance datant de la fin du mois de juillet, le directeur général du CAO, Michael Murray, indiquait que la population de l’Ontario et la demande de financement artistique avaient augmenté, alors que l’allocation provinciale annuelle du Conseil demeurait fixée à 60 millions de dollars depuis 2009.
« Les arts et la culture rivalisent avec les industries minière et automobile »
Cette nouvelle orientation, que les acteurs des arts francophones jugent trop centrée sur les indicateurs économiques et influencée notamment par la lettre d’orientation annuelle du ministère du Tourisme, de la Culture et des Jeux, suscite leur indignation.
Pour le directeur général de BRAVO, cette approche ne reflète pas adéquatement le rôle de cet organisme sans but lucratif fondé en 1991, qui soutient et représente les artistes visuels, médiatiques et métiers d’art de l’Ontario français.
« Nous ne vendons ni billets, ni musique, ni livres : nous offrons des services. Nous devrons donc réduire, voire éliminer, certaines activités, comme les expositions de groupe, les conférences destinées aux membres ou notre présence sur les réseaux sociaux », prévient-il.

La directrice générale de l’Alliance culturelle de l’Ontario abonde dans le même sens. Elle souligne que les organismes de services, comme l’Alliance culturelle de l’Ontario, l’Association des groupes en arts visuels francophones, BRAVO ou l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français, ont surtout des retombées indirectes sur l’économie du secteur.
« Les arts et la culture constituent un secteur dont l’impact économique en Ontario rivalise avec celui des industries minière et automobile », assure-t-elle.
Et d’ajouter : « Réduire notre budget, nos capacités et nos ressources nous empêche d’accomplir pleinement notre travail, qui consiste notamment à agir comme interlocuteur entre le ministère et le secteur et à faire valoir ses retombées, notamment sur le tourisme. »
Selon Lisa Breton, cette méthode d’évaluation tient insuffisamment compte du contexte minoritaire dans lequel évoluent les organismes francophones. « Notre capacité de générer des revenus de billetterie est plus limitée que celle des organismes de la communauté majoritaire. […] La francophonie est pourtant désignée par le Conseil des arts de l’Ontario comme un groupe prioritaire. Malgré cela, ces résultats nous donnent l’impression que l’on fait abstraction du contexte particulier des francophones », dit-elle.
Elle rappelle par ailleurs que l’Alliance s’était déjà mobilisée pour défendre le budget du CAO. Au final, l’Alliance culturelle de l’Ontario est elle-même touchée par une réduction de 13,5 %. Son financement passe de 17 337 $ à 15 000 $, soit une perte de 2337 $.
Des hausses pour plusieurs organismes
Tous les organismes ne subissent toutefois pas de réduction. Créations In Vivo voit son financement doubler, passant de 26 548 $ à 55 000 $, une hausse de 107,2 %. Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans bénéficie d’une augmentation de 51,2 %, tandis que Mosaïque interculturelle reçoit 33,3 % de plus.
Des hausses sont également accordées au Regroupement des artistes cinéastes de la francophonie canadienne, au Centre franco-ontarien de folklore et à la Place des arts du Grand Sudbury. La Compagnie des francs loisirs obtient enfin un nouveau financement de 20 000 $.