Crise d’itinérance à Timmins : quels plans d’action proposent les candidats?
TIMMINS – Lors d’un débat électoral tenu le 20 octobre, cinq candidats à la mairie de Timmins ont partagé des solutions pour régler la crise d’itinérance, de dépendance, et de santé mentale qui plane sur la ville de Timmins depuis quelques années. Alors que le jour du scrutin approche à grands pas, ces problématiques urbaines s’imposent comme la priorité des campagnes, mais aussi comme une source de préoccupation grandissante chez les électeurs.
La course à la mairie de Timmins oppose six candidats, dont la mairesse sortante Michelle Boileau, confrontée à Rob Knox, Robert Boucher, Lawrence Martin, Chris McNeil, et Nathan Boulet. Si le transport, le coût de la vie, les taxes, et le logement s’invitent dans les échanges, c’est l’itinérance qui s’impose comme le sujet phare des débats.
D’après un récent rapport du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario, c’est le Nord de la province qui subit de plein fouet la crise de l’itinérance, particulièrement le district de Cochrane dont Timmins fait partie. Durant l’année 2024-2025, le district enregistre le taux de prévalence le plus élevé de la province, avec 1097 individus en situation d’itinérance pour une population de 100 000 habitants.
« Pendant mon premier mandat, on a fait de la sécurité publique une priorité municipale et nous l’avons appuyée avec des actions concrètes. Nous avons augmenté le budget du service de police de Timmins de 7 %, et poursuivi la mise en œuvre de notre Plan de sécurité et de bien-être de la communauté, et piloté plusieurs nouvelles initiatives de sécurité en réponse aux préoccupations émergentes », peut-on lire dans la campagne officielle de la mairesse sortante.
Sa campagne s’articule autour des progrès réalisés, soulignant qu’un vote en sa faveur permettrait de poursuivre les projets déjà mis en place, notamment REACH, un programme d’intervention communautaire en aide aux personnes vulnérables lancé par le Conseil des services du district de Cochrane. Présentement en marche, sa phase pilote initiale opérera jusqu’au 30 novembre.
Mais alors que la course à la mairie s’intensifie, les cinq autres candidats avancent des solutions diverses, proposant des approches bien distinctes face aux enjeux de l’itinérance, de la santé mentale, et de la dépendance.

Des approches variées
Alors que l’itinérance et la crise de dépendance habitent les esprits lors de cette course à la mairie, c’est surtout l’emplacement du centre d’hébergement Living Space au centre-ville qui divise les candidats. En effet, certains aspirants à la mairie attribuent le déclin de la sécurité publique au centre-ville à la localisation de cet établissement communautaire. Lors du débat électoral de ce mardi — auquel cinq candidats sur six se sont présentés —, l’avenir de Living Space s’est imposé au cœur des discussions.
« Il ne fait aucun doute que Living Space a causé énormément de problèmes dans le quartier de Spruce South, et les résidents de ce secteur sont à juste titre en colère. Living Space doit déménager, mais cela doit se faire sous certaines conditions », dit Rob Knox, l’un des candidats.
Son adversaire, le candidat Robert Boucher, partage un avis similaire. « Fermez-le. Ils ont eu leur chance pendant quatre ans, quatre ans pour gagner la confiance du public, quatre ans pour obtenir l’adhésion du public. Mais il n’y croit plus du tout. », dit-il. Il promet notamment de confier la sécurité publique à la Police provinciale de l’Ontario plutôt qu’au service de police de Timmins.
Pour sa part, la mairesse sortante s’oppose à la relocalisation, voire à la fermeture du centre. « Nous sommes revenus à la table de concertation et nous avons maintenant ciblé 20 projets différents à travers le district de Cochrane qui, grâce à un financement provincial de 6 millions de dollars, nous permettraient d’ajouter 91 lits — des lits avec soutien — dans le district. »
Pour Nathan Boulet, il est question de créer un refuge pour personnes sans-abris situé dans la nature, loin du centre-ville. « Mon idée est d’aménager un endroit en pleine nature, où les gens peuvent réellement travailler un peu. Ce pourrait être du jardinage, de l’aménagement paysager ou encore de la menuiserie simple, afin d’offrir un programme où leur séjour s’accompagne d’un volet d’emploi. Ils devraient ainsi participer au programme pour pouvoir y loger ».
De son côté, Lawrence Martin salue les efforts du centre d’hébergement Living Space, proposant malgré tout plus de moyens immédiats. « Selon moi, ce qui est nécessaire, c’est d’avoir cette équipe mobile de réponse aux crises sur le terrain afin de s’adresser directement aux personnes qui sont dans la rue », avance l’ancien maire de Cochrane et de Sioux Lookout, également membre de la Première Nation Moose Cree.
Ce dernier veut surtout axer son approche sur une collaboration multilatérale avec les différents niveaux de gouvernements, les Premières Nations, les professionnels de la santé, entre autres.
Le candidat Chris McNeil, absent du débat, veut rassurer la population citoyenne de Timmins. « Je veux une ville prospère où les gens se sentent en sécurité et ont envie de vivre », avait-il confié à la presse locale de la ville. Il n’a pour l’instant communiqué aucun plan d’action pour réduire l’itinérance.

Un enjeu qui influence le choix des électeurs
Les solutions proposées par les candidats pèsent lourdement dans la décision des électeurs, de plus en plus préoccupés par ces enjeux. C’est le cas de Patrick Gadoury. Ayant lui-même vécu l’itinérance et les problèmes de santé mentale, il admet que cet enjeu occupe une place importante dans sa prise de décision au moment du vote. « C’est vrai que c’est dans mon top trois, c’est numéro un même. »
Écrivain bilingue et éditeur désormais basé à Timmins, il est d’ailleurs le créateur d’un livre d’anthologie Homefull Country qui réunit les œuvres de plusieurs auteurs centrées sur le thème de l’itinérance, le sans-abrisme, et de la pauvreté au Canada. En plus de cela, il s’engage sur les réseaux sociaux et rencontre les acteurs clés de la ville, afin de sensibiliser les électeurs et le public.
« Le monde pense que c’est la drogue en premier, mais ce n’est pas toujours vrai. Des fois, des personnes se trouvent sans logement, sans santé mentale, dans la rue, puis là, ils vont trouver la drogue », dit-il « Je sais que c’est dur à comprendre si ta maison est endommagée ou il y a un voleur ou de la drogue dans ta cour, c’est dur ».
Il aborde notamment les avis divergents sur l’itinérance, la santé mentale, et la dépendance. Concernant le centre d’hébergement Living Space, M. Gadoury explique à ONFR qu’il y a « au moins un tiers de la ville qui veut s’en débarrasser, pas juste le remplacer ni le déménager », confie-t-il, « Si on le ferme, on n’a vraiment rien. C’est dur à comprendre, on voit tous le même problème, mais on ne le voit pas de la même façon ».
Et de conclure : « On devrait être capable de comprendre, puis s’informer. Le débat, c’est juste ça, on devrait s’informer un petit peu plus avant qu’on donne notre opinion ».