Municipales : Welland, les candidats face à l’absence de services en français
WELLAND – Ville historiquement francophone de la région du Niagara, Welland ne dispose d’aucune politique municipale de services en français. Selon sa greffière, aucune initiative visant à améliorer la situation n’a été prise au cours des quatre dernières années, à sa connaissance. À l’approche des élections municipales du 26 octobre, trois candidats à la mairie présentent à ONFR leurs propositions pour faire évoluer la situation.
À Welland, la francophonie occupe une place importante dans l’histoire et l’identité locale. L’héritage de French Town, les institutions francophones et les célébrations du drapeau franco-ontarien témoignent de cet enracinement. Pourtant, cette reconnaissance ne se traduit pas par une offre structurée de services municipaux en français.
Interrogée par ONFR, la greffière Tara Stephens confirme que la Ville ne possède « aucune politique concernant les services en français. » Selon elle, aucun service ni document ni communication municipale n’est officiellement offert en français. Welland ne dispose pas non plus de postes désignés bilingues, de budget consacré à ces services ou de mécanisme permettant de suivre les demandes formulées en français.
Quatre ans sans nouvelle mesure
Questionnée sur les initiatives adoptées depuis 2022, Tara Stephens affirme n’avoir connaissance d’aucune mesure visant à améliorer l’accès aux services en français, ni d’aucun projet actuellement prévu.
La Ville n’impose pas non plus d’obligation particulière pour permettre aux citoyens francophones de participer en français aux consultations publiques ou aux procédures du conseil municipal, même si certains services peuvent proposer ponctuellement du matériel dans cette langue.

La greffière précise que les documents soumis en français à son bureau font généralement l’objet d’une demande de traduction vers l’anglais. L’aide occasionnelle d’un employé bilingue reste possible, sans relever d’un dispositif officiel.
Ce constat contraste avec la place accordée à la francophonie dans la vie publique de Welland. Le maire sortant Frank Campion (qui ne se représente pas) s’est régulièrement montré présent lors des événements communautaires francophones, notamment les célébrations du Jour des Franco-Ontariens et les cérémonies de lever du drapeau.
Cette proximité témoigne d’une reconnaissance de la contribution des francophones à l’identité locale, sans toutefois s’être accompagnée d’une politique municipale de services en français durant le mandat 2022-2026. La désignation de Welland en vertu de la Loi ontarienne sur les services en français n’oblige d’ailleurs pas automatiquement la municipalité à offrir ses propres services dans les deux langues officielles.
Natashia Bergen propose une politique municipale
Parmi les trois candidats ayant répondu aux questions d’ONFR, Natashia Bergen souhaite instaurer une politique municipale de services en français, assortie de normes mesurables et de rapports permettant d’évaluer les progrès réalisés.
Elle propose notamment de rendre accessibles en français certaines communications touchant la sécurité publique, les situations d’urgence, la fiscalité et le logement.

La candidate veut également faciliter la participation des francophones aux consultations municipales, grâce à des possibilités d’interprétation et à l’acceptation de contributions rédigées en français.
Ses propositions dépassent le cadre administratif. Elle envisage des parcours historiques bilingues, une meilleure valorisation du patrimoine francophone lié au canal et une stratégie destinée aux entreprises francophones et à l’accueil de nouveaux arrivants, en collaboration avec des organismes comme le CERF Niagara et SOFIFRAN.
Mme Bergen précise avoir fréquenté un programme d’immersion française à l’école élémentaire, sans avoir poursuivi cet apprentissage au secondaire.
Graham Speck privilégie la technologie et le patrimoine
Également candidat à la mairie, le conseiller municipal Graham Speck insiste sur l’importance de préserver l’héritage francophone de Welland. Il reconnaît cependant que sa plateforme électorale ne comporte aucun engagement spécifiquement consacré à la communauté francophone.
Parmi les pistes évoquées figurent le recours aux nouvelles technologies pour faciliter l’accès aux services municipaux, la promotion du patrimoine local à des fins touristiques et le soutien à l’apprentissage du français chez les adultes.

Son approche repose principalement sur l’utilisation des outils existants et la valorisation culturelle, plutôt que sur l’annonce d’une politique municipale formelle de services en français.
Le candidat fait également référence à la Loi sur les services en français, dont les obligations concernent principalement les services provinciaux dans les régions désignées, et non automatiquement l’ensemble des services municipaux.
David McLeod met en avant ses liens avec la communauté
Conseiller municipal et candidat à la mairie, David McLeod privilégie une approche fondée sur le dialogue avec les organismes francophones et le soutien aux institutions communautaires.
Il cite notamment une proposition de subvention de 100 000 dollars destinée au Foyer Richelieu, présentée en août 2026 et qui aurait été adoptée par le conseil municipal, selon ses déclarations.

Cette initiative, destinée à soutenir un établissement communautaire, ne constitue toutefois pas une politique générale d’accès aux services municipaux en français.
David McLeod souligne également ses liens personnels avec la francophonie, notamment à travers l’apprentissage du français au sein de sa famille et les programmes d’immersion. Dans ses réponses à ONFR, il ne détaille cependant pas de dispositif municipal particulier pour améliorer l’accès aux services en français.
Quel avenir après le scrutin?
Alors que Frank Campion ne sollicite pas de nouveau mandat, les élections du 26 octobre posent la question de la place accordée au français dans le fonctionnement de la municipalité.
Les trois candidats interrogés par ONFR reconnaissent l’importance de la communauté francophone, mais présentent des approches différentes : création d’une politique municipale, recours à la technologie ou renforcement des liens communautaires.
Après quatre années sans nouvelle mesure connue de l’administration pour améliorer l’accès aux services en français, il reviendra au prochain conseil municipal de déterminer si Welland souhaite dépasser la reconnaissance culturelle pour instaurer des mécanismes plus structurés.
Dans cette ville marquée par plus d’un siècle de présence francophone, la place du français dans les services municipaux demeure un enjeu pour le prochain mandat.