À Sarnia, les francophones attendent des engagements concrets du prochain maire
SARNIA – Deux ans après l’entrée en vigueur de la désignation de Sarnia sous la Loi sur les services en français, la communauté francophone réclame des engagements concrets de la prochaine administration municipale. À dix jours du scrutin, les quatre candidats à la mairie se disent ouverts à des améliorations, mais divergent sur les moyens à privilégier.
Des communications d’urgence en français, un meilleur accueil à l’hôtel de ville, un soutien aux organismes communautaires et un interlocuteur municipal clairement identifié : les francophones de Sarnia souhaitent aller plus loin que les premières mesures déjà mises en place par leur municipalité.
Le 1er novembre 2024, Sarnia devenait officiellement la 27e région désignée de l’Ontario en vertu de la Loi sur les services en français. Une victoire obtenue après plusieurs années de mobilisation communautaire, mais dont la portée concerne les services relevant du gouvernement provincial.
La municipalité n’est donc pas automatiquement tenue d’offrir ses propres services dans les deux langues. À l’approche des élections du 26 octobre, cette distinction soulève une question : jusqu’où le prochain conseil municipal sera-t-il prêt à aller pour répondre aux besoins de ses résidents francophones?
« Notre communauté contribue déjà activement à Sarnia. Nous souhaitons que cette contribution se traduise par une place durable dans les décisions et les investissements municipaux », affirme Tanya Tamilio, présidente du Centre communautaire francophone de Sarnia-Lambton (CCFSL), interrogée par ONFR.
Des avancées à consolider
La responsable communautaire reconnaît plusieurs initiatives de la municipalité : l’installation d’une signalisation bilingue à l’hôtel de ville, la mise en place d’un système de traduction téléphonique et l’embauche d’une personne francophile à la réception. « Ces mesures témoignent d’une volonté de mieux accueillir les résidents francophones et de faciliter leurs démarches », souligne-t-elle.
Pour autant, les besoins restent importants. Mme Tamilio cite d’abord l’accès aux soins de santé en français, particulièrement pour les aînés, les familles et les nouveaux arrivants.

Si l’organisation des soins relève principalement de la province, Mme Tamilio souhaite que la municipalité agisse dans ses propres champs de compétence. Elle place les communications d’urgence et de sécurité en tête de ses priorités, suivies de l’accès aux informations municipales courantes, de l’accueil en français et de la participation aux consultations publiques.
Elle demande également un dialogue régulier entre la Ville et les organismes francophones, la désignation d’une personne-ressource municipale et un soutien équitable aux programmes destinés aux jeunes, aux familles et aux aînés. « Nous aimerions voir des engagements concrets, accompagnés d’un échéancier et de moyens pour les réaliser. »
Carrie McEachran veut un plan
Ces revendications ont été soumises aux candidats lors d’une rencontre électorale organisée le 5 octobre à l’École secondaire Franco-Jeunesse, à laquelle participaient le maire sortant Mike Bradley, Carrie McEachran et Scott Molson.
Carrie McEachran, directrice générale de la Chambre de commerce de Sarnia-Lambton, y a défendu l’élaboration d’un plan municipal pour les services en français, assorti de priorités, de coûts et d’échéanciers. « La reconnaissance doit mener à des actions », a-t-elle déclaré, en référence à la désignation provinciale.
Interrogée par ONFR, la candidate précise vouloir commencer par le site web municipal, afin de rendre les principales informations et les services les plus utilisés véritablement accessibles en français, sans dépendre uniquement de la traduction automatique.

Les communications d’urgence, les avis publics et les consultations municipales figurent également parmi ses priorités. Elle souhaite travailler avec le conseil municipal, l’administration et les représentants francophones pour établir un calendrier de mise en œuvre.
Carrie McEachran entend par ailleurs renforcer ses propres compétences linguistiques. Sans être bilingue, elle affirme s’être inscrite à des cours de français qui débuteront en janvier au Centre communautaire francophone.
Mike Bradley invoque les contraintes budgétaires
De son côté, Mike Bradley, à la tête de la municipalité depuis 1988, rappelle son soutien de longue date à la communauté francophone et aux démarches ayant conduit à la désignation de Sarnia.
Le maire sortant reconnaît la nécessité de mieux organiser les services municipaux en français. Lors du forum, il a expliqué que des employés avaient déjà pu venir en aide à des résidents s’exprimant uniquement en français, tout en admettant que cette assistance demeurait ponctuelle. « Il faut que ce soit mieux organisé que cela », a-t-il reconnu.

Il a cependant insisté sur les difficultés financières que la municipalité pourrait rencontrer en 2027. Selon lui, l’amélioration des services en français prendra du temps et devra être examinée parallèlement aux autres priorités budgétaires.
Mike Bradley met également de l’avant les démarches de recrutement de travailleurs et d’entrepreneurs francophones menées avec le Sarnia-Lambton Economic Partnership, qu’il souhaite poursuivre.
Scott Molson et Bill Dennis privilégient une approche progressive
Scott Molson, entrepreneur local, propose pour sa part de réunir des représentants francophones et municipaux au sein d’un comité afin d’identifier les lacunes dans les services. Il se dit favorable à la traduction de renseignements municipaux essentiels, notamment les communications d’urgence, ainsi qu’à l’amélioration du contenu français du site web de la Ville.
Il souhaite également que l’administration recense les services déjà disponibles en français et chiffre les améliorations possibles avant d’envisager la création de nouveaux postes permanents. « Où sont les véritables lacunes? » demande-t-il, privilégiant le recours aux employés bilingues existants, aux technologies de traduction et aux partenariats communautaires.

Absent de la rencontre du 5 octobre, le conseiller municipal Bill Dennis a lui aussi répondu aux questions d’ONFR. Il considère la communauté francophone comme une composante importante de l’histoire et de l’identité de Sarnia, tout en plaçant le développement économique, la sécurité publique, les infrastructures et la gestion des dépenses au centre de ses priorités.
Il se dit disposé à étudier des améliorations « pratiques et abordables » de l’information municipale en français, particulièrement pour les services essentiels et la sécurité publique. Le candidat souhaite rencontrer les organismes francophones pour mieux comprendre leurs besoins, sans toutefois annoncer de mesure budgétaire, de calendrier ni de programme précis.
Aucun des quatre candidats n’a, à ce stade, annoncé de montant déterminé pour soutenir les activités communautaires francophones.
De la reconnaissance symbolique aux engagements municipaux
Lors de la rencontre du 5 octobre, les trois candidats présents ont été invités à nommer une action qu’ils prendraient durant leur première année de mandat pour renforcer les relations avec la communauté francophone.
Mike Bradley a évoqué la poursuite de sa participation aux cérémonies de lever du drapeau franco-ontarien. Carrie McEachran a promis de rencontrer les organismes et les jeunes francophones afin de mieux cerner leurs attentes. Scott Molson a proposé l’organisation d’une célébration de la Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin.
Ces propositions illustrent différentes façons d’entretenir les liens avec la communauté, sans constituer à elles seules un calendrier de déploiement de nouveaux services municipaux.

Le monument de la francophonie en suspend
La question de la reconnaissance symbolique se pose également autour d’un projet plus ancien : celui d’un monument consacré à la francophonie de Sarnia. Évoqué depuis plusieurs années, le projet n’a toujours pas abouti. « Il demeure dans nos dossiers de projets à réaliser », confirme Tanya Tamilio. Faute de temps et de ressources, aucune échéance n’est actuellement fixée pour sa réalisation.
La présidente du CCFSL souhaite néanmoins que le prochain conseil municipal s’engage au-delà des célébrations et des déclarations de principe, notamment en associant davantage les organismes francophones aux décisions locales et aux stratégies d’accueil des nouveaux arrivants.
À Sarnia, où le drapeau franco-ontarien flotte en permanence à Seaway Parkette, la reconnaissance de la communauté est désormais bien visible. Reste à déterminer comment elle se traduira dans les services offerts aux résidents au cours du prochain mandat.
Les électeurs de Sarnia peuvent voter en ligne depuis le vendredi 16 octobre. Le vote en personne se tiendra le 26 octobre.