À Toronto, la fierté identitaire brille sur la scène de jeunes talents afro-descendants
TORONTO – Ce samedi au Parkdale Hall, 20 jeunes figures de l’organisme communautaire Point Ancrage Jeunesse (PAJ) ont tenu leur premier spectacle, « Expressions Afro-Francophones ». Lors de cet événement culturel et éducatif, la jeunesse afro-descendante francophone de l’Ontario s’est affirmée dans un esprit de créativité et de communauté.
Après avoir choisi une discipline artistique et l’avoir perfectionnée au cours de six mois de répétitions, les participants ont captivé le public avec une performance mêlant arts visuels, prises de parole et création scénique. Bien qu’ils se soient familiarisés avec ces langages artistiques au fil de leur parcours au sein de l’organisme, c’était la première fois qu’ils montaient sur scène.
Une scène et un public accordés au même rythme
La salle de spectacle, décorée des créations de jeunes, a rassemblé une très grande partie de la communauté afro-francophone de Toronto, y compris les principaux organismes et conseils scolaires.
Lorsque le moment du spectacle est arrivé, un enchaînement de performances s’est déroulé, avec des groupes de jeunes se produisant les uns après les autres.
La directrice générale du Salon du livre de Toronto, Eunice Boué, a animé la cérémonie ainsi qu’un panel de discussion avec les mentors afin de revenir sur ces derniers mois de préparation.
« Il y a dix ans, j’avais leur âge et je voulais aussi m’exprimer, mais je n’avais pas de moyens. Aujourd’hui, je veux encourager mes petits frères et mes petites sœurs », assure Oriane Diebou, entrepreneuse mode et mentor.
Mamadou Ndaw, qui coordonne le projet depuis six mois, affirme qu’il s’agit d’une première expérience pour ces jeunes : « Nous avions déjà organisé une compétition auparavant, mais cette fois-ci, le spectacle a été entièrement préparé par eux. »
De son côté, Edwige Ngom précise que « le projet Expressions afro-francophones amène les jeunes à s’exprimer différemment ». En effet, pour celle qui préside et dirige l’organisme, ce spectacle vient appuyer la mission de PAJ, soit les encourager à se développer personnellement et à s’affirmer lors de collaborations interculturelles.
Grâce à un accompagnement individualisé assuré par six mentors, ces apprentis artistes ont pu présenter les œuvres créées au cours de leur parcours. Parmi les mentors, considérés comme des « grandes sœurs et grands frères », figurent des personnalités bien établies dans la communauté francophone de Toronto, dont la créatrice de mode Oriane Diebou, le chanteur Abel Maxwell et l’écrivain Gabriel Osson.
Étudiante en 10e année à l’École secondaire Sainte-Famille à Mississauga, Audrey Naomie a rejoint PAJ par le biais d’une éducatrice de son établissement. « J’ai choisi d’interpréter un poème, car selon moi, il n’y a pas qu’une façon de transmettre ses mots. Pouvoir m’exprimer et me faire comprendre est important pour moi, et c’est une compétence cruciale », témoigne la jeune artiste.
« Le message que nous voulons vraiment envoyer au public, c’est de montrer que, par l’art, nous pouvons transmettre des valeurs comme la solidarité et la fierté d’être francophone à Toronto et en Ontario », estime le coordinateur.
Même s’il n’est pas mentor, Mamadou Ndaw se dit heureux de contribuer aux activités entourant la jeunesse : « Je pense qu’ils représentent l’avenir. Donc, si on les aide à se développer, on aide aussi notre communauté. »
« Toutes les créations sont écrites en langue française », dit l’organisation
« C’est sûr qu’un spectacle en anglais aurait été plus facile pour certains, dont le français n’est pas la première langue. Mais ils restent très engagés envers cette langue et la francophonie », avance M. Ndaw.
Le mandat de l’organisme repose sur un travail mené auprès de jeunes issus de communautés noires du Grand Toronto, qui se heurtent aux réalités du racisme dans les systèmes scolaires, où persistent des enjeux liés à leur intégration, à leur santé mentale et à leur réussite professionnelle. Par ailleurs, plusieurs d’entre eux font état de défis quant à l’accès à des services en français culturellement adaptés.

Créé juste avant la pandémie en 2019, l’organisme a connu une croissance exponentielle, comptant aujourd’hui une équipe de six personnes et ayant acquis ses premiers bureaux en janvier 2025. À l’heure actuelle, PAJ accompagne chaque année 200 jeunes âgés de 15 à 18 ans. « Chaque année, ça augmente », souligne Mme Ngom.
« On travaille à trois, avec un mentor comme moi, un jeune ambassadeur et un jeune nouvellement arrivé, qui se sent donc très soutenu », décrit-elle.
La directrice ajoute que des mentors tels que Gabriel Osson ont contribué à façonner la mission de l’organisme : aider les jeunes à s’épanouir personnellement et professionnellement, tout en renforçant leur identité culturelle à travers différentes formes d’expression.
« On aborde le racisme systémique et la lutte contre le racisme d’une autre façon. »
L’estime de soi, les relations interculturelles et les relations saines constituent le cœur des activités menées. Mamadou Ndaw abonde dans le même sens : « En les sensibilisant au racisme systémique, nous pouvons les aider à gagner en confiance et à représenter fièrement notre communauté. »

Le spectacle présenté aujourd’hui a bénéficié d’un financement de Patrimoine canadien en raison de la « portée éducative, de la transmission culturelle et de la valorisation de la culture afro-descendante », affirme Mamadou Ndaw.
À l’échelle de l’organisme, Edwige Ngom explique que « de fil en aiguille, on a commencé à recevoir des fonds de la Ville de Toronto, puis des fonds provinciaux. Et là, nous avons des fonds fédéraux ».
Les partenariats avec des conseils scolaires et d’autres organismes communautaires francophones contribuent également à faire avancer la mission de l’organisme, qui porte désormais son plaidoyer à l’échelle provinciale à travers des forums. « Nous avons réuni de nombreux partenaires de Windsor et d’Ottawa », ajoute Mme Ngom.
« C’est un organisme par, pour et avec les jeunes, qui ne sont pas uniquement des bénéficiaires, mais aussi des acteurs du changement. Ils participent et co-construisent », conclut la directrice.
Article écrit avec les informations de Sandra Padovani.