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Amanda Simard se joint aux libéraux dans la tourmente

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – La députée indépendante de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, a pris sa décision : elle fait le saut chez les libéraux. Ce jeudi, elle a annoncé qu’elle ralliait le Parti libéral de l’Ontario, en compagnie de son nouveau chef, John Fraser.

« Ceux qui me connaissent savent que j’ai toujours été fiscalement responsable et socialement progressiste. Au centre : pragmatique », a-t-elle soutenu en point de presse, devant son nouveau chef, John Fraser. « Ce n’était pas une décision à prendre à la légère. J’ai pris la dernière année à réfléchir sérieusement et c’est le Parti libéral de l’Ontario qui respecte mes valeurs, les gens de chez-nous, nos particularités et nos besoins », a-t-elle ajouté.

En matinée, en entrevue avec ONFR+ avant d’annoncer ses couleurs, Amanda Simard laissait planer peu de doutes sur ses intentions.

« Nous avons une opportunité incroyable. Mon penchant pour le Parti libéral vient du fait qu’on peut le moderniser, le rebâtir et influencer ce parti. On est en train de construire des politiques et de former un nouveau parti. C’est à cette étape-ci qu’il faut s’impliquer », a-t-elle lancé.

Pendant l’entrevue, le chef libéral John Fraser est entré dans le bureau de la députée, comme s’il s’agissait déjà d’une des siennes.

« Même si la plupart des gens pensent que le Parti libéral est mort, sur le terrain, c’est bien différent », dira-t-elle, après son départ.

Conflit avec l’association locale

L’association locale libérale de Glengarry-Prescott-Russell n’a pas été informée avant l’annonce officielle qu’Amanda Simard faisait le saut chez les libéraux. Une partie de l’exécutif de l’association locale menace même de démissionner.

« On ne veut pas d’une parachutée ! Jamais ! », lance un des dirigeants de l’exécutif de l’association libérale.

« Notre association veut rencontrer d’urgence John Fraser, nous lui envoyons une lettre et voulons une rencontre pour en parler », confiait-il, quelques instants avant l’annonce.

L’exécutif s’est rencontré mercredi soir pour bloquer la venue d’Amanda Simard.

« On allait envoyer une lettre au chef John Fraser pour le rencontrer d’urgence pour exiger une investiture afin de choisir le prochain candidat », a soutenu ce dirigeant de l’exécutif, qui préférait taire son identité. Ils ont été pris de court par l’annonce de jeudi.

L’ancien député libéral Jean-Marc Lalonde est renversé.

« C’est toute une nouvelle ! Je ne l’accepte pas du tout. Il y a des étapes à suivre pour le bien du parti. Si on laisse l’association de côté, les bénévoles ne seront pas là », lance-t-il.

« Les maires se plaignent de ne jamais la voir lors des événements communautaires. Les maires ne sont pas satisfaits. Quand tu deviens députée, tu dois être présente et à l’écoute de ton monde », affirme l’ancien élu provincial.

Il estime que d’imposer ainsi une députée à une association locale peut mener à la catastrophe.

« On n’a pas fait d’investiture lors de la dernière élection. On doit reconstruire au complet. Mme Simard doit suivre les étapes si elle veut devenir candidate. C’est lors d’une investiture que les gens embarquent dans une élection », martèle-t-il.

Le chef libéral, John Fraser, a confirmé qu’Amanda Simard sera bel et bien la candidate libérale pour la prochaine élection. Les règles du parti en sont ainsi, a-t-il martelé.

Amanda Simard ne se fait pas prier pour commenter la situation.

« L’association locale est à terre. Moi, j’avais 2000 membres chez les conservateurs. Je connais les membres libéraux de Francis Drouin et plusieurs ne sont pas membres de l’association libérale ontarienne », confie-t-elle à ONFR+.

Tentera-t-elle de bâtir des ponts avec l’association locale libérale ?

« Tu peux bâtir ton association locale et elle devient ton équipe, mais c’est pas la seule façon de fonctionner. Tu peux aussi avoir une équipe complète qui travaille juste sur toi », répond la députée en entrevue.

Un mandat mouvementé pour Simard

Les rumeurs allaient bon train depuis quelques heures, ce jeudi, à Queen’s Park. La publication de l’ancienne députée progressiste-conservatrice sur les médias sociaux, en matinée, en avait fait sourciller plus d’un.

« Est-ce qu’il y a de mes ami(e)s intéressé(e)s à participer comme délégué(e) au congrès pour choisir le/la prochain(e) chef du Parti libéral de l’Ontario ? (le 7 mars à Toronto) Envoyez-moi un message ! J’ai reçu les détails. Considérant qu’on parle de potentiellement le/la prochaine personne en charge de notre province, important de s’impliquer et d’en parler ! », écrivait-elle sur Facebook, alimentant les rumeurs de son passage chez les libéraux.

L’ancienne adjointe parlementaire de la ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, avait quitté les troupes progressistes-conservatrices le 29 novembre 2018 en pleine crise linguistique en Ontario.

La décision du gouvernement de supprimer le Commissariat aux services en français et d’abandonner le projet d’Université de l’Ontario français (UOF) avait convaincu l’ancienne conseillère municipale du Canton de Russell de devenir indépendante.

Elle était rapidement devenue le visage de la résistance franco-ontarienne aux coupures du gouvernement de Doug Ford.

Aux élections provinciales de juin 2018, Mme Simard avait réussi à ravir la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell qui était entre les mains du Parti libéral de l’Ontario depuis 37 ans.

En rejoignant le PLO, Mme Simard en devient la sixième députée à l’Assemblée législative. Un chiffre toutefois insuffisant pour que le parti soit reconnu officiellement.

Avec la collaboration de Benjamin Vachet

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