Affichée à travers la région, cette annonce détaille la programmation du 22 août à Saint-Albert, combinant le défi du record Guinness, les compétitions de labour et les spectacles régionaux. Photo: Inès Rebei/ONFR
Société

Saint-Albert à la conquête d’un record du monde agricole

Affichée à travers la région, cette annonce détaille la programmation du 22 août à Saint-Albert, combinant le défi du record Guinness, les compétitions de labour et les spectacles régionaux. Photo: Inès Rebei/ONFR

LA NATION – Ce samedi, le village franco-ontarien de Saint-Albert dans l’Est ontarien s’apprête à marquer l’histoire en tentant d’homologuer un record Guinness pour le plus grand nombre de lames de charrue en action simultanée. Derrière la démesure de cet attelage géant de 325 pieds de long se cachent cinq années de travail bénévole, l’amour des traditions et une mobilisation citoyenne au profit de la communauté locale.

« C’est pour rassembler les Anglais, les Français, les Québécois, les Ontariens… Ça vient de partout pour partager notre fierté agricole ensemble, tout le monde parle le même langage antique », explique François Latour, la voix éraillée par les centaines d’heures consacrées à la préparation de cet ambitieux chantier.

Pour le principal instigateur du projet, déjà auteur de deux records Guinness d’anciens moulins à battre en 2015 et 2019, cette charrue géante est avant tout un hommage au travail de la terre qui a façonné la communauté. 

« Ici, la terre et les concours de labour font partie de notre patrimoine. On a tous déjà tenu un manche de charrue, alors je me suis dit qu’on devait créer un événement à la hauteur de cet héritage », tenait à rappeler celui qui travaille sur ce projet depuis les cinq dernières années. 

L’exploit repose sur une ingénierie artisanale titanesque. L’équipe de bénévoles et de passionnés de machinerie patrimoniale a assemblé une quarantaine de charrues anciennes, minutieusement ajustées pour ne former qu’un seul et unique bloc de 325 pieds de long. 

Au total, ce sont 80 socs d’époque qui s’enfonceront en même temps à quatre pouces de profondeur dans la terre, sur une distance de 500 pieds. Pour garantir que cette structure colossale avance en ligne droite sans dévier, l’attelage sera tracté par des tracteurs datant des années 70 guidés par un système GPS. 

Réunis par la passion du « langage antique », Alain Séguin (à gauche), un des bénévoles, et François Latour mettent la dernière main aux préparatifs de la charrue de 325 pieds à Saint-Albert. Photo : Inès Rebei/ONFR

La météo : l’ultime menace qui peut tout faire basculer

Si les passionnés maîtrisent la mécanique sur le bout des doigts, le ciel reste leur plus grande source d’angoisse. Dans le monde du labour d’envergure, la pluie n’est pas un simple inconfort pour les spectateurs : c’est un facteur critique capable de transformer la terre en un piège redoutable pour ces machines du siècle dernier.

« C’est la pluie qui nous inquiète, la boue risquant de nous compliquer la tâche », reconnaît M. Latour. Un sol détrempé ou trop humide augmente considérablement l’effort de traction requis.

Pour une structure inédite de 325 pieds tirant 80 lames à la fois, la moindre accumulation d’eau alourdit la terre, fait patiner les tracteurs et risque d’imposer une tension mécanique destructrice sur les attaches patrimoniales, précise-t-il.

Malgré ce suspense météorologique et l’obligation d’un effort décuplé en cas de terrain mouillé, l’équipe refuse de faire marche arrière : la tentative aura lieu beau temps, mauvais temps.

La démonstration, prévue à 16 h sur les terres généreusement prêtées par Marc et Ghislain Laflèche, sera rigoureusement inspectée par une juge officielle du Guinness World Records, venue spécialement de New York pour l’occasion.

Un soutien financier direct pour la paroisse et le centre communautaire

Au-delà du défi contre les éléments et de la sauvegarde de la mémoire agricole, la démarche de ce fier fils de fermier de la région s’inscrit dans une logique de solidarité rurale très concrète. 

Les retombées financières de la journée seront directement versées à la paroisse afin de soutenir le Centre communautaire de Saint-Albert, lequel avait été cédé par la Ville en raison de contraintes budgétaires l’année passée.

« D’habitude je le fais pour le cancer du sein, mais cette fois-ci je le fais pour le Centre communautaire qui a été donné à un groupe communautaire. Il était question de fermer le Centre, mais la population veut le garder ouvert », soutient l’organisateur.

Grâce au prix d’entrée fixé à 20 $ pour les adultes (gratuit pour les enfants de 12 ans et moins), aux commanditaires et aux dons, le comité vise une récolte de fonds substantielle. 

François Latour souligne que la performance repose sur la simultanéité : le but ultime est de faire tourner le plus grand nombre de lames au même moment, et non de réaliser la plus grande surface de labour. Il a lui-même mis à disposition la moitié des machines, soit une vingtaine de charrues pour l’événement. Photo : Inès Rebei/ONFR

Lors de son précédent record, l’initiative avait permis d’amasser 12 000 $ pour la cause. Pour cette édition, François Latour espère attirer entre 3000 et 5000 visiteurs sur le site de la route 700 Ouest.

Pour la municipalité de La Nation, la portée de cette journée dépasse largement le cadre du simple rassemblement de collectionneurs. 

« C’est un événement significatif pour nous. Ça amène des gens de tout partout », affirme le maire de La Nation, Francis Brière. Interrogé sur le lien entre ce rassemblement et la francophonie locale, l’élu souligne à quel point l’histoire de la langue et celle du travail du sol sont intrinsèquement liées dans la région. 

« On est fiers d’être francophones et on y tient à cœur. On veut s’assurer que cette tradition-là reste en place pour les générations futures, pour mes enfants. Le patrimoine et le langage sont liés, c’est difficile de les détacher un de l’autre. »

Danse de tracteurs et Rats de S’wompe

Pour accueillir les milliers de curieux attendus, le site proposera une programmation diversifiée de 11 h à 23 h. 

En plus de la compétition officielle de labour de Clarence-Rockland-Russell qui réunira des dizaines de laboureurs, le public pourra assister à un spectacle singulier : une danse de tracteurs.

L’idée est aussi de faire découvrir au public, néophyte et connaisseur, comment l’équipement agricole a transformé les campagnes de génération en génération.

Un concours de labour se tiendra également ce samedi sur le site. Photo : Inès Rebei/ONFR

Cette troupe locale exécutera une chorégraphie sur musique à bord de quatre couples de tracteurs anciens, avec des représentations prévues à 11 h et 15 h.

Les familles pourront profiter de démonstrations de machinerie d’époque, de promenades en voiture à foin, à cheval, d’un labyrinthe pour les enfants, de go-karts et d’une compétition de casse-tête de 500 pièces pour équipes de deux personnes sous la grande tente. 

La journée se clôturera par un souper communautaire et un spectacle de musique folklorique et trad-rock en soirée, mettant en vedette le groupe Les Rats de S’wompe.