David Moulongou célèbre son titre de champion canadien du 400 m haies, point culminant d’une saison 2026 qui l’a propulsé pour la première fois au sein de l’équipe nationale senior. Photo : Miles Ryan/Mundo Sport Images
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Athlétisme : David Moulongou, des hamburgers au rêve olympique

David Moulongou célèbre son titre de champion canadien du 400 m haies, point culminant d’une saison 2026 qui l’a propulsé pour la première fois au sein de l’équipe nationale senior. Photo : Miles Ryan/Mundo Sport Images

OTTAWA – À 23 ans, David Moulongou vient de franchir un cap majeur : champion canadien du 400 m haies et désormais international senior, le Franco-Ontarien s’est révélé en 2026 après un parcours commencé presque par hasard au secondaire. Des premiers tours de piste pour manquer l’école à son rêve des Jeux olympiques de Los Angeles 2028, il raconte une ascension aussi rapide qu’inattendue.

Une première couronne nationale, une première sélection avec l’équipe senior et les Jeux du Commonwealth de Glasgow : en quelques mois, David Moulongou a changé de dimension.

« C’était comme si j’avais vécu trois vies différentes durant ma saison », résume-t-il.

Dès sa première sortie de 2026, le 10 mai à Ottawa, Moulongou court en 50,93 secondes, améliore son record personnel de plus d’une seconde et efface un record des Ottawa Lions vieux de 36 ans. Le 3 juin, à Guelph, il passe pour la première fois sous les 50 secondes avec 49,92, avant de décrocher, le 20 juin à Ottawa, son premier titre de champion canadien senior.

« Avant, tu te penses normal. Tu penses que tu vas faire une petite performance, un petit record personnel. Mais après la course, tu te regardes et c’est comme si tu étais une nouvelle personne. »

Cette nouvelle personne se retrouve quelques semaines plus tard aux Jeux du Commonwealth de Glasgow, pour sa première compétition avec l’équipe nationale senior. Cinquième de sa série du 400 m haies en 51,00 secondes, il n’accède pas à la finale. Une expérience plus courte qu’espéré : avec seulement 24 engagés, les organisateurs avaient supprimé les demi-finales initialement prévues, faisant des séries le seul tour qualificatif avant la finale.

« J’aurais bien aimé avoir deux courses. Mais même le fait d’avoir seulement eu une seule alors que je pensais en avoir deux, c’est une expérience et un moyen d’apprendre. C’était au-delà de ce que j’avais imaginé, se réjouit-il. Maintenant, j’ai hâte à mes prochaines expériences. Ça me donne un aperçu de ce que ça peut être si je continue de travailler fort. »

Un hamburger pour commencer

Difficile d’imaginer cette trajectoire lorsque Moulongou découvre l’athlétisme au secondaire. Sa motivation initiale est beaucoup plus simple. « Je voulais juste manquer un peu d’école. C’était tout », se remémore-t-il.

Il s’inscrit avec des amis et, compétition après compétition, se retrouve seul à continuer de se qualifier. Son professeur de sciences et entraîneur, coach Gibson, lui lance alors un défi : descendre sous les 53 secondes au 400 m contre un hamburger et des frites. David Moulongou connaît alors si peu l’athlétisme qu’il ne comprend même pas immédiatement ce que signifie « briser 53 secondes ».

« Quand il m’a dit : ‘brise 53 secondes et je t’achète un burger’, je ne savais même pas ce que ça voulait dire. C’était ça mon niveau d’inexpérience. Moi, je m’en foutais du sport, je voulais juste manquer l’école. »

À 23 ans, le Franco-Ontarien David Moulongou s’est imposé en 2026 parmi les meilleurs spécialistes canadiens du 400 m haies. Photo : Brian Rouble/Mundo Sport Images

Il réussit pourtant et se qualifie pour l’OFSAA, le championnat provincial scolaire. Avec une récompense supplémentaire : « Quand il m’a dit que j’allais manquer une semaine, je capotais. Wow, une semaine! C’était ça que je voulais. »

La pandémie de COVID-19 interrompt ensuite ses deux dernières saisons scolaires. Ce n’est qu’à l’été précédant son entrée à l’université qu’il rejoint un club et commence véritablement à prendre l’athlétisme au sérieux.

Un spécialiste des haies qui s’ignorait

Aux Lions d’Ottawa, Moulongou pratique d’abord le 400 m. Son parcours prend un nouveau tournant avec Normand Séguin, son entraîneur encore aujourd’hui, qui décèle chez lui des qualités pour les haies.

Séguin introduit progressivement des obstacles à l’entraînement avant de lui proposer de tenter le 400 m haies en compétition. « Il a introduit ça tellement naturellement que, sans même le savoir, j’avais déjà fait beaucoup de progrès. Quand il m’a dit que je devrais essayer les haies en compétition, je me suis dit : ‘pourquoi pas?’ »

En 2022, le Franco-Ontarien découvre véritablement la discipline et décroche notamment l’argent aux Jeux du Canada à Niagara. Le coup de cœur est immédiat pour une épreuve associant vitesse, technique et réflexion. « Je me suis dit : ‘Wow, j’aime ça’. Quand on parle de technique, de mental et d’intelligence, j’aime ça. Ça correspond vraiment à ma personnalité. »

Sans l’avoir véritablement choisi, Moulongou vient de trouver sa discipline.

Le déclic international

Le véritable changement de perception arrive en 2025, lors des Jeux mondiaux universitaires en Allemagne.

Moulongou y représente le Canada avec la sélection U Sports. Son déclic intervient surtout sur le relais 4 x 400 m. Initialement susceptible d’être remplacé pour la finale, il réalise une performance suffisamment convaincante pour conserver sa place, avant de courir encore plus vite en finale.

Surtout, il comprend qu’il peut rivaliser avec des athlètes internationaux qu’il pensait appartenir à un autre monde. « Après ces deux performances, quelque chose a changé mentalement. Je me suis rendu compte que je pouvais vraiment compétitionner avec les meilleurs au monde. »

Une barrière mentale tombe. « Après ça, toutes mes performances étaient plus faciles. Je me disais que si je pouvais compétitionner avec le monde, je pouvais faire n’importe quoi ici à Ottawa et au Canada. Il n’y avait plus de limite. »

De l’erreur au titre national

Quelques mois plus tard, cette confiance est mise à rude épreuve lors de sa dernière saison U Sports avec l’Université d’Ottawa. Le jeune athlète manque la fenêtre d’enregistrement obligatoire avant une course et est disqualifié. L’erreur le prive de son épreuve individuelle, mais surtout du relais qu’il devait courir avec ses coéquipiers pour sa dernière compétition universitaire.

« Je parlais avec mes coéquipiers et je pleurais. J’étais tellement désolé parce que je voulais courir avec eux. Je me sentais responsable. Quand tu affectes non seulement tes coéquipiers, mais tes frères, parce que c’est comme ça que je les considère, c’est très dur. »

David Moulongou pose avec sa médaille d’or après avoir décroché, à Ottawa, son premier titre de champion canadien senior du 400 m haies en juin 2026. Photo : Brian Rouble/Mundo sport Images

L’épisode le pousse à travailler davantage l’aspect mental de sa performance avec une spécialiste. Avec le recul, l’Ottavien en fait l’un des déclencheurs de son explosion en 2026.

« C’est ce défi qui m’a poussé à aller chercher de l’aide. Le travail que j’ai fait ensuite m’a rendu beaucoup plus solide sur la piste. C’est aussi ce qui m’a amené à gagner le championnat national. »

Los Angeles comme horizon

À 23 ans, David Moulongou ne parle plus de son potentiel comme d’une hypothèse. Son chrono de 49,92 secondes, son premier titre canadien senior et sa première sélection avec l’équipe nationale senior lui ont montré que le très haut niveau était accessible.

« Ça a changé l’idée que j’avais de moi-même. Avant, c’était un peu surréel. Maintenant, c’est réel », explique-t-il.

Il veut désormais multiplier les sélections nationales, participer aux Championnats du monde et se rapprocher des meilleurs spécialistes de sa discipline. Mais un objectif domine tous les autres. « Mon but suprême, c’est de me qualifier et d’aller aux Jeux olympiques en 2028. C’était déjà mon objectif l’année passée et même l’année d’avant. »

D’ici là, ce bourreau de travail entend continuer à réduire la distance qui le sépare des meilleurs. « Je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour devenir l’un des meilleurs au monde et avoir le meilleur classement possible pour 2028. »

Le chemin reste long jusqu’à Los Angeles. Mais pour celui qui est entré presque par accident dans un sport dont il ne connaissait même pas le vocabulaire, ce rêve n’a désormais plus rien d’irréel.