Avec Tupqan, Ondinnok célèbre 40 ans de théâtre autochtone francophone
OTTAWA – Ondinnok, première compagnie de théâtre autochtone francophone au Canada, célèbre cette année son 40e anniversaire. Pour souligner l’événement, la troupe présente Tupqan | Nos territoires intérieurs, une nouvelle création qui sera d’abord dévoilée en avant-première au Centre national des Arts (CNA) du 20 au 22 novembre 2025, puis au Théâtre Duceppe à Montréal du 4 mars au 4 avril 2026.
La pièce est née du désir de rassembler des amis et artistes qui ont fait leurs débuts chez Ondinnok avant de créer leurs propres compagnies (Menuentakuan, AUEN et Duceppe).
« Je voulais une œuvre qui nous rassemble », explique le coauteur et directeur artistique Dave Jenniss, de la Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk.
L’image du wampum, symbole ancestral d’unité entre les nations, s’est imposée naturellement. « Les perles du wampum représentaient chacun de nous. Je voulais tisser notre propre wampum collectif. Et le public, lui aussi, devient une de ces perles », dit-il.
À mi-chemin entre « thriller » politique et quête intérieure, Tupqan explore les thèmes de l’identité, de la réconciliation et de l’héritage culturel.
L’action se déroule dans la communauté fictive de Whitefish (Wapeyit-Nameha), bouleversée par le vol d’une ceinture wampum sacrée. « La disparition de l’objet plonge la communauté dans une zone sombre. Pour devenir chef, Polam, le héros, doit retrouver le wampum et faire un travail de vérité », résume M. Jenniss, qui a signé cette pièce avec Xavier Huard. Pour lui, l’histoire raconte surtout un parcours visant à « guérir ses blessures pour imaginer un avenir plus lumineux, pour soi et sa communauté ».
Hommage aux pionniers
Depuis sa fondation en 1985 par Yves Sioui Durand, Catherine Joncas et John Blondin, Ondinnok a longtemps développé un « théâtre de guérison » auprès de communautés vulnérables.
Une approche qui continue de teinter ses créations. « On ne fait plus exactement ce type d’intervention, mais chaque œuvre demeure une forme de guérison, par la manière dont elle est créée et par les thèmes qu’elle porte. On souhaite que le public reparte avec quelque chose qui apaise », souligne-t-il.

Créer Tupqan, c’est aussi rendre hommage aux pionniers du théâtre autochtone contemporain : Yves Sioui Durand et Catherine Joncas, mais aussi des compagnies anglophones, comme Native Earth Performing Arts à Toronto ou Full Circle à Vancouver.
« Sans leur courage, ce théâtre autochtone n’existerait pas », dit-il.
La mise en scène est confiée à la performeuse et artiste multidisciplinaire Soleil Launière, qui apporte sa signature visuelle. De grandes draperies colorées, des chants, des mouvements et des éléments cérémoniels viennent nourrir un univers qui puise dans des traditions millénaires du théâtre autochtone.
« Parfois, quand les mots ne suffisent pas, le corps parle », souligne Dave Jenniss.
Membre d’Ondinnok depuis 2002, Dave Jenniss a occupé tous les rôles : comédien, auteur, observateur, metteur en scène. « Yves et Catherine ont été mes mentors. J’ai aussi étudié en Europe, ce qui m’a permis de forger ma vision tout en restant enraciné dans l’héritage mythologique et cérémonial », raconte-t-il. Directeur artistique depuis 2017, Tupqan marque la fin d’un cycle de huit ans. Il quittera la direction en mars 2026, tout en demeurant associé à la compagnie, pour se consacrer à la transmission de son savoir.
À travers cette pièce et son travail des dernières décennies, Ondinnok poursuit un même objectif : affirmer une présence.
« Nous voulons dire que nous avons toujours été là, même si on nous a mis de côté. Nos histoires existent. Perdre sa langue et son identité laisse des traces, mais on peut retrouver un chemin. Aujourd’hui, une nouvelle génération se lève, fière et forte », conclut-il.
La création est soutenue par le Fonds national de création du CNA, qui a investi plus de 15 millions de dollars dans des productions canadiennes depuis 2018. Une aide de 155 000 $ a permis à Ondinnok de développer un processus de recherche et de création, réunissant les talents autochtones d’aujourd’hui et de demain.