Bilinguisme : les Canadiens ne lâchent pas la pression sur Ottawa
OTTAWA – Cinq ans après son précédent exercice, le Commissariat aux langues officielles constate que « l’appui majoritaire à la Loi sur les langues officielles persiste au sein de la population canadienne ». Les conclusions du sondage de 2026 mettent en lumière une pression accrue sur les provinces pour élargir l’immersion, des exigences fermes envers les élus fédéraux et un bilinguisme désormais décrit comme un atout pour la diversification économique du pays.
Le Commissariat aux langues officielles a dévoilé, ce lundi matin, les données de son sondage de suivi mené en 2026 par Environics Research auprès de 1500 répondants par téléphone et de 1502 répondants en ligne.
L’exercice quinquennal – qui a commencé en 2016 – confirme une certaine stabilité de l’opinion publique canadienne : 89 % des répondants par téléphone et 81 % en ligne appuient les objectifs de la Loi sur les langues officielles, contre 87 % et 81 % en 2021.
En Ontario, qui formait le plus imposant sous-échantillon provincial avec plus de 1000 participants dans les deux volets, l’adhésion aux objectifs de la Loi atteint même 91 % au téléphone et 80 % en ligne. Ces résultats traduisent une hausse par rapport aux 87 % et 78 % enregistrés dans la province en 2021.
Chez les partisans du texte, le motif le plus souvent évoqué demeure que « la Loi reconnaît l’histoire, le statut et la culture du Canada comme pays bilingue ». À l’inverse, les rares personnes qui s’y opposent (environ 10 % des répondants) continuent d’invoquer la prédominance de l’anglais ou les coûts jugés trop élevés.

Une pression accrue pour l’accès aux classes d’immersion
Le soutien à l’enseignement du français et de l’anglais au primaire reste très élevé à 93 % au téléphone, comparativement à 91 % en 2021. Le document note d’ailleurs que « la plus grande partie de la population canadienne est fortement d’avis que l’on devrait continuer d’enseigner les deux langues officielles dans les écoles primaires à l’échelle du Canada ».
Les attentes du public s’intensifient particulièrement autour de l’immersion : 79 % des Canadiens sondés au téléphone et 67 % en ligne demandent aux provinces et territoires d’ouvrir de nouvelles places, une hausse par rapport aux 76 % au téléphone mesurés il y a cinq ans.
Dans les provinces hors Québec, 74 % des parents d’enfants mineurs jugent désormais important que leur enfant apprenne l’autre langue officielle, une progression face aux 70 % enregistrés en 2021.
Au-delà de l’école primaire et secondaire, l’appui à l’apprentissage en français touche également le secteur postsecondaire : près de six Canadiens sur dix (59 %) estiment qu’Ottawa devrait en faire davantage pour financer les programmes collégiaux et universitaires destinés à ceux qui souhaitent étudier en français à l’extérieur du Québec.

Parallèlement, la proportion de personnes bilingues ayant appris leur langue seconde « à l’école et autrement » atteint 48 %, un bond de dix points par rapport aux 38 % observés en 2021.
Le rapport souligne également que « la majorité de la population canadienne continue de rejeter l’idée selon laquelle il est plus utile pour les enfants canadiens d’apprendre à parler d’autres langues, comme le mandarin ou l’arabe, plutôt que d’apprendre à parler les deux langues officielles ». Seulement 24 % des Canadiens interrogés au téléphone partagent cet avis en 2026, contre 32 % en 2021.
Des critères rigoureux pour les dirigeants à Ottawa
L’accès aux services fédéraux dans la langue de son choix demeure soutenu par 94 % des répondants au téléphone (85 % en ligne), un résultat identique à celui de 2021 au téléphone.
Selon le document, « la plupart des gens conviennent que les leaders nationaux devraient pouvoir parler les deux langues officielles ».
À cet effet, 83 % des personnes sondées au téléphone estiment que le premier ministre du Canada doit être bilingue (82 % en 2021), une proportion qui grimpe à 96 % auprès des francophones. De même, 73 % des répondants réclament la même compétence de l’ensemble des ministres du Cabinet fédéral, contre 72 % en 2021.
L’importance de la communication directe gagne aussi du terrain : 82 % des Canadiens sondés au téléphone affirment qu’il est important pour eux « d’entendre et de voir les dirigeants politiques utiliser [leur] langue officielle de préférence particulièrement en temps de crise, et non uniquement par l’entremise d’un interprète ou d’une traduction », contre 77 % en 2021.
Par ailleurs, 67 % des personnes interrogées soutiennent l’octroi d’une aide financière et structurelle accrue aux minorités francophones hors Québec, face à 66 % lors du dernier exercice.

Bilinguisme, fierté nationale et consommation culturelle
Dans l’une de ses conclusions, l’enquête de 2026 met en relief que « les langues officielles et le bilinguisme continuent d’être des valeurs fondamentales canadiennes et de faire partie de notre identité nationale ».
Au total, 87 % des répondants au téléphone affirment que les deux langues sont importantes pour l’identité du pays, tandis que 75 % indiquent qu’elles nourrissent leur sentiment de fierté. En outre, 80 % des Canadiens s’accordent à dire que la dualité linguistique « peut aider à la diversification de l’économie canadienne au-delà de l’Amérique du Nord ».
Cependant, le rapport constate que « les francophones sont toujours beaucoup plus exposés aux deux langues officielles, bien que le contenu médiatique et culturel consommé en anglais ne soit souvent pas canadien ».
Une proportion de 66 % des francophones consomme des médias en anglais au moins à l’occasion (72 % en 2021), comparativement à seulement 13 % des anglophones pour les médias francophones (11 % en 2021).
Enfin, une nouvelle mesure introduite cette année montre que les médias consommés en français proposent très souvent du contenu canadien dans 66 % des cas, contre 51 % pour les médias consommés en anglais, ce qui traduit la présence dominante de l’offre américaine et internationale dans l’univers médiatique anglophone.