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Budget fédéral: Bill Morneau et Kathleen Wynne alignés

Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau Crédit image: Benjamin Vachet

OTTAWA – Le ministre fédéral des Finances est aligné avec les grandes priorités du gouvernement de Kathleen Wynne. Dans le budget fédéral 2018-2019, Bill Morneau annonce une série de mesures qui viennent bonifier les initiatives ontariennes en matière d’égalité des sexes, de santé, de gardes d’enfants et d’éducation. À quelques mois de l’élection provinciale, Kathleen Wynne n’obtient cependant pas de tremplin du fédéral pour l’aider à convaincre les électeurs ontariens.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

L’égalité homme/femme teinte l’ensemble du troisième budget de Bill Morneau. Le gouvernement Trudeau dit vouloir montrer l’exemple. Le budget annonce une nouvelle loi sur l’équité salariale, inspirée des modèles de l’Ontario et du Québec. Elle touchera les domaines assujettis à la réglementation fédérale, mais s’étendra également aux entreprises qui obtiennent des contrats de plus d’un million de dollars du gouvernement.


«Nous savons qu’il est impossible d’apporter, du jour au lendemain, ce changement nécessaire pour toutes les Canadiennes. Mais ce que nous pouvons faire, c’est donner l’exemple» – Bill Morneau, ministre des Finances


Des paroles qui font penser à celles de la première ministre ontarienne, Kathleen Wynne. C’est aussi dans cette optique que le gouvernement met en place une nouvelle Prestation parentale partagée d’assurance-emploi pour encourager les deux parents à se partager de façon égale le travail familial lié aux enfants. En plus de ce qui prévalait auparavant, chacun des parents hérite dorénavant d’un minimum de cinq semaines de congé. Ils ont droit à 40 semaines au total.

 

Santé et éducation

Un Canadien sur dix ne peut se payer les médicaments sur ordonnance dont il a besoin. Le fédéral dit vouloir s’attaquer au problème. Mais il n’a pas de solutions immédiatement. M. Morneau annonce la création d’un conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime d’assurance-médicaments. L’ancien ministre de la Santé de l’Ontario, Eric Hoskins, en est nommé officiellement son président.

Le Dr Eric Hoskins en compagnie et de la ministre fédérale responsable de la santé, Ginette Petitpas Taylor. Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier

Le gouvernement fédéral débloque cependant de manière urgente des sommes pour contenir la crise des opioïdes, soit 165 millions $ dès cette année.

En matière d’éducation préscolaire et de gardes des jeunes enfants, Bill Morneau rappelle les retombées provoquées par la signature d’une nouvelle entente bilatérale de trois ans avec les provinces. Le gouvernement fédéral dit maintenant que cela permettra la création de 100 nouveaux centres de la petite enfance spécifiquement en Ontario.

Plus d’Ontariens doivent pouvoir poursuivre leurs études après l’école secondaire, martèle Kathleen Wynne, depuis le début de son mandat. Dans la lignée des annonces ontariennes en matière d’accès à l’éducation postsecondaire, le gouvernement fédéral dit travailler avec l’Ontario pour lier les Régimes enregistrés d’épargne-études (REEE) directement au service d’enregistrement des naissances en ligne de l’Ontario. Cela devrait permettre d’aider facilement tous les enfants de famille à faible revenu.

 

Justice: Wynne obtient ce qu’elle voulait 

Le gouvernement Wynne le demandait, il l’a obtenu. Le ministre des Finances a annoncé que 77,2 millions $ seront injectés dans les tribunaux unifiés de la famille, qui simplifient le règlement des divorces et de la garde d’enfants, notamment. Une somme qui doit permettre la création d’une quarantaine de postes de juges, notamment en Ontario.

L’Ontario espérait cependant plus de moyens pour éviter que des procès soient avortés, suite aux contraintes imposées par l’arrêt Jordan. Le fédéral ne se prononce pas explicitement sur la problématique, mais la province obtient six juges de plus pour les Cours de justice supérieures dans la province.

 

Peu pour stimuler l’emploi et les entreprises

Le gouvernement fédéral donne un nouveau souffle à son programme d’aide pour les travailleurs à faible revenu. Rebaptisée l’Allocation canadienne pour le travail, l’initiative sera dorénavant légèrement plus généreuse. L’augmentation représente environ 3 % du revenu des travailleurs concernés.

«C’est pour encourager le travailleur à rester au travail, plutôt que de réclamer du chômage ou d’être sur l’aide sociale. Par cette mesure, le gouvernement finance malheureusement les mauvais employeurs. Mais ce n’est pas une somme qui va changer la vie des gens comme peut le faire l’augmentation du salaire minimum», souligne Simon Tremblay-Pepin, professeur à l’École d’innovation sociale Élisabeth Bruyère de l’Université Saint-Paul.

Le fédéral espère en parallèle augmenter les transferts aux provinces pour la formation des professionnels qui veulent acquérir de nouvelles compétences. Le gouvernement évoque une somme de 2,7 milliards $ sur six ans, sans confirmer encore qu’il ira de l’avant avec la mesure en raison de la poursuite des négociations. Le gouvernement injecte 3,2 milliards $ en matière de recherche et d’innovation, notamment de la recherche au service des entreprises.

Face à l’incertitude provoquée par la renégociation de l’ALÉNA et les baisses de taxes pour les entreprises aux États-Unis, les attentes étaient élevées à l’endroit du gouvernement fédéral pour stimuler certains secteurs de l’économie.


«Le gouvernement ne dit rien sur l’ALÉNA. Il fait des vœux pieux sur ses capacités de négociations, mais ça s’arrête là» Simon Tremblay Pepin, Université Saint-Paul


Aucune mesure majeure ne concerne non plus l’industrie de l’automobile. Au cours des derniers jours, les acteurs impliqués dans la promotion des voitures électriques avaient exigé du fédéral des mesures pour stimuler la vente de cette catégorie de véhicule. Ils seront donc déçus par le silence du fédéral.

 

Des mesures pour les premières nations

La pression a monté en Ontario la semaine dernière concernant les enjeux autochtones: la chef du Nouveau Parti démocratique, Andrea Horwath, accusait Justin Trudeau et Kathleen Wynne de n’avoir pas agi pour améliorer la vie des autochtones. «Un gouvernement néo-démocrate agira et enverra la facture à Ottawa», avait-elle lancé.

Bill Morneau accorde dans son budget une place centrale aux enjeux autochtones. Il annonce des sommes pour augmenter la sécurité et le bien-être des enfants autochtones, une compétence provinciale sauf sur les réserves, en plus de dévoiler différentes mesures pour augmenter la qualité de l’eau, l’accès à l’emploi et au logement. Le budget révèle également que des sommes permettront à la province de construire un nouvel hôpital et une installation de soins ambulatoires pour les patients des communautés autochtones de la baie James, comme Attawapiskat, Fort Albany et Kashechewan.

Du côté de Queen’s Park, à Toronto, le ministre des Finances, Charles Sousa, se félicitait d’avoir pu être une inspiration pour son homologue fédéral. Il affirme que le «leadership» de l’Ontario a trouvé son chemin dans plusieurs mesures du budget Morneau, dont celle sur l’équité salariale.


«Le budget répond aux priorités de l’Ontario et nous saluons la conversation qui débute sur la question de l’assurance médicaments»Charles Sousa, ministre des Finances de l’Ontario


M. Sousa a tout de même avoué sa déception face à l’absence de propositions fédérales dans l’éventualité de la disparition de l’ALÉNA.


Le budget en chiffres

  • Revenus prévus pour 2018-2019: 323,4 milliards $
  • Dépenses prévues: 338,5 milliards $ (imprévus possibles de 3 milliards $)
  • Déficit prévu: 18,1 milliards $

La dette du Canada atteindra 669,6 milliards (30,1% du PIB) pour cet exercice budgétaire.

«C’est extrêmement bas, c’est l’un des taux d’endettement les plus bas au monde. Il n’y a vraiment pas de problème d’endettement au Canada», affirme M. Tremblay-Pepin. L’équilibre budgétaire n’est pas dans la mire du gouvernement fédéral d’ici les cinq prochaines années. «Cependant, le poids de la dette diminue par rapport au PIB », ajoute-t-il.

 

Article écrit avec la collaboration de Jean-François Morissette 

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.