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Cours en ligne : le nouveau mandat de TFO dénoncé

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – La décision du gouvernement Ford d’élargir le mandat du Groupe Média TFO pour lui confier l’apprentissage en ligne en langue française fait grincer des dents. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) dénonce ce changement, alors que les principaux acteurs de l’éducation regrettent de ne pas avoir été consultés.

« C’est une décision qui menace le droit à l’éducation de langue française. C’est une manière détournée de retirer leur autonomie aux conseils scolaires et je trouve ça extrêmement préoccupant. Ce sont eux qui sont les mieux placés pour donner des cours et savoir ce dont ils ont besoin », fulmine Guy Bourgouin.

Le porte-parole du NPD en matière d’Affaires francophones ne mâche pas ses mots. En cause, la décision du gouvernement, dans l’annexe 15 de la Loi visant à favoriser la reprise économique face à la COVID-19, de modifier le mandat de TFO. Le groupe média aura désormais également la mission de soutenir la création, l’administration et la coordination des programmes d’enseignement à distance.

Le député du NPD, Guy Bourgouin (debout). Crédit image : Rudy Chabannes

Le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), Denis M. Chartrand, se dit surpris et déçu de cette décision.

« Nous sommes bien sûr favorables à tout ce qui peut améliorer le système d’éducation de langue française, mais nous aurions aimé être consultés avant. »

Même son de cloche du côté de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC).

« On a appris cette décision en lisant le projet de loi. On ne la comprend pas », dit Yves Lévesque, directeur général de l’association. « Ça peut se justifier pour le côté anglophone qui a déjà des relations avec TVO sur les programmes d’éducation en ligne, mais du côté francophone, nous avons déjà quelque chose en place. »  

Le président de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), Rémi Sabourin est inquiet.

« On a parlé d’enseignement à distance pendant les négociations pour le renouvellement de notre convention collective et cette idée n’a jamais été abordée. On est donc inquiet, car, avec ce gouvernement, il y a toujours une motivation politique. Pourquoi veulent-ils changer un système qui fonctionne bien ? »

Quel avenir pour le CAVLFO ?

Le président de l’AEFO fait référence au Consortium d’apprentissage virtuel de langue française de l’Ontario (CAVLFO). Fondé en 2009, il offre quelque 89 cours à distance à travers la province, livrés par 24 enseignants qualifiés, principalement aux élèves de 9e à la 12e avec concentration de choix en 11e  et 12e.

Faut-il voir la décision du gouvernement comme un désaveu ?

« C’est une structure qui a d’excellents résultats et qui répond aux besoins des élèves. Elle a été bâtie par les 12 conseils scolaires, qui ont l’expertise pédagogique, à même leur budget », insiste M. Lévesque. « Est-ce que le CAVLFO aurait besoin de plus de financement ? Sans doute. Et c’est sûr que de voir TFO arriver avec plus de moyens, ça peut être intéressant. Mais il ne faut pas que cela nous fasse perdre l’expertise acquise et les ressources développées avec le Centre franco-ontarien des ressources pédagogiques (CFORP). »

Le président de l’ACÉPO balaie du revers de la main l’idée que les difficultés à livrer des cours à distance pendant la COVID-19 puissent être à l’origine de la décision du gouvernement.

« Les cours offerts par le CAVLFO se sont poursuivis sans problème. La difficulté a plutôt été de s’assurer, du jour au lendemain, que des cours normalement donnés en personne passent en ligne. »

Les conseils scolaires tracent la limite

Le député du NPD insiste que ses critiques ne remettent pas en question les compétences de TFO. Mais pour lui, l’éducation doit rester dans les mains des conseils scolaires.

« Les conseils scolaires fonctionnent avec des gens élus par et pour servir la communauté. C’est leur mandat. En agissant ainsi, le gouvernement leur manque de respect. »

Prêts à travailler avec le ministère de l’Éducation et TFO, les conseils scolaires tracent des limites.

« TFO n’a ni le mandat ni l’expertise pour donner des cours » – Denis Chartrand, président de l’ACÉPO

« Le contenu doit être décidé par les conseils scolaires en toute autonomie et ces cours doivent être enseignés par des enseignants qualifiés. On veut aussi pouvoir s’assurer de qui prend ces cours », tranche M. Chartrand.

Le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), Denis M. Chartrand. Crédit image : Stéphane Bédard

Le président de l’AEFO acquiesce.

« TFO est un partenaire incroyable pour le monde de l’éducation. Nos membres l’utilisent et TFO a sa place dans ce dossier. Mais on s’attend à ce que ce soient des enseignants membres de l’AEFO qui donnent les cours. »

TFO veut rassurer les conseils scolaires

Le président de l’ACÉPO dit avoir déjà parlé avec la présidente du conseil d’administration de TFO, Carole Beaulieu.

« On va s’asseoir et discuter. Si ça peut apporter quelque chose de plus, on pourrait être intéressé. »

Beaucoup de questions demeurent sur le nouveau mandat de la chaîne publique provinciale de langue française, que tente de clarifier le directeur général des opérations de Groupe Média TFO, Éric Minoli.

Le directeur général des opérations de Groupe Média TFO, Éric Minoli. Gracieuseté TFO

« Je comprends l’inquiétude des conseils scolaires, mais je pense qu’il y a une réelle opportunité, ici, pour tout le monde, d’unir nos forces pour augmenter et réinventer les cours en ligne. La finalité, c’est l’élève et je pense que nous pouvons tous apporter notre expertise », dit-il.

« On est vraiment dans un esprit de collaboration. Il va y avoir des consultations avec tous les partenaires et notre porte est déjà ouverte. Mais il est évident qu’il n’est pas envisageable de remettre en question l’indépendance académique des conseils scolaires. Notre rôle sera beaucoup plus sur le contenant. »

À l’issue de ces consultations, TFO devrait présenter un plan d’affaires d’ici la fin de l’année, pour une première étape de production prévue en septembre 2021.

Joint par ONFR+, le bureau du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, n’avait pas répondu à nos demandes d’entrevue au moment de publier cet article.  

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