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COVID-19 : ça passe ou ça casse pour l’Ontario

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Les chiffres inquiètent en Ontario. La formule utilisée, certes de manière redondante depuis le début de la crise sanitaire, s’accorde plus que jamais avec la réalité. Et l’incapacité à limiter la propagation de l’épidémie n’a pas de quoi rassurer.

Le 15 décembre, l’Ontario franchissait la barre des 2 000 nouveaux cas quotidiens, le 30 décembre, celle des 3 000 nouvelles contaminations. Ce vendredi, Santé publique Ontario enregistrait 4 229 nouveaux cas de COVID-19 dans la province. Les 89 décès observés ce jeudi ont été le comptage des morts le plus élevé depuis… le 30 avril. Quant au taux de positivité aux tests, lequel avoisine maintenant avec les 10 %, il constitue une autre donnée alarmante.

Bien sûr, au cours des dernières semaines, le froid et les rassemblements familiaux inhérents au temps des fêtes ont favorisé une hausse des cas en Europe et dans toute l’Amérique du Nord. Mais alors que le Manitoba et l’Alberta ont stabilisé sensiblement leur courbe épidémique, que le Québec semble donner les premiers signes dans ce sens, l’Ontario piétine…

Le gouvernement a toutefois pris la pleine mesure de l’urgence en annonçant de nouvelles restrictions. Dans le Sud de la province (incluant aussi Ottawa) – comprendre là où résident la grande majorité des Ontariens -, toutes les écoles seront fermées au moins jusqu’au 25 janvier.

L’argument du médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario, le Dr David Williams, semble implacable : les élèves de moins de 13 ans enregistrent un taux de positivité 20 %, soit deux fois la « normale ».

En écartant l’option d’un couvre-feu généralisé comme décidé par le gouvernement du Québec, le premier ministre, Doug Ford, et son médecin-hygiéniste font l’analyse que les écoles sont au centre de la transmission communautaire.

Mais le choix du gouvernement ontarien de sacrifier provisoirement les écoles n’est pas sans risque. Il oblige des milliers d’enfants à poursuivre l’apprentissage à distance, en dépit des lacunes de ce type d’éducation pour les élèves avec des besoins spéciaux. Par ailleurs, beaucoup de parents doivent concilier le télétravail avec la surveillance des enfants, au risque d’affecter leur productivité.

Campagne de vaccination

Dans le même temps, il semble que la province mise beaucoup sur le vaccin dans les foyers de soins de longue durée. L’Ontario veut vacciner tous les résidents et les travailleurs le désirant dans ces centres, d’ici le 21 janvier.

Avec plus de 60 % des décès constatés depuis mars, ces centres pour ainés restent le point névralgique de la pandémie en Ontario. Le gouvernement n’a pas le droit à l’erreur dans sa compagne de vaccination, d’autant que les éclosions se sont multipliées dans les derniers jours.

Épreuve politique pour Ford

Il faudra plusieurs semaines pour analyser les effets combinés des restrictions et de la vaccination.

Face à la COVID-19, il n’y a en tout cas pas de consensus politique ni scientifique sur la solution idéale. Confrontés à la méconnaissance de l’épidémie, à la difficulté du traçage, et aux mutations inattendues du virus, les gouvernements « bons élèves » d’un jour peuvent devenir les « cancres » du lendemain. C’est par exemple le cas de l’Allemagne.

En revanche, beaucoup de gouvernements jouent leur réélection, voire leur survie, avec la gestion de cette crise sanitaire hors-norme. En 2021, Doug Ford sera jugé en grande partie sur sa capacité à limiter la propagation du virus. Le défi est immense. L’erreur serait impardonnable.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 9 janvier.  

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