Déclin du français : Marc Miller appelle à « faire un effort supplémentaire »
OTTAWA – Quelques heures après sa nomination au cabinet, Marc Miller estime que « ça prend l’implication du fédéral », surtout hors du Québec pour « faire un effort supplémentaire » et parvenir à freiner le déclin du français au pays. Pour Mark Carney, le nouveau ministre des Langues officielles a « beaucoup d’expérience », mais les enjeux sur la langue française se font en équipe, a souligné le premier ministre.
La réunion du cabinet, ce mardi au Parlement, marquait le retour de Marc Miller au sein du conseil des ministres, lui qui avait été écarté des deux premières équipes ministérielles de M. Carney. Lundi, le premier ministre lui a confié les tâches de ministre responsable des Langues officielles et ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes. Appelé à expliquer son choix, le chef libéral a soutenu que le nouveau venu était quelqu’un de « très capable » et qui possède « beaucoup d’expérience ».
« Mais c’est une équipe en ce qui concerne la culture, les langues officielles et les enjeux qui concernent le Québec et la langue française à travers le Canada », a signalé M. Carney au Parlement.
Marc Miller reprend les responsabilités de Steven Guilbeault qui a annoncé sa démission la semaine dernière en raison de l’entente énergétique signée entre l’Alberta et le fédéral ouvrant la voie à une éventuelle construction d’un nouveau projet d’oléoduc.
« Ce que je dis sans équivoque, c’est que le français est fragilisé partout en Amérique du Nord, a commenté Marc Miller mardi. Je vais m’assurer que le fédéral ait son rôle à jouer pour aider le Québec qui a la juridiction primaire sur l’enjeu au Québec et aussi en dehors du Québec. »
Pour la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, l’arrivée d’un ministre avec « beaucoup expérience » pour piloter les dossiers reliés à la francophonie canadienne est bien accueillie. M. Miller n’en est pas à ses premiers pas concernant la francophonie, rappelle sa présidente Liane Roy. Alors qu’il était à la tête du ministère de l’Immigration, il avait augmenté pour la première fois en deux décennies la cible de nouveaux arrivants francophones hors Québec dans le cadre d’une nouvelle politique sur l’immigration francophone.
« On espère qu’il va nous montrer le même esprit pragmatique dans ses nouvelles fonctions qu’il a montré en appui à l’immigration francophone », avance Mme Roy.
La FCFA souhaite voir rapidement la confirmation d’une personne au poste de commissaire aux langues officielles et un plan d’action par rapport aux réglementations à prendre à la suite de la réforme de la Loi sur les langues officielles en 2023.
Une nomination décriée à Ottawa
« Il faut faire un effort supplémentaire, a affirmé le nouveau ministre des Langues officielles concernant le déclin du français au Québec et au Canada. Je pense que ça prend l’implication du fédéral que ça soit au Québec ou ailleurs au Canada. »
Ce dernier s’est aussi fait questionner sur des propos tenus en 2023 alors qu’il était ministre de l’Immigration où il refusait d’admettre un déclin du français au Québec. Appelé à justifier ces propos, il a soutenu être « tanné » du débat autour du déclin du français soulignant une « politisation de l’enjeu », ajoutant que ce n’est pas tous les indicateurs sur la langue qui mentionnaient un déclin du français dans la province.
« Ce que je refuse, c’est ce catéchisme que veulent certains partis politiques pour dire que le français est en recul total parce que la réalité dans tout ça, c’est qu’il y a de bonnes nouvelles, notamment grâce à la Loi 101, grâce à l’entente Canada-Québec, mais le français reste immensément fragile en Amérique du Nord. »
Les déclarations du nouveau membre du cabinet de Mark Carney ont été le sujet d’un débat à la période des questions, le chef conservateur Pierre Poilievre pressant le gouvernement en demandant : « De tous les députés libéraux qu’il aurait pu nommer, pourquoi a-t-il nommé quelqu’un qui est tanné de défendre la langue française? »
« Je suis pour mon nouveau ministre et je suis contre le chef de l’opposition qui est contre le plan d’action sur la langue française de 4,1 $ milliards, il est contre les investissements dans le secteur culturel québécois et il est contre l’augmentation de l’immigration des francophones au Canada. Nous défendons la langue française », a rétorqué Mark Carney lors de cette joute orale aux Communes.
Quelques instants plus tôt, le chef du Bloc québécois a dit accueillir la nouvelle nomination dans le gouvernement Carney avec « une bouteille de champagne », Yves-François Blanchet estimant qu’elle démontre « comment ce gouvernement-là n’a aucune lecture de la réalité québécoise ».
« Tu es tout nouvellement responsable du dossier du français au Québec et des langues officielles, et la première affaire que tu dis à ton interlocuteur, c’est ‘ça ne m’intéresse pas’. Ça commence bien », a-t-il lancé sarcastiquement.
Même le premier ministre du Québec, François Legault, a vivement réagi aux propos de M. Miller, les qualifiant de « conneries » et jugeant que ce dernier était « une honte pour tous les Québécois ».