Des fonctionnaires ontariens tenus de retourner au bureau cinq jours par semaine
Ce début d’année marque le retour obligatoire des fonctionnaires provinciaux à plein temps au bureau, pour qui le gouvernement Ford exige une présence de cinq jours par semaine, effective dès ce lundi. Côté municipal, les employés de Toronto restent eux sur un mode hybride, tandis que la mairie d’Ottawa oblige, elle aussi, ses employés à revenir au bureau toute la semaine, malgré de vives critiques.
La directive d’un retour à temps plein en présentiel, soit cinq jours par semaine, dès ce lundi, avait été annoncée au cours de l’été précédent par le gouvernement ontarien, affirmant que les employés étaient plus productifs au bureau.
Ces derniers avaient basculé en télétravail complet en mars 2020 au moment de la pandémie, adoptant par la suite un mode hybride de trois jours par semaine au bureau, à la mi-2022, puis de quatre jours en octobre dernier.
« Il s’agit d’un retour à la norme en vigueur avant la pandémie (…) qui correspond aux pratiques observées dans d’autres provinces, au sein des instances municipales et de diverses organisations à travers le pays », indique le secrétariat du Conseil du trésor, qualifiant cette dernière étape de « transition finale ».
« À ce jour, et selon la nature de leur poste, plus de la moitié des membres de la fonction publique de l’Ontario (FPO) travaillent déjà en présentiel cinq jours par semaine. »
Des exemptions pourraient toutefois s’appliquer. Les gestionnaires disposent de directives pour traiter des demandes de régimes de travail de rechange au cas par cas. Plusieurs de ces régimes prévoient des horaires échelonnés, une semaine de travail comprimée, du travail à temps partiel ou des modalités de préretraite.
Les demandes d’accommodement en matière d’emploi relèvent d’un processus distinct suivant le Code des droits de la personne de l’Ontario.
Des enjeux de logistique et de productivité selon les syndicats
Entre autres contestataires de la nouvelle mesure, le Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO/OPSEU) invoque des problèmes de logistique notoires ou encore d’équilibre vie-travail.
« Le mandat de retour au bureau de ce gouvernement est une marque directe de manque de respect envers les travailleurs de la fonction publique de l’Ontario. Cette décision unilatérale a été prise sans les consulter et sans fournir la moindre preuve pour justifier un tel changement », déplore Amanda Usher, présidente, CCRT et Équipe de négociation de l’unité Unified SEFPO.
De justifier : « Nos membres ont prouvé que le travail hybride fonctionne : pour les Ontariens, pour les familles et pour la prestation de services publics de qualité. La productivité a augmenté, les services ont prospéré et l’équilibre travail-vie personnelle est devenu une réalité. »
Celle-ci estime qu’environ la moitié des membres de la fonction publique de l’Ontario syndiqués avec la SEFPO seront touchés par le retour au bureau.
Parmi ses arguments contre une telle marche arrière, une mauvaise logistique, avec notamment des espaces de travail qui, restructurés pour le mode hybride, sont inadéquats, insuffisants en taille ou en nombre.
Mme Usher brandit également l’engorgement routier et l’impact climatique : « Forcer des dizaines de milliers de travailleurs à faire la navette quotidiennement ne fait qu’engorger les autoroutes de l’Ontario, rejette davantage d’émissions dans l’air et efface les gains environnementaux réels du travail hybride. Un autre oubli de la part d’un gouvernement qui n’a consulté ni les experts ni les travailleurs avant de prendre cette décision unilatérale et inutile. »
Des directives différentes pour les employés municipaux d’Ottawa et de Toronto
Du côté des fonctionnaires municipaux, pas de changement pour la mairie de Toronto qui continue de privilégier un mode de travail hybride, nuançant que « 70 % des employés de la Ville de Toronto fournissent chaque jour des services de première ligne essentiels aux Torontois, dans des rôles qui ne peuvent être exercés à distance. »
Pour le reste du personnel qui a adhéré au programme de travail hybride de la Ville, la politique de télétravail pour 2026 stipule que « dans le cadre d’une entente de travail hybride, les employés sont tenus de travailler au moins trois jours par semaine à leur lieu de travail assigné par la Ville et le reste de la semaine depuis leur lieu de télétravail. »
Pour les chefs de division, c’est un minimum de quatre jours en présentiel qui s’applique.
La Ville d’Ottawa en revanche emboîte le pas de la province puisque, depuis le 1er janvier, ses fonctionnaires sont tenus d’être présents au bureau cinq jours par semaine, sachant que plus de 85 % des d’entre eux travaillaient déjà quotidiennement sur place.
« Les employés admissibles travailleront sur place de manière plus constante tout au long de la semaine normale de cinq jours », indique Pamela LeMaistre, cheffe des ressources humaines de la Ville d’Ottawa.
Selon l’administration municipale, cette mesure vise à améliorer « la culture du milieu de travail et à favoriser l’excellence des services offerts aux résidents », tout en maintenant une certaine souplesse lorsque la nature du travail le permet.
Annoncée en août dernier, la décision est toutefois mal accueillie par l’Institut professionnel du personnel municipal (IPPM), qui représente environ 1500 employés bénéficiant actuellement d’un régime de travail hybride.
« Nos membres estiment qu’ils ont été très productifs, voire plus productifs, dans le cadre du travail hybride, et que les résidents en ont bénéficié », affirme Peter Bleyer, directeur général de l’IPPM.
Il déplore le fait que « beaucoup de temps et d’énergie aient été gaspillés et qu’une telle confusion ait été créée dans le seul but de se conformer aux attentes exprimées par le premier ministre Doug Ford ».
Le syndicat reproche également à la Ville de ne pas avoir été consulté avant la mise en œuvre de ce changement, qu’il estime contraire aux droits prévus à la convention collective en matière de travail hybride.
« Au cours de la nouvelle année, nous soutiendrons nos membres partout à Ottawa alors qu’ils feront face aux changements qui entreront en vigueur le 1er janvier », précise l’IPPM. Le syndicat soutient toutefois que la grande majorité de ses membres souhaitant poursuivre le travail en mode hybride devrait pouvoir continuer à le faire.