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Des municipalités franco-ontariennes prudentes face à la crise

Temps de lecture : 4 minutes

Il y a un mois, la Fédération canadienne des municipalités (FCM) tirait la sonnette d’alarme et demandait la création d’un fonds d’urgence qui n’a toujours pas vu le jour. Si certaines petites municipalités franco-ontariennes espèrent encore, d’autres préfèrent ne pas trop compter sur cette aide.

« Où voulez-vous qu’ils prennent l’argent ? Le fédéral a déjà annoncé beaucoup et à la fin, il faudra bien que quelqu’un paie. C’est bien d’aider, mais je ne m’attends pas à ce qu’il y ait de l’argent pour nous », lance, fataliste, le maire de la Cité de Clarence-Rockland, dans l’Est ontarien, Guy Desjardins.

Son avis, Douglas Leroux le partage.

« On vient à bout de s’arranger avec le Comté de Simcoe et on ne s’attend pas à de l’aide de la province qui en a déjà plein son casque », dit le maire de Penetanguishene.

Le maire de Penetanguishene, Douglas Leroux. Gracieuseté

Fin avril, la FCM demandait la création d’un Fonds d’urgence fédéral de 10 milliards de dollars pour aider les municipalités qui font face à des baisses de revenus et à des dépenses imprévues à cause de la COVID-19.

Touchées, mais pas coulées

La situation n’est pas facile pour les petites municipalités ontariennes.

« Nous avons des pertes de revenus qui sont peut-être moindres que les grandes villes, mais proportionnellement, ça nous frappe fort de devoir fermer les arénas, d’annuler les réservations de salle et notre festival. On arrive à gérer, car on est plus petit, mais c’est inquiétant si ça dure trop longtemps », explique Marc Dupuis, maire de Mattice – Val Côté, dans le Nord.

La mairesse de Rivière des Français, Gisèle Pageau, estime qu’il est trop tôt pour faire les comptes, mais abonde dans le même sens.

« On a des pertes de revenus au niveau des installations récréatives, des noces qui ont été annulées, un gros tournoi de baseball qui n’aura pas lieu… Sans compter qu’il a fallu embaucher plus d’officiers municipaux pour faire respecter les règlements de la province liés à la COVID-19. Ça a de gros effets ! »

Mme Pageau estime que sa municipalité peut encore absorber le choc financier, « mais dans un mois ou deux, si ça continue, ce sera différent », précise-t-elle.

Faire des choix

Le maire de Clarence-Rockland évalue les coûts additionnels de la COVID-19 pour sa municipalité à environ un million de dollars, sur un budget annuel d’un peu plus de 41 millions. Pas question toutefois d’envisager dès à présent d’augmenter les taxes ou de baisser les services pour compenser, assure-t-il.

« Il y a sans doute des projets qu’on va devoir reporter. De toute façon, en ce moment, il nous faudrait un camion par travailleur, avec chacun son équipement, ce serait trop dispendieux. » 

Le maire de Clarence-Rockland, Guy Desjardins. Archives ONFR+

À Penetanguishene aussi, les prochains mois seront placés sous le signe des économies.

« À date, nous sommes capables de maintenir les services, mais il y a des travaux d’infrastructure qu’on avait planifiés qui vont devoir attendre », prévient M. Leroux.

Mesures ciblées

L’infrastructure, c’est le secteur dans lequel M. Dupuis attendrait un éventuel coup de pouce.

« Souvent, la province et le fédéral nous demandent une participation de 25 à 30 % du coût du projet. Peut-être qu’ils pourraient l’éliminer, car sinon ce sera difficile d’appliquer. Ce serait un bon moyen de relancer l’économie ! »

La mairesse de Rivière des Français, Gisèle Pageau. Gracieuseté

La mairesse de Rivière des Français opterait plutôt pour une aide indirecte.

« L’industrie touristique a été durement touchée, ici, depuis trois ans, avec les feux de forêt, les inondations et aujourd’hui la COVID-19. Ce sont souvent de petites entreprises familiales qui ne qualifient pas pour les programmes en place. Si on les perd, l’impact sera colossal sur les rentrées de taxes. Ce serait donc bien de prévoir des octrois directement pour ce secteur qui a jusqu’ici été un peu oublié. »

Les négociations se poursuivent

La province et le fédéral répondront-ils à l’appel de ces municipalités ou plus globalement de la FCM ?

Le ministère des Affaires municipales et du Logement rappelle qu’un fonds de secours pour les services sociaux de 148 millions de dollars a été débloqué. La province encourage les municipalités à évaluer l’impact financier de la COVID-19 afin de lui fournir des arguments pour appuyer la demande d’un fonds d’urgence fédéral.

« Nous avons besoin d’aide pour maintenir le niveau des services de première ligne et nous préparer à mener la relance économique. Nous sommes en discussion avec le gouvernement fédéral sur cet enjeu, et notre message aux gouvernements provinciaux et fédéral est clair : on ne peut envisager une relance économique sans aide directe pour les municipalités », martèle le président de la FCM, Bill Karsten, dans un échange de courriels avec ONFR+.

Le gouvernement fédéral assure être à l’écoute, mais ne promet rien.

« Pendant la téléconférence avec les premiers ministres des provinces et des territoires de la semaine dernière, le premier ministre et la vice-première ministre ont exprimé le désir du gouvernement fédéral d’entendre des provinces et des territoires comment nous pouvons aider les municipalités », indique Katherine Cuplinskas, l’attachée de presse de la vice-première ministre et ministre des Affaires intergouvernementales, Chrystia Freeland.

Si la COVID-19 met à mal leurs finances, les municipalités interrogées par ONFR+ se disent satisfaites de la gestion de la crise par le gouvernement provincial. Aux premières heures du déconfinement, elles restent prudentes.

« C’est un catch 22 : on manque les visiteurs, car c’est bon pour notre économie, mais d’un autre côté, on sait que notre communauté a travaillé fort à se garder saine et sauve. Nous n’avons aucun cas et on ne voudrait pas que ça change », résume Mme Pageau.

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