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Des temps difficiles pour l’édition franco-ontarienne

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SUDBURY – Cette semaine, les éditions L’Interligne publiaient la dernière édition de la revue Liaison. L’annonce n’est pas sans précédent. Il y a quelques années, la revue trimestrielle Virages a subi un sort similaire. Les maisons d’édition ne sont pas à l’abri non plus, confrontées à des problèmes de financement, de formation de la relève et de distribution du livre. Soucieuses de ce que leur réserve l’avenir, les trois grandes maisons d’édition de l’Ontario français – les Éditions David, L’Interligne et Prise de parole – se préparent à rencontrer le Conseil des arts de l’Ontario (CAO) dès le mois d’avril.

DIDIER PILON
dpilon@tfo.org | @DidierPilonONFR

«Il y a des auteurs en Ontario français qui font de l’excellent travail», affirme denise truax, directrice générale de Prise de parole. «Mais, est-ce qu’on prend les mesures nécessaires pour assurer une infrastructure d’accueil – c’est-à-dire des maisons d’édition et un système de distribution du livre – en santé? C’est la question que nous allons poser au Conseil des arts de l’Ontario, à Ottawa, à la mi-avril.»

Dans les dernières années, deux maisons d’édition franco-ontariennes ont mis un terme à leur production. Les Éditions du Nordir ont officiellement fermé leurs portes en 2012, suite au décès de leur fondateur, Robert Yergeau. Toutefois, dès 2003, la maison d’édition, fondée à Hearst quinze ans plus tôt, avait déjà abandonné son catalogue annuel et ne publiait qu’occasionnellement. Les Éditions du Vermillon, officiellement toujours ouvertes, n’ont pas publié depuis 2015 et ne reçoivent plus de financement.

«On en a perdu des maisons d’édition. Les fermetures de Liaison et de la Librairie du Centre nous rappellent qu’il y a des enjeux suffisamment importants pour qu’on invite le CAO à être notre partenaire dans cette aventure et à trouver des solutions avec nous.»

 

Le financement gelé pendant neuf ans

Pendant presque 10 ans, le CAO a gelé le financement des maisons d’édition franco-ontariennes. L’année 2017 a finalement mis fin à cette tendance.

«Cette année, pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression que Prise de parole peut respirer un peu», affirme Mme Truax.

Globalement, le financement et la production de livres franco-ontariens sont à la baisse. Dans leurs années les plus productives, les éditions du Vermillon publiaient une vingtaine de livres. Le Nordir en publiait une douzaine. Depuis la fermeture officielle ou officieuse de ces deux acteurs importants, les trois grandes maisons d’édition qui demeurent n’ont pu combler la différence.

«Lorsque des maisons d’édition ont cessé d’être financées», continue Mme Truax, «l’argent qu’elles recevaient n’a pas été réinvesti dans l’édition. L’enveloppe a plutôt été investie dans d’autres médiums artistiques.»

Frédéric Brisson, directeur général du Regroupement des éditeurs franco-canadiens (RECF), se veut toutefois optimiste.

«Dans les dernières années, les trois maisons d’édition majeures se sont consolidées pour combler, du moins en partie, l’espace qu’occupait Le Nordir et Le Vermillon et accueillir leurs auteurs. Il y a eu un gel du financement pendant de longues années, mais le CAO prévoit une hausse de financement graduelle au cours des prochaines années. C’est une nouvelle que nous avons reçue avec beaucoup de soulagement.»

 

Où est la relève?

À la tête de Prise de parole depuis maintenant 30 ans, denise truax songe à réduire sa charge de travail. Toutefois, elle éprouve certaines difficultés à assurer la relève.

«La passation des responsabilités en édition ne se fait pas instantanément» soutient-elle. «Il faut graduellement bâtir une relation avec les auteurs. Pour assurer une relève, il faut qu’on puisse embaucher quelqu’un qui pourra prendre un certain nombre de projets et faire un peu de travail de développement.»

M. Brisson abonde dans le même sens.

«De  façon générale, les maisons d’édition sont clairement identifiées à leur direction, qui bâtissent de nombreux contacts à travers plusieurs années. Si l’on pense aux Éditions du Vermillon et Le Nordir, leur destin était intimement lié à leurs fondateurs. Il ne s’agit pas nécessairement d’une question du marché et de l’industrie, mais bien de circonstances personnelles.»

Le Nordir n’avait en effet qu’un seul employé permanent, le directeur général Robert Yergeau. Lorsqu’il est décédé en 2011, personne n’était prêt à prendre l’entreprise en main. Le Vermillon se retrouve dans une situation similaire. Fondée en 1982, la maison d’édition était dirigée et opérée par ses deux fondateurs, Jacques Flamand et Monique Bertoli. Alors que M. Flamand est décédé en 2017 à l’âge de 82 ans, Mme Bertoli s’est désinvestie afin de prendre soin de sa santé.

Prise de parole, de son côté, se dit mieux préparé. «Nous avons un plan de succession», assure Mme Truax. «Pour la première fois depuis 10 ans, avec les augmentations actuelles, on pense être en mesure de le mettre en œuvre prochainement. Il y a un an, ce n’était pas envisageable.»

«Malgré des défis évidents, tant qu’on ne baisse pas les bras et qu’on redouble les efforts pour rejoindre le public, il y a de bonnes raisons d’être optimiste», assure M. Brisson. «Il y a des structures en place qui sont solides, des équipes éditoriales de qualité et une reconnaissance de plus en plus grande de la littérature franco-ontarienne.»

 


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Didier Pilon
dpilon@tfo.org

Originaire de Rockland, Didier Pilon baigne depuis longtemps dans la vie culturelle et communautaire de l’Ontario français. Il est diplômé d’une maîtrise en philosophie politique de l’Université d’Ottawa, où il s’est initié au journalisme au journal indépendant La Rotonde. Il a aussi collaboré avec de nombreux journaux et blogues culturels avant de se joindre à l'équipe d'#ONfr en 2017 pour poursuivre sa passion, l’actualité politique.