Doug Ford, le premier ministre de moins en moins « téflon »
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones ou jeunesse…
[CHRONIQUE]
OTTAWA – Les politologues ne sont pas reconnus pour leur capacité à prédire l’avenir. Très peu d’entre nous avaient d’ailleurs anticipé le retour des libéraux fédéraux au pouvoir en 2025 ou encore l’élection de Donald Trump en 2016. Se prêter au jeu des prédictions est donc un exercice périlleux. La vie politique est profondément instable et anticiper l’avenir est à plusieurs égards une quête futile.
Je serai donc modeste pour cette première chronique de l’année pour ONFR. Sans prédire ce que 2026 nous réserve en termes de changements majeurs en politique ontarienne, on peut tout de même identifier un certain nombre d’enjeux qui risquent de marquer l’année en politique ontarienne.
Le gouvernement conservateur a facilement été réélu il y a près d’un an. Le premier ministre Ford s’était présenté avec succès, tout au long de la campagne, comme un grand défenseur du Canada face au protectionnisme américain et aux visées expansionnistes de Donald Trump.
L’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire est survenue malgré un certain nombre de scandales au cours des dernières années, scandales qui ne semblent pas avoir terni l’image du gouvernement, d’où le surnom de « Teflon Doug » que certains ont accolé au premier ministre.
Or, le vent est peut-être en train de tourner. Un sondage de l’Institut Angus Reid publié le mois dernier démontrait que seulement 34 % des Ontariens approuvaient la performance du premier ministre. Doug Ford était ainsi le deuxième premier ministre provincial le plus impopulaire après François Legault du Québec. Il s’agissait d’une baisse, respectivement, de 7 % depuis septembre 2025 et de 14 % depuis mars 2025.
Il ne s’agit pas de la première baisse importante de popularité de Doug Ford depuis l’accession au pouvoir des conservateurs en 2018. Or, l’accumulation des scandales, la situation économique difficile de la province et l’usure du pouvoir font en sorte que la côte risque d’être difficile à remonter pour Doug Ford.
Ça risque en particulier d’être le cas si l’un des deux partis d’opposition est finalement en mesure de se présenter comme une alternative crédible au gouvernement conservateur.
Dans cette optique, il faudra surveiller qui sera choisi, et quand, pour remplacer Bonnie Crombie à la tête du Parti libéral de l’Ontario. Les libéraux semblent pour l’instant préférer attendre le plus longtemps possible avant de choisir un chef, question d’éviter un déluge de publicités négatives des conservateurs.
Cela m’apparaît comme une erreur stratégique, privant le parti à la fois d’une voix forte auprès de la population et de la possibilité de se présenter comme étant prêt à remplacer le gouvernement conservateur.
Des enjeux à surveiller en 2026
La situation économique de la province à l’heure du protectionnisme américain, la crise du logement et la santé risquent assurément d’être parmi les préoccupations principales des Ontariennes et des Ontariens au cours de la prochaine année.
Compte tenu de la propension du premier ministre Ford à s’immiscer dans les enjeux urbains, que ce soient les pistes cyclables ou encore les radars photo, la question du développement urbain continuera sans nul doute de créer des controverses. Les citoyens iront de plus aux urnes en octobre prochain pour élire maires et conseillers municipaux.
L’éducation me semble cependant être le domaine le plus susceptible d’être la source d’importants débats politiques en 2026. Le ministre de l’Éducation Paul Calandra a laissé planer à quelques occasions l’année dernière la possibilité d’éliminer les postes de conseillers scolaires, même s’il a reconnu par la suite qu’un tel changement ne pourrait affecter que les conseils publics anglophones en raison des garanties constitutionnelles protégeant les conseils francophones et/ou catholiques.
Il doit soumettre une proposition au cabinet au retour des députés à Queen’s Park en mars. Trois options s’offrent en principe à lui.
La première est le maintien d’un certain statu quo quant à l’élection des conseillers scolaires, assorti potentiellement de mesures supplémentaires, à celle déjà annoncée, de contrôles accrus des conseils scolaires publics anglophones.
La deuxième est d’abolir seulement les postes de conseillers scolaires dans le système scolaire public anglophone. On créerait ainsi un système anglophone à deux vitesses puisque les conseils catholiques auraient des représentants élus par la population contrairement aux conseils publics. Une telle mesure pourrait être vigoureusement opposée par les syndicats représentant les enseignantes, les enseignants et le personnel de soutien des écoles si elle a le potentiel d’affecter leurs conditions de travail.
La dernière option serait de suivre, à certains égards, le précédent québécois. Dans les années 1990, suivant une modification constitutionnelle, les commissions scolaires religieuses ont été abolies et remplacées par des commissions scolaires linguistiques. Le gouvernement Legault a quant à lui aboli les commissions scolaires francophones en 2020 pour les remplacer par des centres de service. Cette réforme a mis fin à l’élection de conseillers scolaires.
L’abolition du système scolaire catholique en Ontario par l’entremise d’une modification constitutionnelle, bien que théoriquement possible, est souvent perçue comme un sujet tabou en politique ontarienne ou une réforme impossible à mener à terme, similaire à l’adoption potentielle d’une taxe de vente en Alberta ou l’abolition du financement des écoles privées au Québec.
Si une telle démarche est à mon avis particulièrement souhaitable pour la communauté francophone afin d’éviter la fragmentation actuelle des ressources, il est peu probable que le gouvernement ontarien l’adopte compte tenu des coûts politiques potentiels associés à une telle réforme.
En annonçant une réforme potentielle des conseils scolaires l’année dernière, le ministre Calandra s’est cependant assuré que l’enjeu soit au cœur de la vie politique ontarienne cette année, et ce, au moment où le gouvernement conservateur semble en perte de vitesse. Qu’importe le choix du gouvernement conservateur dans ce dossier, il est peu susceptible de redorer son image et d’augmenter la popularité du premier ministre.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.