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Equipes Santé Ontario : les francophones pas tous logés à la même enseigne ?

La plupart des 31 projets d’équipes Santé Ontario présélectionnés par le ministère de la Santé et des Soins de longue durée laissent sceptique quant à leur capacité réelle à offrir des services dans les deux langues officielles. Si Ottawa s’érige en modèle à suivre avec l’Hôpital Montfort, dans d’autres régions comme Hamilton et Niagara, les acteurs communautaires disent avoir été écartés par les équipes locales.

« On nous a complètement laissés de côté », déplore Marcel Castonguay, le directeur général du Centre de santé communautaire Hamilton-Niagara (CSCHN), deux régions qui ont chacune reçu l’aval du ministère de la Santé et des Soins de longue durée pour finaliser leur candidature en tant qu’équipe Santé Ontario.

« Nous n’avons fait partie d’aucune des phases de concertation », affirme-t-il. « À Hamilton, ils ont fait des exagérations dans leur dossier en disant que quatre agences signataires fournissaient des services en français. Si on cherche un peu, il doit bien y avoir quelqu’un qui parle français quelque part dans leurs services, mais est-ce qu’ils sont en mesure d’offrir des services en français ? Absolument pas ! »

À partir de l’automne prochain, les patients relèveront de ces premières équipes Santé Ontario. L’objectif ? coordonner et offrir des services dans une multitude de spécialités : soins primaires, hospitaliers, de réadaptation, de longue durée, de santé mentale ou encore de soins à domicile et en milieu communautaire.

Marcel Castonguay directeur général du Centre de santé communautaire Hamilton-Niagara (CSCHN). Crédit image : Rudy Chabannes

La communauté ignorée aussi dans le Niagara

Une situation également constatée dans le Niagara où, alerte le directeur du centre de santé, « il reste tout un travail d’engagement pour que la communauté adhère aux exigences de l’équipe Santé Ontario ».

« Ce travail n’a pas été fait et ne pourra pas être fait avant octobre prochain. La soumission manque clairement de transparence et de santé primaire en français. Il y a un gros trou là-dedans », juge M. Castonguay.

La situation est d’autant plus curieuse que le CSCHN, avec ces 110 employés et ses 18 millions de budget, est historiquement un gros acteur francophone du sud ontarien. Passer à côté est donc perçu comme le signe avant-coureur d’un statu quo en matière d’accès aux soins dans les deux langues officielles, alors que le ministère a martelé à plusieurs reprises que l’amélioration des soins aux autochtones et aux francophones était une condition de la création des équipes Santé Ontario.

« On va travailler avec ce groupe »

Le docteur Tom Stewart, directeur général du St. Joseph Health System et de Niagara Health, deux mastodontes régionaux de la santé, a admis que les acteurs du projets d’équipe Santé Ontario avaient été pris de court dans la concertation avec la communauté francophone.

Avant de nous répondre, il tient à préciser qu’il n’est qu’un partenaire parmi d’autres dans les dossiers de Hamilton et Niagara.

« On a eu des délais extrêmement courts pour déposer les dossiers d’auto-évaluation », dit-il. « On est en train de commencer à répondre aux exigences du ministère que l’on doit rendre en octobre et la communauté francophone sera une part de cette réponse. On veut tous une meilleure navigation pour tous les patients, y compris francophones. On va travailler avec ce groupe communautaire dans les deux régions. Ce sont des partenaires à 100 %. »

Cet éminent professeur du département de médecine de l’Université McMaster est à la tête d’un système de santé tentaculaire, de 13 000 employés et médecins et d’une capacité de 2800 lits, qui s’étend de Guelph à Fort Érié, et dont le budget total avoisine 1,3 milliard de dollars.

Le docteur Tom Stewart. Gracieuseté : St. Joseph’s Hospital

Si elles ne consultent pas rapidement la communauté et ne satisfont pas aux critères d’offre de soins en français édictées par le ministère de la Santé, les équipes Santé Ontario candidates de Hamilton et Niagara courent le risque de s’auto-exclure à l’automne

C’est en tout cas l’avis de Marcel Castonguay : « À un moment donné, ils vont être obligés de démontrer quel est leur plan pour offrir ces services. Et le gouvernement va devoir montrer le bâton de l’imputabilité. Ça me dépasse complètement, car ces équipes, n’étant pas en capacité de travailler comme demandé, vont s’auto-exclure du processus et pénaliser tous les patients de la région. »

Montfort, un modèle bilingue en devenir

A l’opposé, l’Hôpital Montfort a mis des ressources pour coordonner une soumission qui regroupe une trentaine de partenaires, dont la grande majorité offre des services dans les deux langues.

Dans une région peuplée à 30 % de francophones, « mettre les soins de santé en français au cœur du projet était non-négociable », selon Lise Vaillancourt.

Directrice à Montfort, elle explique que si la candidature défendue par l’hôpital est retenue cet automne, l’équipe Santé Ontario d’Ottawa Est pourrait être créée d’ici la fin de l’année et opérationnelle un an plus tard, selon les plans du ministère, soit en 2021.

« Au lieu de faire affaire avec 30 organismes, le patient contactera l’équipe et ce sera elle qui lui indiquera un travailleur social près de chez elle », anticipe-t-elle. « Grâce à ce point de service unique, on va aider quelque 220 000 patients à naviguer dans un système intégré de l’hôpital vers les soins primaires, de longue durée, à domicile, la santé mentale… »

Le projet regroupe l’ensemble des 12 sous-services définis par le ministère. « On s’assurera qu’il y ait une volonté de desservir en français dans chacun de ces secteurs quand il y aura un besoin », ajoute la dirigeante.

Lise Vaillancourt. Gracieuseté : Hôpital Montfort

« On était déjà dans une approche holistique », signifie-t-elle, « car on travaille depuis un moment sur le projet de Carrefour Santé d’Orléans qui regroupera à terme l’hôpital et six centres de santé. »

À maturité, l’équipe Santé Ontario aura un système informatique permettant aux différents partenaires d’avoir accès aux données du patient, dans le respect de la confidentialité. Le patient aura accès à son dossier et pourra prendre des rendez-vous en ligne ou consulter des résultats d’analyse.

« On est fiers d’être pionniers », se réjouit Mme Vaillancourt. « On est conscients qu’on est en train de transformer le système de santé en Ontario. Il y a beaucoup d’inconnu. Ça ne se fera pas du jour au lendemain. C’est un beau canal pour influencer sur les services de santé. »

Cette influence pourrait s’étendre au reste de l’Ontario puisque, dans sa candidature, l’Hôpital Montfort s’engage à appuyer d’autres équipes dans leur volet francophone.

En attendant, à Hamilton et dans le Niagara, Marcel Castonguay dit rester aux aguets.

« On n’a aucune intention de permettre à qui que ce soit de nous exclure du processus », conclut-il, réclamant plus de transparence, des ententes strictes entre les équipes et Santé Ontario, un plan pluriannuel sur les services en français, une implication forte des Entités et, surtout, un changement d’attitude dans l’intérêt des patients.

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