Financement de la formation : un organisme francophone dénonce une « injustice » au fédéral
OTTAWA — Estimant être victime d’une « injustice » depuis plusieurs années de la part du gouvernement fédéral concernant le financement du développement des compétences et de la formation, un organisme francophone a décidé de porter son dossier devant le Commissariat aux langues officielles (CLO).
Le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC) estime que pendant que des centaines de millions de dollars ont été distribués dans les dernières années à des organismes anglophones dans le domaine, les francophones en milieu minoritaire n’ont rien eu.
Ces fonds, qui servent notamment au développement des compétences telles que la numératie et la littératie, ne prévoient pas d’arrimage avec les communautés en situation minoritaire, « ce qui exclut de facto les francophones à travers le pays », dénonce le RESDAC. L’organisme a donc décidé de porter plainte devant le Commissariat aux langues officielles.
« C’est une injustice d’être exclu de ces fonds. Avec cette plainte, nous demandons donc que les ministères prennent leurs responsabilités et fassent leur travail », lance son président Geoffroy Krajewski en conférence de presse aux côtés de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).
L’organisation avance que cela fait plusieurs années qu’elle tente de faire pression auprès des ministres, des fonctionnaires et des décideurs politiques à Ottawa pour changer la situation.
« Or, on voit que malgré tout cela, rien ne bouge. À un moment donné, le mécanisme de la plainte est celui qui est prévu par la loi. On espère évidemment qu’il [le commissaire] constatera qu’il y a bel et bien injustice », affirme le président du RESDAC.
Le RESDAC dit ignorer combien en subventions fédérales l’organisme aurait pu toucher en vertu d’obligations découlant de la Loi sur les langues officielles, mais c’est le CLO qui pourra « aller documenter ces montants auxquels les francophones n’ont pas eu accès », mentionne M. Krajewski.
La FCFA estime, elle aussi, qu’Emploi et Développement social Canada et Innovation, Sciences et Développement économique Canada, les deux ministères visés par la plainte, ne respectent pas leurs obligations linguistiques en ne finançant pas le développement des compétences en milieu francophone minoritaire.

« C’est pour cela qu’on a modernisé la Loi sur les langues officielles : pour que les institutions fédérales adaptent leurs façons de faire et leurs programmes afin que les francophones ne soient pas laissés pour compte », rappelle sa présidente Liane Roy.
« Soit on change les choses, soit on va vers l’assimilation »
Le RESDAC aide notamment des employés et employeurs à améliorer leurs conditions de travail ou à se requalifier, notamment via ses membres provinciaux. L’organisation donne en exemple une école de créativité de Montréal qui a reçu des fonds pour desservir l’ensemble de la francophonie canadienne.
« Il y a des organisations spécialisées pour la francophonie minoritaire. Pourquoi passer par des intermédiaires anglophones ou québécois? » se questionne le directeur général du RESDAC, Denis Desgagné.
« Les services offerts aux francophones se limitent souvent à de la traduction de documents, mais sans approche réellement pensée ‘par et pour’ les francophones », ajoute-t-il.
Le RESDAC pointe aussi en direction de la stratégie en intelligence artificielle lancée par Ottawa en juin dernier, notant qu’il y a une inquiétude dans le milieu francophone d’être ignoré dans cette stratégie.
« La crainte vient du terrain : la peur de ne pas avoir les outils pour que nos entreprises et nos organisations s’adaptent. Actuellement, la francophonie en situation minoritaire ne figure pas parmi les composantes qui recevront des services », indique M. Desgagné.
Selon ce dernier, l’avenir même du RESDAC se trouve menacé, l’organisation fonctionnant grâce à un financement par projet de cinq ans dont il ne reste actuellement plus que deux années.
« Après cela, nous ne savons pas si nous serons capables de maintenir l’organisation pour appuyer notre réseau », avertit M. Desgagné.
« Soit on change les choses, soit on va vers l’assimilation en utilisant les outils pensés pour les anglophones. On veut faire partie de la transition, augmenter la productivité de nos entreprises et de nos sociétés », termine le directeur général du RESDAC.