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Guillaume Côté, une étoile franco-torontoise au firmament

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

TORONTO – Danseur étoile et chorégraphe de renom au Ballet national du Canada, Guillaume Côté est une star au Québec comme à Toronto. Celui qui a joué tous les grands rôles classiques et porté une discipline à un très haut niveau s’apprête à être élevé au rang de chevalier de l’Ordre national du Québec. Une distinction qui honore sa riche carrière et sa constance à vouloir inspirer le jeunesse et démocratiser son art.

« Comment avez-vous réagi à l’annonce de cette décoration, la plus prestigieuse au Québec ?

C’est une reconnaissance vraiment touchante car j’ai commencé au Québec et ma famille y demeure toujours. Le but de chaque artiste, c’est d’inspirer les autres à poursuivre leurs rêves. C’est une confirmation que j’ai réussi, d’une certaine façon, à accomplir ça.

Dans ce monde impitoyable où la concurrence est sans merci, comment êtes-vous parvenu à faire la différence ?

J’ai travaillé, travaillé, travaillé. J’adore ce que je fais. Je suis passionné. Je crois tellement à la puissance que la danse dans nos vies, pour la santé physique et mentale. Alors, je me suis vraiment concentré sur le travail, sur ce que je voulais, et le faire par la danse le plus possible. Je voulais être le meilleur danseur et, en même temps, un ambassadeur pour les jeunes.

Vous a-t-il été difficile au début de vous affirmer en tant que danseur issu d’un milieu rural  ?

C’est un parcours assez inattendu pour le petit garçon du Lac-Saint-Jean (Québec) que j’étais. Ce n’était pas très accepté pour les garçons. Ça a été difficile de sortir des stéréotypes attachés au ballet, dans une ville où la passion est le hockey et la bière. Mais j’ai toujours eu ma famille de mon côté. Mes parents ont fait partie de la création d’une école de danse là-bas. Ce sont des passionnés des arts et du tourisme culturel qui m’ont soutenu et grâce à qui j’ai pu partir dès 11 ans à l’école du ballet national du Canada, à Toronto, pour étudier à plein temps. Ça a changé ma vie pour toujours.

Atteindre le sommet passe-t-il obligatoirement par la case Toronto  ?

Le Ballet national du Canada est une école reconnue internationalement, une des meilleures au monde. Je me suis dirigé vers l’Ontario à cause de ça, malgré que je ne parlais pas un mot d’anglais. Ça a été un bon choix qui m’a ouvert beaucoup de portes et a ouvert une option pour d’autres qui se sont dit que c’était possible.

Guillaume Côté et Heather Ogden dans Anna Karenina. Crédit image : Karolina Kuras. Ballet national du Canada

Quelles ont été les performances les plus intenses et excitantes de votre carrière ?

Mon premier spectacle avec l’American Ballet Theatre, où je jouais le prince charmant dans Cendrillon, a été le gros succès qui a changé ma vie. Et jamais je n’aurais pensé jouer un jour au théâtre de la Scala à Milan, dans La Belle au bois dormant. Plus récemment, j’ai dansé dans Roméo et Juliette avec le Théâtre Bolchoï et avec le New York City Ballet l’année dernière, qui était deux très belles expériences. J’ai aussi fait la première du Théâtre Nitjinsky, un des plus grands théâtres, à Paris. C’était un spectacle incroyable dont je me souviendrai toute ma vie.

Le danseur est-il un performeur solitaire ou grégaire  ?

L’image de l’artiste torturé dans sa bulle est un mythe. Le vrai artiste est la personne capable de distribuer l’inspiration autour de soi et de se laisse inspirer des autres, avec une curiosité innée. On dépend des gens qui nous entourent, de ses amis, de ses collègues. Dans mon métier, j’ai beaucoup appris du partage.

Derrière le plaisir de la scène, y a-t-il de la souffrance dans cette discipline et la recherche de la perfection  ?

La danse est un mode de vie. C’est quelque chose qui te consomme à 100 %, tout le temps. C’est de la discipline, mais c’est aussi une habitude. Ce n’est pas quelque chose qu’on fait, c’est quelque chose qu’on est. Ce n’est pas facile de sculpter son succès. C’est 90 % d’acharnement et de faillite, et 10 % de succès. Mais tout ça vaut la peine. Il faut y aller et croire en soi, en sa vision.

Guillaume Côté. Crédit image : Karolina Kuras. Ballet national du Canada

Vos journées ressemblent-elles à celles d’un sportif de haut niveau ?

Oui, c’est très chargé. On est comme des athlètes olympiques. La répétition est difficile pour les jointures, le dos, etc. Le corps doit trouver la bonne balance entre la flexibilité et la force, mais on a de bonnes ressources axées sur la santé. Ce n’est plus comme il y a 20 ans où on voyait des danseurs maigres qui fumaient la cigarette. On danse plus longtemps aussi, jusqu`a 45, voire 50 ans.

Comment avez-vous trouvé votre équilibre durant la pandémie  ?

Mon épouse (également danseuse) et moi, avons trouvé des façons de travailler minimes, deux à trois heures par jour, dans la maison, tout en s’occupant de nos deux enfants de 4 et 6 ans. Ils ont vraiment été notre priorité car les écoles en Ontario sont fermées.

Les restrictions gouvernementales ont-elles tenu compte de la réalité de votre art  ?

Le gouvernement de l’Ontario ne nous a pas traités comme des athlètes mais comme si on était des personnes qui allaient au gym. J’en suis extrêmement frustré. Au Québec, les artistes et les athlètes ont eu beaucoup plus de liberté. L’Ontario a vraiment mal géré.

Comment imaginez-vous l’après-pandémie, artistiquement  ?

Je pense qu’on va revenir en force en septembre, une fois les gens vaccinés, car ils sont fatigués d’aller voir des spectacles sur des écrans. Je ne m’en fais vraiment pas pour le futur. C’est sûr qu’à côté de ça, il y a des modifications à faire afin de prévoir de projets dans le sens digital numérique car une situation comme celle-là pourrait se reproduire dans le futur.

Guillaume Côté dans Marguerite et Armand. Crédit image : Karolina Kuras. Ballet national du Canada

Le Festival des arts de Saint-Sauveur, dont vous êtes le directeur artistique, a-t-il été impacté par cette crise sanitaire et le confinement ?

On s’est réinventé tout de suite en 2020 avec des vidéos. On a fait un gros projet de création avec dix films, avec l’aide de cinq chorégraphes, plusieurs danseurs et musiciens. Cette année, c’est plutôt une version hybride, avec des films et des collaborations entre des artistes inattendus, des choses sous un chapiteau avec la distanciation sociale, et en forêt !

Pourquoi ce genre de festival est important pour vous et votre art  ?

Dans les grands centres comme Montréal et Toronto, l’offre est saturée. On a tendance à toujours faire le focus sur ces places-là. Je crois au contraire que c’est important d’aller dans les régions, de décentraliser, parce qu’il y a du talent partout. Vivre dans la nature a quelque chose de vraiment cohérent avec ce festival. Les montagnes des Laurentides favorisent la créativité. Elles font du bien aux artistes. Il y a quelque chose de magique dans l’air.

Le public est aussi différent de celui des grands centres. Est-ce une manière de démocratiser encore plus la danse ?

C’est tellement important d’aller voir tout le monde. C’est là que la danse va survivre. Je pense que si on sert seulement les élites et les gens qui sont déjà des fans, c’est comme ça que ça va mourir. Je pense que c’est là qu’il faut commencer à se poser les vraies questions comment on fait, comment on garde la danse et comment on garde les arts le plus le plus cohérent possible.

Quels projets avez-vous en tête  ?

Je veux danser le plus possible avec le Ballet national du Canada. Je commence, l’année prochaine, ma tournée au Québec du spectacle Crypto. Plusieurs de mes chorégraphies sont aussi en train d’être présentées au Canada. Et puis, je suis en train de montrer un show immersif avec deux danseurs et des projections en trois dimensions, dans un environnement qui ressemble à un hangar. Et une nouvelle création pour le Ballet national du Canada commencera quand le confinement sera fini. Je me lance dans quelque chose de différent avec la musique de Thom Yorke.

On vous la souhaite le plus tard possible, mais quel avenir imaginez-vous une fois à la retraite  ?

J’aimerais rester impliqué dans les arts. J’adore la danse et j’adore ce ballet. C’est quelque chose que je veux vraiment  : promouvoir la danse, être un ambassadeur. »


[LES DATES-CLÉS DE GUILLAUME CÔTÉ]

1981 : Naissance à lac à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix

1998 : Devient membre du Ballet national du Canada

2004 : Promu danseur principal

2013 : Devient chorégraphe associé

2021 : Élevé au rang de chevalier de l’Ordre national du Québec

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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