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Autre année record pour l’immigration francophone en Ontario

Archives Rudy Chabannes/ONFR

Après une année record en 2024 pour le nombre d’immigrants francophones dans la province, l’Ontario a surpassé son sommet avec plus d’un nouvel arrivant sur dix dans la province qui était une personne parlant français en 2025.

Sur un total de 169 550 nouveaux immigrants permanents dans la province la plus peuplée au Canada l’an dernier, 19 390 étaient des locuteurs de la langue de Molière. En matière de proportion, cela représente 11,44 % de tous les nouveaux arrivants en Ontario.

« On sait qu’on approche des chiffres requis pour être capables de rencontrer la cible et de rétablir le poids démographique de la francophonie au Canada, et spécifiquement en Ontario. Donc, je me réjouis de voir cette avancée », affirme le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert.

L’Ontario se classe au troisième rang des provinces et territoires ayant accueilli proportionnellement le plus de francophones en 2025, devancé par le Nunavut (37,6 %) et le Nouveau-Brunswick (31,2 %).

Année/ Immigration francophone en OntarioPourcentageNombre
202511,44 %19 390
20249,57 %19 710
20235,76 %11 910
20225,28 %9765
20211,96 %3905
Source : Données de Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada

« Cela montre que lorsque le gouvernement veut vraiment réaliser les cibles mises en place, il est capable de le faire. Après presque 20 ans de difficultés à atteindre les objectifs annoncés au début des années 2000, on y arrive finalement et on dépasse même les attentes », réagit la chercheuse de l’Université d’Ottawa et spécialiste en immigration francophone, Luisa Veronis.

Ce nombre signifie qu’en quelques années, l’Ontario a réussi à doubler en proportion et en nombre l’immigration francophone. Pour Luisa Veronis, cette hausse s’explique par plusieurs « facteurs simultanés » comme du travail en amont de promotion à l’international notamment en Afrique, où l’information commence à mieux circuler auprès de candidats potentiels, note la chercheuse.

« Il ne faut pas sous-estimer l’augmentation du nombre de demandes, notamment de personnes d’origine camerounaise. Je pense aussi que les agents d’immigration ont débloqué des dossiers qui stagnaient auparavant », note-t-elle.

« Dans une moindre mesure, les résidents temporaires déjà au Canada qui obtiennent leur résidence permanente y contribuent aussi », ajoute la professeure de l’Université d’Ottawa.

S’il s’agit d’un sommet en matière de pourcentages, c’est toutefois en 2024 que le nombre d’immigrants francophones a atteint un pic légèrement supérieur à 2025 en Ontario.

Et l’intégration?

Si Luisa Veronis note le positif, elle craint que ce haut nombre soit l’arbre qui cache la forêt.

« Le contexte économique actuel (coût de la vie, loyers) est difficile pour tous les immigrants. J’ai peur qu’il y ait des désillusions », mentionne-t-elle.

« L’immigration en contexte minoritaire est différente : il y a peu d’emplois en français. Si beaucoup d’immigrants francophones arrivent en même temps, il pourrait y avoir des défis pour les absorber sur le marché du travail, même si on tente d’attirer des gens bilingues. Le volume risque de dépasser un peu la capacité des services d’accueil », craint la chercheuse.

Un argument que partage aussi le président de l’AFO, Fabien Hébert.

« On a seulement le nombre des gens qui arrivent. La question est : combien d’entre eux demeurent? », se demande M. Hébert.

Ce dernier s’inquiète de voir un nombre important de nouveaux arrivants dans le Sud-Ouest de la province, là où il n’y a pas « les infrastructures et les systèmes requis pour les aider au niveau de l’intégration », comme les services de santé et éducatifs, énumère-t-il.

« Le chiffre est excellent, le gouvernement a compris qu’on a besoin d’immigration francophone. Maintenant, il faut que les instances gouvernementales emboîtent le pas pour continuer à investir dans les systèmes et les mécanismes de soutien pour ces gens-là », conclut Fabien Hébert.

Ce dernier soutient aussi que le gouvernement Ford devrait envisager d’augmenter dans les prochaines années sa propre cible francophone si une tendance autour de 10 % se maintient.