Culture

José Bertrand : « Continuer à être à l’écoute des franco-ontariens »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

José Bertrand, président-directeur général du Groupe JKB qui organise le Festival franco-ontarien et la Franco-Fête de Toronto.

LE CONTEXTE :

À Ottawa, l’organisation du FFO a été émaillée cette année par la controverse sur son partenariat avec Alto. À Toronto, la Franco-Fête a changé de lieu à cause de la Coupe du monde de soccer et risque d’attirer moins de monde.

L’ENJEU :

Les organisateurs du FFO et de la Franco-Fête de Toronto s’ingénient à trouver des solutions pour assurer la viabilité de ces deux événements.

« Près de 8650 festivaliers se sont rassemblés au FFO cette année. Comment interprétez-vous ce chiffre par rapport aux éditions précédentes?

L’année passée, c’était une 50e édition anniversaire. La comparaison la plus pertinente demeure donc celle avec 2024. Il faut aussi tenir compte de la météo difficile samedi, qui a pu décourager certaines personnes de se déplacer. Malgré cela, les festivaliers présents sont majoritairement revenus lorsque le site a rouvert après l’évacuation.

Si l’on regarde les années précédentes, nous avions accueilli près de 10 000 personnes pour le 50e anniversaire, tandis que l’édition 2024 avait attiré un peu plus de 6000 festivaliers. Cette année, pour une édition non anniversaire, nous enregistrons donc une hausse de l’achalandage. Cela montre que nous élargissons progressivement la portée du festival. Je suis satisfait de ces résultats et nous espérons poursuivre cette croissance en 2027.

Le groupe congolais Jupiter & Okwess partage la scène avec de jeunes Franco-Ontariens. Photo : Amine Harmach/ONFR

Il y a une dizaine d’années, le FFO attirait quelque 25 000 festivaliers. Qu’en dites-vous?

Les réalités ont beaucoup changé. À certaines époques, les festivals connaissaient un engouement exceptionnel. Dans les années 1980, le Festival franco-ontarien accueillait même plus de 100 000 personnes.

Depuis la pandémie, la reprise est graduelle. Nous retrouvons peu à peu une courbe de croissance, mais cela demande du temps et dépend aussi des ressources financières disponibles. En 2015, par exemple, le contexte du 400e anniversaire de la présence française en Ontario permettait d’avoir accès à davantage de financement et de visibilité. Plusieurs facteurs influencent la fréquentation d’un festival, qu’il s’agisse du financement, de la promotion ou du contexte général.

Parlez-nous de la situation financière du festival.

Dans l’ensemble, le festival se porte bien. Nous avions ajusté nos prévisions en fonction du fait qu’il ne s’agissait pas d’une année anniversaire. Les budgets avaient donc été revus à la baisse par rapport à ceux de la 50e édition, ce qui a eu un impact sur la programmation et, dans une certaine mesure, sur l’achalandage.

Nous sommes encore en train de finaliser les chiffres, mais la situation financière demeure saine. Cela dit, il ne faut surtout pas la tenir pour acquise. Assurer la viabilité du festival est un travail constant. Nous l’avons encore constaté dans les semaines précédant l’événement : il est de plus en plus difficile d’obtenir du financement privé. Les entreprises font elles aussi face à des contraintes budgétaires, et il faut constamment convaincre de nouveaux partenaires de se joindre à nous tout en remplaçant ceux qui se retirent.

Le festival repose sur plusieurs sources de revenus : les commandites privées, les fonds publics ainsi que les revenus autonomes, comme la billetterie et les ventes au bar. Cette diversification est essentielle pour maintenir une bonne santé financière.

Quel est le montant que vous avez perdu en mettant fin à la commandite d’Alto?

Je pense que nous l’avons déjà mentionné à plusieurs reprises : nous ne divulguons pas les ententes conclues avec nos partenaires. De façon générale, les commandites varient entre 5000 $ et 25 000 $, selon le niveau de visibilité offert. Nous proposons différents paliers afin que les partenaires puissent contribuer au festival en fonction de leurs moyens et de leurs objectifs.

Êtes-vous inquiet pour l’an prochain?

Non, pas du tout. Au contraire, nous avons vu les festivaliers répondre présents en grand nombre. Cette édition a aussi démontré à quel point la communauté franco-ontarienne est engagée et prête à s’exprimer.

Un public double était présent à la précédente Franco-Fête : les spectateurs d’intention et les passants qui choisissaient de rester pour quelques chansons. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Le festival est un lieu de rencontre et de dialogue. Il nous permet de prendre le pouls de la communauté, de comprendre ce que les gens souhaitent voir davantage (ou moins) dans la programmation et les activités.

Nous avons la chance d’avoir une communauté aussi impliquée, qui n’hésite pas à nous faire part de ses attentes. Cela nous aide à nous ajuster et à bâtir un festival qui lui ressemble.

Est-ce que tout le monde a été payé?

Le processus est en cours et tout le monde sera payé. Comme pour toute organisation qui gère un budget d’environ 750 000 $, les paiements ne se font pas du jour au lendemain. Nous sommes actuellement dans la phase finale des paiements et nous prévoyons avoir réglé l’ensemble des fournisseurs et partenaires d’ici la mi-juillet. Les fonds sont disponibles et les paiements sont effectués comme prévu.

Quelle leçon retenez-vous de la controverse qui a précédé le festival?

Comme je l’ai déjà dit, notre mission est avant tout culturelle. Bien que notre nom nous associe à une réalité qui peut parfois être perçue comme politique, nous demeurons d’abord un organisme culturel.
Cette situation nous a rappelé à quel point la communauté franco-ontarienne est engagée et n’hésite pas à exprimer ses opinions. Les festivaliers veulent être entendus et participer aux discussions. Nous allons donc continuer à être à l’écoute et à maintenir ce dialogue avec la communauté.

Comment se préparent les activités de la Franco-Fête à Toronto?

Les préparatifs vont bon train. Nous sommes en pleine finalisation de la programmation. Cette année, en raison de la FIFA, plusieurs espaces publics, dont Harbourfront, n’étaient pas disponibles. Nous avons donc conclu un partenariat avec Radio-Canada afin d’intégrer notre événement à sa journée portes ouvertes.

Les activités se dérouleront dans l’atrium de Radio-Canada, ce qui nous permettra d’offrir une programmation de qualité dans un environnement intérieur, à l’abri des intempéries. Nous sommes très satisfaits de cette solution et les préparatifs avancent bien.

Combien de visiteurs espérez-vous attirer?

On espère toujours faire grandir le festival et retrouver l’achalandage des belles années à Dundas Square, aujourd’hui appelé Sankofa Square. À l’époque, le site attirait beaucoup de passants qui s’arrêtaient spontanément, ce qui nous permettait d’accueillir jusqu’à 80 000 personnes.

Aujourd’hui, la Francofête rassemble entre 2000 et 3000 festivaliers au cours du week-end. Comme l’événement se déroule sur deux jours cette année, nous espérons accueillir environ 2500 personnes grâce aux collaborations que nous avons développées.