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La campagne électorale fédérale officiellement lancée

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Le premier ministre canadien Justin Trudeau a demandé à la gouverneure générale du Canada de dissoudre le Parlement. Mary Simon a accepté et officialisé cette dissolution. Hautement symbolique, cet acte donne le coup d’envoi d’une campagne électorale éclair de 36 jours, à l’issue de laquelle les Canadiens seront appelés à voter, le 20 septembre, pour leur député lors des 44e élections fédérales.

« J’ai rencontré Mme Simon et elle a accepté ma demande de dissoudre le Parlement. Le Canada ira aux urnes le 20 septembre », a déclaré Justin Trudeau, devant Rideau Hall. « Le moment est venu de vous entendre. (…) Il s’agit d’un moment grave de conséquences. Tous les Canadiens doivent pouvoir décider comment on va finir notre lutte contre la COVID-19 et comment on va rebâtir en mieux. »

À plusieurs égards, ces élections s’annoncent sans commune mesure. D’abord parce qu’elles sont les plus chères de l’histoire. Ensuite parce qu’elles sont déclenchées au beau milieu d’une pandémie. Loin d’être sous contrôle, la COVID-19 amorce une quatrième vague au pays, sous l’impulsion du variant Delta qui se propage trois plus vite que le virus de souche.

La situation sanitaire encore instable est d’ailleurs un argument en or pour les adversaires politiques du premier ministre qui lui reprochent une certaine irresponsabilité à renvoyer, par opportunisme politique, les Canadiens aux urnes.

Les enjeux francophones dans la balance

Ces élections représentent aussi beaucoup pour les francophones en milieu linguistique minoritaire qui voient, bien malgré eux, des enjeux fondamentaux suspendus à l’issue du scrutin, à commencer par la modernisation de la Loi sur les langues officielles qui ne verra pas le jour sous le mandat actuel.

L’autre dossier francophone majeur est la sortie de crise du postsecondaire en français en milieu minoritaire. Partout au pays, les universités souffrent financièrement du Campus Saint-Jean à La Laurentienne, étirées entre les prérogatives fédérales et provinciales.

Troisième enjeu cher aux francophones : la pénurie de main d’œuvre alors que la croissance retrouve progressivement des couleurs. Partout au pays, les organisations plaident pour plus d’immigration de langue française afin d’échapper au déclin et à l’assimilation.

D’autres thèmes devraient apparaître tout au long de la campagne, à commencer par la relance économique. Le pays doit se relever d’un déficit de 354 milliards de dollars. Il faut redémarrer l’économie et relancer l’emploi pour donner de l’espoir aux Canadiens sur le plan du pouvoir d’achat.

L’environnement et la question autochtone pourraient aussi s’inviter à la table des débats. Deux sont prévus en français et un en anglais. Ces deux thématiques du changement climatique et de la réconciliation restent très importantes au sein de la population la plus jeune, et divisent le Canada d’est en ouest.

Le retour à une majorité libérale pas gagné d’avance

L’Objectif des libéraux est la reconquête d’une majorité au Parlement, perdue dans les urnes en 2019. Pour remporter un troisième mandat, Justin Trudeau compte s’appuyer sur son principal bilan depuis un an et demi : la gestion de la crise sanitaire relativement « sérieuse », selon plusieurs observateurs, mais rien n’est joué d’avance si l’on se fie aux sondages les plus récents.

Face aux libéraux, les conservateurs sont en ordre de marche derrière leur leader. Erin O’Toole veut effacer la déroute de son prédécesseur, Andrew Scheer, et remettre son parti aux commandes en barrant plus au centre et en s’impliquant dans des enjeux comme l’environnement. « Je suis prêt à relancer notre économie dans la bonne direction pour tous les Canadiens », a-t-il lancé ce dimanche.

Mais les résistances au sein du parti sont tenaces et le déficit de notoriété de M. O’Toole ne joue pas en sa faveur. Il faut remonter au gouvernement Harper (2006-2015) pour trouver le dernier premier ministre conservateur au pouvoir.

Les chefs de parti Justin Trudeau (PLC), Erin O’Toole (PC), Jagmeet Singh (NPD), Annamie Paul (Verts), Yves-François Blanchet (BQ) et Maxime Bernier (PPC). Crédits image : PLC, PC, NPD, PVC, BQ et PPC.

Les plus récents sondages ne le donnent pas favori, en retrait sur Trudeau, à 30 % contre 35 %, devançant le néo-démocrate Jagmeet Singh, crédité de 20 % des intentions de vote.

Positionnées sur une ligne progressiste, les troupes de M. Singh espèrent surfer sur la vague des déçus du gouvernement Trudeau et les déconvenues internes du Parti vert pour grignoter des voix dans des circonscriptions-clés. La recette politique néo-démocrate est simple : faire payer les « ultra-riches » pour relancer le pays sur le plan économique, social et environnemental.

« Contrairement à Justin Trudeau, avec moi c’est fini les passe-droits pour les plus riches », a réagi M. Singh en marge de l’annonce du premier ministre. « On remet les intérêts de vous et de votre famille au cœur de nos priorités. »

Trois autres formations politiques présentent des candidats : le Bloc québécois d’Yves-François Blanchet, le Parti vert du Canada d’Annamie Paul et le Parti populaire de Maxime Bernier.

Les libéraux ont besoin d’au moins 170 sièges pour obtenir la majorité. Ils détenaient 155 sièges à la Chambre des communes, contre 119 chez les conservateurs, 32 chez les bloquistes, 24 chez les néo-démocrates et deux du côté des verts. La bataille finale, une fois encore, devrait se jouer en Ontario qui concentre plus du tiers des circonscriptions.

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