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La « francophonie économique » en Ontario, un pilier manquant

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Une fois n’est pas coutume, les festivités de la Journée des Franco-Ontariens, bien que virtuelles, ont battu leur plein. Mais au-delà des célébrations, un constat s’impose de plus en plus : l’Ontario français manque d’un pouvoir économique fort et centralisé.

Dans ces conditions, l’aide gouvernementale de 500 000 $ destinée aux entreprises franco-ontariennes pose des premiers jalons.

De cette enveloppe, 250 000 $ serviront à soutenir la création d’une nouvelle plateforme en ligne ― le Réseau économique francophone ― et les 250 000 autres dollars iront financer une campagne axée sur la promotion des produits et services.

Certes la somme est faible, très loin des 63 millions de dollars investis par le gouvernement provincial sur l’Université de l’Ontario français (UOF), et en dessous du million de dollars du Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO), mais c’est un premier pas intéressant.

Les associations offrant aux entreprises une gamme de services en français sont bien présentes dans l’Ontario français. Il y a bien sûr la Société économique de l’Ontario (SEO), le Conseil de coopération de l’Ontario (CCO), et plus localement le Club canadien de Toronto, le Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA), ou encore la Société de développement communautaire de Prescott-Russell (SDCPR).

Problèmes  : ces associations sont séparées par des centaines de kilomètres, et ne sont pas assez armées pour mettre leurs ressources en commun, que ce soit pour la liste de leurs entreprises ou entrepreneurs francophones, ou bien les différentes activités de chacun de leurs membres.

Qui offre des services en français, diffuse une promotion dans la langue de Molière, ou possède seulement un propriétaire parlant le français  ? L’absence d’une chambre de commerce provinciale laisse un vide.

Des missions économiques ?

D’un réseautage plus efficace pourrait naître à moyen ou long terme l’idée d’une mission pour promouvoir cette «  francophonie économique  ».

Concernant l’immigration, une délégation ministérielle avait participé à la toute première mission Destination Ontario française au Maroc et en Algérie en 2018. La même année, plusieurs membres franco-ontariens faisaient partie du cortège au Sommet de la Francophonie à Erevan. Sur une lentille plus économique en revanche, ce genre de missions restent inexplorées.

Les Franco-Ontariens ne doivent pas rater le train. Le bilinguisme est un atout non négligeable pour des milliers d’entreprises, incluant les anglophones. À l’heure où l’économie mondiale ralentit, que les États-Unis semblent moins jouer leur rôle de leader, que l’Afrique grandit, au moins démographiquement, une carte à jouer apparaît.

À cela se greffe l’intérêt de la métropole torontoise. Avec plus de 2,5 millions d’habitants, la ville jouit d’un attrait considérable, capable de galvaniser les forces créatrices des innovateurs. Mais encore faut-il pour les futurs résidents de la Ville reine connaissent puis saisissent les possibilités de ce bilinguisme.

Être complémentaire aux institutions politiques et culturelles

En dépit d’un déclin démographique inquiétant, l’Ontario français a réussi à arracher ses propres institutions scolaires, à bénéficier de services en français reconnus légalement. La dimension culturelle n’est pas en reste, si l’on pense aux succès des Véronic DiCaire, Damien Robitaille ou Katherine Levac pour ne citer qu’eux.

Le développement économique pourrait offrir un autre pilier capable d’appuyer les institutions politiques et culturelles. La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, a semblé en reconnaître l’importance. L’enjeu dépasse les clivages politiques, et doit être exposé avec acuité.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 26 septembre.

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