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La Passerelle : la province décide de couper les vivres

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – Le gouvernement ontarien, par l’entremise de deux ministères, a pris la décision de mettre un terme à son entente de financement de La Passerelle I.D.E., éclaboussée depuis plusieurs mois par de nombreuses allégations, a appris ONFR+. Le gouvernement dit appuyer sa décision sur les conclusions d’un examen, mené au cours des dernières semaines.

La Passerelle I.D.E. n’a plus le droit d’offrir les programmes et ateliers financés par le ministère de la Formation, des Collèges et des Universités, ainsi que celui de l’Enfance, des Services communautaires et des Services sociaux. En fait, elle doit arrêter d’offrir sur le champ les services fournis au nom des deux ministères.

Le gouvernement ontarien a mené un « examen de conformité » pour vérifier le respect des critères permettant d’obtenir des fonds publics de la province, affirme Tanya Blazina, porte-parole du ministère de la Formation, des Collèges et des Universités. Au terme de ce processus, il a été décidé « de mettre un terme à l’entente de transfert de paiements », révèle-t-elle.

Des lettres annonçant la décision des deux ministères ont été reçues dans les bureaux de La Passerelle I.D.E., lundi, selon une autre source consultée par ONFR+.

La directrice de la Passerelle-I.D.É., Léonie Tchatat. Archives ONFR+

Cette décision gouvernementale signifie, notamment, que l’organisme ne pourra plus offrir son programme d’employabilité Tremplin, qui permettait de suivre une formation et d’obtenir une certification.

Le programme a fait les manchettes au terme d’une enquête de Radio-Canada, qui alléguait que d’anciens clients de l’organisme se faisaient demander de remettre une preuve de leur embauche, alors même que La Passerelle I.D.E. n’aurait joué aucun rôle dans leur placement réussi.

Selon le reportage, l’organisme dirigé par Léonie Tchatat pouvait ainsi gonfler ses résultats auprès du gouvernement et continuer d’obtenir sa subvention. Une somme de 1,1 million de dollars a été injectée par la province dans ce programme, depuis 2015.

Pourtant, La Passerelle I.D.E. affirmait que son programme respectait son entente avec la province.

« Contrairement aux allégations sans fondement concernant des irrégularités du programme Tremplin Emploi, nous confirmons que ce programme a été administré conformément aux accords de financement », écrivait l’organisme. La décision du gouvernement de l’Ontario contredit explicitement ce passage de la déclaration de La Passerelle I.D.E.

L’examen de la province entre dans une seconde phase

Si la province impose l’arrêt immédiat de tous les programmes offerts par La Passerelle I.D.E. au nom du gouvernement par les deux ministères, elle annonce aussi que l’examen sur ses manières de faire entre dans une seconde phase.

La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, en compagnie de Léonie Tchatat. Archives ONFR+

« Les ministères prennent différentes mesures pour aller plus loin dans cette enquête, afin de répondre à leurs préoccupations et s’assurer que l’argent des contribuables ontariens a été utilisé de manière transparente et responsable », affirme Mme Blazina.

Lundi soir, Léonie Tchatat, a réagi à la décision du gouvernement. « En effet, nous avons reçu une communication de la part du ministère aujourd’hui et nous continuons à examiner son contenu ainsi que son impact potentiel sur nos programmes. Nous continuons à rejeter, dans les termes les plus fermes, toute allégation de mauvaise gestion des fonds publics avec nos programmes, et nous sommes donc perplexes devant cette décision du gouvernement », affirme Mme Tchatat.

La directrice de La Passerelle I.D.E. dénonce les manières de faire du gouvernement. « Il est à noter que ce contrat était en cours de renouvellement après une année de succès. Nous aurions voulu pouvoir poser directement de nombreuses questions au ministère et nous sommes donc très déçus de comprendre qu’ils ont communiqué à la hâte avec les médias plutôt que d’engager un dialogue avec nous », écrit Léonie Tchatat.

Le gouvernement s’occupera des clients de La Passerelle

Les personnes qui pourraient être affectées par cette décision seront dirigées vers d’autres organismes, affirme le gouvernement ontarien.

« Avec l’objectif de s’assurer d’une transition en douceur pour le transfert de l’offre de services, le ministère de la Formation, des Collèges et des Universités exécute un Plan de continuité pour soutenir les clients de La Passerelle », affirme Tanya Blazina. « Les clients pourront aussi choisir d’être servis par plusieurs fournisseurs qui offrent des services en français. Nous croyons que l’ensemble des clients verront leurs besoins comblés par le réseau d’Emploi Ontario », a-t-elle poursuivi.

Depuis deux mois, La Passerelle I.D.E. fait les manchettes concernant sa mauvaise gestion alléguée des fonds publics. Les résultats de nombreux programmes à l’intention de jeunes, de femmes en situation précaire et d’autres groupes de la société ont été remis en doute, dans des articles et reportages de différents médias.

Une membre du conseil d’administration de l’organisme, Zaera Atchia, a claqué la porte, dès le début des événements. « On essaye de faire porter le chapeau aux membres du conseil d’administration, mais nous ne sommes que des bénévoles ! On n’a même pas un regard sur les rapports envoyés aux bailleurs de fonds […] Et le bailleur de fonds ? », a-t-elle soutenu dans une entrevue exclusive à ONFR+, le 12 avril dernier.

La fondatrice et dirigeante de La Passerelle I.D.E., Léonie Tchatat, est restée loin des projecteurs refusant de fournir à l’ensemble des médias des réponses en profondeur aux différents scandales. Une conférence de presse promise par l’organisme lors de la publication des premières allégations se fait encore attendre. Les demandes d’entrevues d’ONFR+ sont restées sans réponse.

L’organisme a cependant publié différentes déclarations sur ses réseaux sociaux. La décision du gouvernement ontarien détonne par rapport aux textes de ces communiqués. « Article de potins », « attaque inexplicable », « rumeurs », « récit incohérent »… ne sont que quelques-uns des qualificatifs utilisés pour décrire le travail des médias dans ce dossier.

D’autres bailleurs de fonds, notamment le gouvernement fédéral, ont lancé des examens pour en savoir plus sur la manière dont les fonds accordés ont été dépensés. Les conclusions de ces processus d’examen devraient être connus prochainement.

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