L’agenda ambitieux de Catherine B. Bachand à la tête de la SÉO
[LA RENCONTRE D’ONFR]
OTTAWA – Femme déterminée qui œuvre au nom du développement, Catherine B. Bachand est appelée en renfort au service des minorités franco-ontariennes. La nouvelle directrice générale de la Société économique de l’Ontario (SÉO) était en entrevue avec ONFR pour raconter son parcours, sa vision de l’esprit d’entreprise et la façon de manœuvrer en dépit des tarifs, à un moment effervescent de l’économie ontarienne.
« Comment interprétez-vous la confiance que la SÉO vous accorde pour prendre cette relève?
Je pense qu’on m’a choisie parce qu’on cherchait quelqu’un capable de faire croître l’impact. Je ne suis pas une dirigeante centrée sur l’intendance, mais plutôt une personne orientée vers le développement et la croissance. Ayant commencé ma carrière en politique fédérale à Ottawa, je connais bien les bailleurs de fonds de la SÉO, actifs à tous les niveaux, principalement fédéral et provincial.
J’espère mettre mon expérience en affaires gouvernementales au service de l’impact et de la portée des projets de la SÉO. Mon objectif est d’établir des partenariats gagnant-gagnant avec les entreprises, afin qu’elles propulsent leurs marques tout en soutenant la mission de la SÉO et la communauté francophone en Ontario.
Avec votre parcours national et international, comment comptez-vous désormais soutenir la communauté francophone en Ontario?
Avant de rejoindre la SÉO, j’ai dirigé les relations gouvernementales à la Commission canadienne du tourisme et occupé le poste de directrice générale du bras philanthropique du Cirque du Soleil. J’ai également participé aux Jeux olympiques d’hiver de Vancouver et, comme deuxième employée du comité d’organisation, contribué à mobiliser un milliard de dollars du secteur privé pour les Jeux de 2010.
Je souhaite désormais mettre cette expérience au service de la SÉO et de la communauté francophone, en développant des partenariats avec les communautés francophones et anglophones à l’échelle provinciale et nationale.

Pourquoi avoir pris un tel virage pour servir la francophonie ontarienne minoritaire ?
J’ai passé la majeure partie de ma carrière en milieu minoritaire, donc pour moi ce n’est pas un virage, mais une suite logique. J’ai quitté le Québec en 1998 pour vivre à Ottawa, puis à Vancouver, toujours en milieu minoritaire. Les Jeux olympiques n’auraient pas été les mêmes sans la participation des communautés francophones de la Colombie-Britannique et d’ailleurs au Canada.
On ne voulait pas que le public entende l’accent de la France ou de la Belgique dans les stades. Il importait que nos présentateurs et la voix des Jeux reflètent la francophonie canadienne. Nous avons donc signé des ententes de partenariat avec toutes les provinces et tous les territoires afin que les Jeux représentent la beauté et la richesse de la langue française, ainsi que la diversité des accents régionaux au Canada.
Comment comprenez-vous les principales préoccupations des Franco-Ontariens ces derniers temps?
Nous avons une bonne connaissance de la réalité des régions, mais nous souhaitons pouvoir mieux les desservir. La SÉO possède des bureaux à Ottawa et à Sudbury, collabore avec trois partenaires à Hamilton, et compte des employés basés à London et à Hearst, ainsi que des membres de son conseil d’administration à Kapuskasing.
Nous adaptons également notre approche aux réalités des communautés du Nord grâce à des programmes ciblés pour le recrutement, l’accueil et l’installation des travailleurs francophones. Une équipe spécialisée soutient ce programme, conçu pour relever un double défi : répondre aux besoins en main-d’œuvre des micro et petites entreprises tout en revitalisant les communautés francophones du Nord.
Quelle est votre vision de l’entreprise franco-ontarienne dans le contexte économique actuel?
Je pense que les entreprises ontariennes ne devraient pas négliger la diversité linguistique, un avantage compétitif important. Le contexte économique actuel est particulièrement effervescent et comporte de grands défis, que ce soit les tarifs américains qui touchent les entreprises ontariennes ou la situation économique plus générale en Ontario et au Canada. C’est sur ces enjeux que nous concentrerons nos efforts dans les mois et années à venir.
Comment comptez-vous mieux inclure les personnes sous-représentées dans l’économie ontarienne?
À la SÉO, la majorité de l’équipe est composée de femmes, et je dirais même que nos programmes en entrepreneuriat sont faits par et pour la gent féminine. Certains programmes de la SÉO, bien que destinés à tous, ciblent spécifiquement les défis propres aux femmes entrepreneures. Elles sont une partie importante de notre mission et jouent un rôle clé au sein de la SÉO.
Plus de 350 femmes ont été accompagnées et, en l’espace de trois mois, 90 % d’entre elles ont trouvé un emploi, ce qui illustre bien nos priorités. Nous mettons également en valeur les compétences des nouveaux arrivants et les soutenons afin de faciliter leur intégration.

Pourquoi abordez-vous cette nomination avec tant d’humilité?
Vous me prêtez beaucoup de mérites, mais la SÉO n’est pas l’affaire d’une seule personne. Mon approche est collaborative : nos objectifs ne peuvent se réaliser qu’ensemble. Je souhaite que les chercheurs d’emploi comme les entreprises nous considèrent comme un partenaire incontournable.
Nous avons devant nous de belles occasions de développement, avec des projets structurants et innovants qui nous permettront d’explorer de nouvelles approches, notamment en employabilité. Notre ambition est de travailler à grande échelle, de façon encore plus intégrée avec l’écosystème entrepreneurial et économique de l’Ontario. Pour moi, la SÉO incarne l’opportunité d’élargir la vision de l’économie. »
LES DATES CLÉS DE CATHERINE B. BACHAND :
1975 : Naissance aux Forges-du-Saint-Maurice, à Trois-Rivières (Québec).
1998 : Entre au Cabinet du ministre fédéral de la Justice et procureur général du Canada.
2000 : Rejoint le Cabinet du premier ministre du Canada.
2004 : Devient cheffe de cabinet des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2010 à Vancouver, puis en supervise la transition jusqu’en 2011.
2012 : Est nommée cheffe de la direction de la Fondation du Cirque du Soleil.
2025 : Prend la direction générale de la Société économique de l’Ontario.
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.