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L’année où le gouvernement et les Franco-Ontariens ont tenté de rebâtir les ponts

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Sur les décombres du « jeudi noir », le gouvernement progressiste-conservateur et les militants franco-ontariens ont tenté tout au long de l’année 2019 de rebâtir leur relation. Avec des hauts et des bas.

Il fallait bien faire un effort pour mieux se parler. L’onde de choc suscitée par les compressions aux services en français le 15 novembre 2018, avec la suppression du poste du commissaire François Boileau et l’annulation du projet de l’Université de l’Ontario français (UOF), avait laissé des traces.

Soucieux d’établir des ponts avec une communauté franco-ontarienne qu’elle connaît mal, l’équipe Ford a fait quelques pas en avant. D’abord dans la forme, avec la nomination de Marilissa Gosselin à titre de conseillère aux Affaires francophones.

Dans le fond, la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, s’est finalement rangée derrière le projet de l’UOF. Le 7 septembre, le protocole d’entente sur le financement de la future université a jeté les balises. En résumé : le bâtiment devrait ouvrir en 2021 et sera financé par la province à compter de 2022.

Fort de ce succès, les militants sous l’impulsion de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) ont écarté provisoirement l’option des tribunaux face au gouvernement progressiste-conservateur. Reste que sur le dossier d’un éventuel retour à l’indépendance du commissaire aux services en français, pour le moment intégré au bureau de l’ombudsman, Caroline Mulroney n’a pas modifié sa position d’un iota. C’est pour le moment un non catégorique.

Une année pas si bonne que ça

Malgré la meilleure ouverture du gouvernement Ford, difficile de dire que l’année 2019 fut particulièrement bonne. Comme les autres minorités provinciales, les francophones restent tributaires d’un gouvernement qui a décidé de faire de la lutte contre le déficit budgétaire sa marotte.

En 2019, plusieurs autres nuages sont venus obscurcir le ciel. D’abord, la grande réforme de l’Éducation du gouvernement Ford, annoncée au printemps, se traduira par moins de postes d’enseignants. Beaucoup d’observateurs craignent que l’augmentation du nombre d’élèves par classes n’entraîne la diminution du nombre de cours en français.

Au niveau de la santé, on ne sait toujours pas si la nouvelle répartition provinciale en cinq régions géographiques sera efficace pour répondre aux besoins des francophones éparpillés. Sur le terrain, le vieillissement de la population a pour conséquence des besoins beaucoup plus spécifiques pour les aînés francophones.

Des causes délaissées

En 2019, les porte-paroles de la cause franco-ontarienne ont mis beaucoup d’énergie pour un retour de l’UOF et du Commissariat aux services en français. Faute de bras, ils ont dû laisser de côté d’autres dossiers autrefois brûlants.

Au cours des 12 derniers mois, on a, par exemple, moins parlé d’immigration francophone dont les cibles ne sont pas atteintes. On s’est moins épanché aussi sur les manques et ratés du français à la Ville d’Ottawa, bien que la municipalité soit « officiellement bilingue » depuis 2017. La maison de la francophonie de Toronto ? La pleine indépendance du Centre Jules-Léger à Ottawa ? La membriété de l’Ontario au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ? Rien de nouveau.

Comme dans toutes relations, les bons mots ne suffisent pas. Il faut des actes. En 2020, le rétablissement de l’indépendance du Commissariat ou encore un budget clément présenté par Queen’s Park au printemps pourraient donner des gages de confiance aux militants. À contrario, des orages sont à prévoir.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 30 décembre. 

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