« Le Northlander n’est pas fait pour le Nord », déplore le maire de Hearst
[ENTREVUE EXPRESS]
QUI :
Le Franco-ontarien Roger Sigouin, figure emblématique de la politique municipale du Nord de l’Ontario, est maire de Hearst depuis 2002. Défenseur acharné des intérêts de sa région, il interpelle régulièrement les gouvernements provincial et fédéral sur les enjeux de transport, de santé et de développement économique.
LE CONTEXTE :
Après quatorze ans d’absence, le Northlander s’apprête à reprendre du service en 2026, marquant l’aboutissement d’une promesse phare du gouvernement de Doug Ford envers les populations du Nord de l’Ontario.
L’ENJEU :
Le train, qui constituerait l’unique alternative sécuritaire à la route 11 — connue pour ses fermetures hivernales et ses accidents mortels —, reliera Toronto à Timmins et Cochrane. Un trajet qui s’arrête « à trois heures de chez nous », souligne Roger Sigouin, pour qui le service reste inaccessible pour sa communauté.
« Vous réjouissez-vous du retour du Northlander?
L’idée de ce train est bonne et je respecte le gouvernement pour avoir rétabli ce service. Mais le Northlander n’est pas « chez nous ». Il s’arrête à trois heures de route d’ici.
Pour un habitant de Hearst, il faut encore parcourir environ 215 km de route pour atteindre la gare à Cochrane. Moi, par exemple, je vais devoir prendre ma voiture pour aller à Timmins. Pour prendre le train à 5 h du matin, je devrai louer une chambre d’hôtel sur place, et au retour, ce sera la même chose. En plus de ne pas être pratique, cela engendre des coûts importants.
Quel tracé ferroviaire nordique auriez-vous aimé voir?
Le Northlander aurait dû être conçu pour le Nord : une vraie boucle reliant North Bay, Cochrane, Hearst, Sault-Sainte-Marie et Sudbury. Là, on pourrait dire qu’on dessert le Nord. Présentement, on ne dessert que Timmins, North Bay et Cochrane. En somme, cela ne règle pas le problème des déplacements entre les communautés nordiques.
Outre l’aspect financier, pourquoi le gouvernement s’est limité au choix d’une ligne Nord Sud seulement?
C’est frustrant parce que ça donne l’impression que si tu n’as pas un élu local au sein du gouvernement, ton dossier s’arrête là. Pourtant, le reste du Nord de l’Ontario, comme le Cercle de feu, est plus proche de Hearst que de Timmins. Ils veulent construire des rails pour monter jusque-là, mais on en parlait déjà il y a 15 ans. Ce n’est pas normal qu’il n’y ait toujours pas de vision pour les 15 prochaines années, ça n’a aucun sens.
En l’absence de train, la route 11 récupère tout le trafic lourd, augmentant les risques d’accidents…
L’hiver, les camionneurs ne prennent pas la route 17 parce que c’est trop dangereux. La proximité du lac [Supérieur] crée de l’humidité qui gèle sur le pavé; c’est extrêmement glissant.
Les compagnies d’assurance disent carrément aux camionneurs : « Vous n’êtes pas assurés sur la 17, vous n’avez pas le choix de passer par la 11, par en haut ». Chez nous, le terrain est plus plat, alors que sur le bord du lac, ce ne sont que des côtes. Mais on n’est pas contre la 17, au contraire. On ne doit pas aller l’un contre l’autre, il faut travailler ensemble.
Pensez-vous que les enjeux économiques, comme le Cercle de feu, pourraient motiver une dynamisation du réseau?
On a le nucléaire, on a le Cercle de feu qui s’en vient. Le Nord détient énormément de potentiel économique. On verra si cet attrait finit par nous mener enfin vers de meilleures infrastructures. »