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Les points de presse traduits en français, mais l’opposition demande mieux

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – Le gouvernement de l’Ontario annonce qu’il offrira désormais la traduction simultanée des points de presse quotidiens à l’occasion de la crise de la COVID-19.

« Notre gouvernement reconnaît les besoins exprimés par les francophones afin qu’ils puissent appuyer cet effort général pour freiner la propagation du virus et d’assurer des soins de santé à tous », écrit la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, dans un courriel envoyé aux médias, jeudi matin.

« Nous nous efforçons à tous les jours pour nous assurer que tous les Ontariennes et les Ontariens ont l’information dont ils ont besoin dans la langue officielle de leur choix », assure-t-elle.

Et de poursuivre : « En ce sens, nous avons fourni le sous-titrage en français sur la chaîne gouvernementale YouTube et les francophones ont accès en ligne aux communiqués de presse en français et aux informations importantes relatives à la COVID-19. Nous avons également travaillé pour offrir la traduction simultanée des points de presse aux médias, ainsi que sur les chaînes YouTube du gouvernement, et elle sera disponible à partir d’aujourd’hui. »

La veille, trois députés libéraux avaient demandé plus de communication en français de la part du gouvernement provincial.

« Nous vous écrivons pour vous demander de manière urgente et pressante d’ajouter une composante en français à vos mises à jour quotidiennes », ont écrit les députés libéraux Stephen Blais, Lucille Collard et Amanda Simard dans une lettre envoyée au premier ministre ontarien, le 15 avril. « Bien que vous tenez un briefing quotidien en anglais, il n’y a pas de contenu français équivalent pour la communauté. »

Au micro d’ONFR+, la députée Amanda Simard renchérit.

« Après tout ce qui s’est passé lors des deux dernières années, il me semble impensable que le gouvernement n’ait toujours pas le réflexe de penser à la communauté francophone. »

La députée de Glengarry-Prescott-Russell souligne que les personnes âgées sont les plus vulnérables. Incidemment, ce sont aussi les gens qui ont le plus besoin de services en français.

La députée de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard. Crédit image : Martin Roy, le journal Le Droit

« La semaine dernière, une journaliste a demandé si elle pouvait poser une question en français. M. Ford lui a répondu «  non, pas maintenant ». En effet, pas maintenant, pas le jour avant, pas deux semaines avant… alors quand ? »

La traduction n’est pas « un traitement égal », dit Amanda Simard

L’annonce de ce jeudi « ne répond aucunement à la demande », affirme la députée libérale.

« C’est carrément rire de nous. Ce que l’on veut, c’est des intervenants à qui l’on peut poser des questions en français », explique Mme Simard. « Ce que le gouvernement nous dit, c’est qu’il n’y a personne dans la fonction publique ontarienne qui est capable de répondre en français. C’est complètement ridicule et l’on sait que c’est faux. »

« La traduction est un accommodement, et non un traitement égal », poursuit-elle. « Il y a trop d’occasions de perdre les nuances en traduction, surtout dans des domaines hautement spécialisés comme la médecine. Comment se fait-il que le gouvernement ait mis quatre semaines pour utiliser le service de traduction qu’il avait déjà à sa disponibilité ? »

« Où était la commissaire lors des quatre dernières semaines ? », demande-t-elle. « Cette situation ne fait que soulever la nécessité d’avoir un Commissariat indépendant. »

Pour le porte-parole néo-démocrate aux Affaires francophones, Guy Bourgouin, ce dossier de la traduction en français a mis du temps à se dessiner.

« Ça fait plusieurs semaines que je travaille sur le dossier, pour aborder la question de la traduction simultanée. Le Québec le fait en anglais, pourquoi l’Ontario ne le fait-il pas en français ? Je suis content que le gouvernement ait écouté quelques-unes de nos préoccupations. »

Le médecin hygiéniste devrait-il être bilingue ?

Lors de la pandémie, le Dr David Williams, médecin hygiéniste en chef de l’Ontario, est appelé à tenir des points de presse quotidiens. Mais là aussi, le français reste absent.

Le médecin hygiéniste en chef de l’Ontario, David Williams. Capture d’écran

« C’est une question qui fait partie de nos discussions avec la ministre Mulroney lors du dernier mois », affirme Guy Bourgoin. « Le médecin hygiéniste en chef doit être capable de répondre en français. On est plus de 700 000 francophones en Ontario et nous ne sommes pas immunisés à la COVID. »

De son côté, Mme Simard se dit prête à faire des compromis.

« C’est certain que l’idéal serait d’avoir un médecin hygiéniste en chef bilingue », note-t-elle d’emblée. « Mais admettons que la meilleure personne pour le poste est unilingue anglophone, alors il faut s’assurer d’avoir une présence francophone, quelqu’un qui peut répondre aux questions. »

Lorsqu’interrogé sur la possibilité de désigner ce poste bilingue, le bureau de la ministre des Affaires francophone a préféré ne pas se prononcer pour l’instant.

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