Les préoccupations persistent toujours en amont du nouveau programme de maternelle
TORONTO – Les mois sont comptés avant le déploiement du nouveau programme de la maternelle qui avait été mis sur pause par le gouvernement afin de donner plus de temps pour la préparation. Malgré ce délai d’un an, les critiques et préoccupations demeurent alors que le curriculum sera appliqué à l’automne 2026. La révision, présentée comme un « retour aux bases », est trop stricte selon certains et les enseignants se sentent mal accompagnés.
D’ici un mois, les équipes pédagogiques de la petite enfance vont débuter leur formation, en prévision du nouveau programme-cadre de maternelle et jardin d’enfants (PMJE).
Certains acteurs du monde éducatif, ainsi que des parents, jugent les nouvelles exigences en matière de littératie, de mathématiques et de codage, comme contraignantes.
« Si on met l’accent sur ces compétences, les parents vont se demander : « Est-ce que ça va diminuer le temps que mon enfant aura passé à simplement jouer dans la salle de classe et à bâtir ses compétences sociales? », explique Julie Béchard, directrice générale de Parents partenaires en éducation (PPE).
Dans un mémo envoyé aux institutions, le ministère de l’Éducation défend plutôt l’idée d’un meilleur équilibre entre l’enseignement intentionnel et le jeu. « L’apprentissage par le jeu et l’enquête soutenue par les équipes pédagogiques demeurent inchangés », lit-on dans la note de service du ministère de l’Éducation.
Conformément aux ambitions gouvernementales, l’objectif est d’assurer une transition plus fluide vers la première année.
Même si la communauté se réjouit qu’une date ait été fixée pour l’implantation des changements, des préoccupations s’installent face à ces attentes plus élevées.
Entre éducateurs et gouvernement, les avis divergent
Même si les nouveaux contenus sont encore à l’étude, les conseils scolaires disent accueillir favorablement les changements qui viennent actualiser l’ancien PMJE de 2016. « Les équipes pédagogiques prépareront la mise en œuvre selon les attentes ministérielles », affirme Virginie Oger, conseillère aux communications du conseil scolaire catholique MonAvenir.

Quant à elle, l’équipe pédagogique du conseil scolaire Viamonde « s’appropriera les principaux changements dans les premiers mois de 2026 », complète Steve Lapierre qui dirige les communications.
Néanmoins, la responsabilité de la mise en œuvre transférée individuellement au personnel constitue l’un des points critiques majeurs. En effet, la formation offerte sous forme de webinaire doit être suivie par les professeurs de manière indépendante et durant leur temps libre.
De surcroit, l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) réagit : « Ça crée notamment un risque de surcharge de travail pour le personnel, pour qui le temps de préparation gagne à être reconnu comme du temps de travail. »

Bien que le gouvernement précise que le but est de fournir plus de repères au personnel enseignant, le manque de soutien se faire sentir.
« L’AEFO continuera de revendiquer que la mise en œuvre du curriculum se fasse dans des conditions réalistes, équitables, essentielles à l’apprentissage et au bien-être des tout-petits », conclut l’organisme.
Une transition plus fluide vers le primaire, selon le gouvernement
La directrice générale de Parents partenaires en éducation (PPE), Julie Béchard a rencontré les représentants du ministère de l’Éducation afin d’éclaircir les attentes du gouvernement avec ce nouveau programme. De sa compréhension, la révision du curriculum met de l’avant les compétences afin de faciliter la transition des enfants vers la première année de l’élémentaire.
« Il y a cette peur que ça ajoute une certaine pression sur de très jeunes enfants », souligne la directrice qui porte les préoccupations des parents.

Mme Béchard souligne également le manque de soutien accordé aux parents qui ont aussi le rôle de premiers éducateurs.
« Ils vont se demander comment ils peuvent rebondir sur ces nouvelles priorités afin d’être capables d’assurer leur rôle », dit-elle.
La directrice a prévu de consulter les parents au cours des prochaines semaines, et espère qu’un dialogue ouvert entre le gouvernement et les parents viendra maximiser les chances de réussite des enfants. « C’est toujours quelque chose qu’on encourage pour guider les parents à emboîter le pas ».