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L’étoile pâlissante d’Andrea Horwath

[ANALYSE]

TORONTO – Il y a un an jour pour jour, Andrea Horwath marchait sur l’eau. En pleine campagne d’une élection promise à Doug Ford, la chef néo-démocrate, radieuse, dynamique, maline, grimpait dans les sondages.

Bien que la victoire ne fut pas au rendez-vous, le Nouveau Parti démocratique (NPD) envoyait 40 députés à Queen’s Park, sa meilleure performance depuis les élections de 1990. Devenue chef de l’opposition officielle, la députée de Hamilton-Centre se posait en rempart face au nouveau premier ministre, Doug Ford. Andrea Horwath allait enfin faire parler la poudre, du moins le croyait-on.

Les lendemains de fête sont parfois difficiles. En une année, la chef néo-démocrate a paru retomber dans ses travers d’autrefois. Et le sondage publié la semaine dernière par Recherche Mainstreet confirme cette tendance peu glorieuse: avec 24,2 % des intentions de vote, le parti ne s’impose pas comme une alternative naturelle. Des résultats, certes, devant les progressistes-conservateurs (22,4 %), mais très loin derrière les libéraux (39,9 %) pourtant réduits à sept députés avec un chef intérimaire.

Bien sûr, il y eut pour le NPD, en septembre dernier, cette opposition farouche à la décision du gouvernement de réduire la taille du conseil municipal de Toronto. Il y eut aussi ce joli coup d’éclat, en mars, quand le parti avait laissé fuiter des documents internes sur la réforme en santé du gouvernement.

Malgré tout ça, on reste sur notre faim, et l’impression s’en dégage qu’il manque décidément quelque chose à Mme Horwath.

Inclassable pour ses électeurs

Ses plus fervents partisans diront que la chef du NPD est avant tout une femme de terrain. Que les joutes à Queen’s Park l’intéressent moins. Ses opposants raillent en revanche sa capacité à passer entre les gouttes en dix ans à la tête du parti. La désastreuse campagne électorale de 2014 aurait dû sonner le glas des espoirs d’Andrea Horwath.

Où est la vérité? Sûrement entre ces deux «écoles de pensée». Car la chef du NPD n’a jamais réussi à gommer l’image dépensière véhiculée par son parti. Certains leaders néo-démocrates étaient parvenus avant elle à paraître plus responsable, plus centristes… Ce fut le cas de l’ancien chef du NPD fédéral Thomas Mulcair. Son prédécesseur Jack Layton avait, par son charisme, imposé des thèmes de justice sociale, d’équité et de respect.

Le problème: Mme Howath est inclassable pour ses électeurs, ne s’apparentant ni à une gestionnaire sérieuse, ni à la porte-parole d’une vraie gauche.

Voilà autant de raisons qui rendent encore plus périlleuse la mission du NPD Ontario d’unir sa base ouvrière et syndicale dans le Nord, et ses sympathisants souvent issus des minorités visibles ou de l’immigration dans les grandes métropoles.

Horwath l’unilingue

Il y a aussi l’unilinguisme d’Andrea Horwath qui peut chicoter. On pourra toujours dire avec raison que le français de Doug Ford est tout aussi inexistant. Mais cet unilinguisme pour la chef du parti soi-disant le plus ouvert à la diversité et aux nouveaux arrivants place Mme Horwath en décalage avec son époque et ses convictions.

Dans ces conditions, on peut gager, par exemple, que l’ancien élu à Queen’s Park, Jagmeet Singh, parfaitement bilingue et désormais chef du NPD fédéral, aurait peut-être eu un profil plus approprié pour convaincre.

Après dix ans en poste, la chef du NPD a acquis une expérience non négligeable. Assez paradoxalement, jamais les clefs du pouvoir n’ont paru pour Mme Horwath aussi éloignées.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 27 mai. 

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