Sommet de la Francophonie à Ottawa en 2028 : le milieu économique francophone veut s’imposer
OTTAWA — Même si le Sommet de la Francophonie qu’Ottawa accueillera en 2028 n’aura lieu que dans deux ans, les acteurs francophones du pays s’y préparent déjà. Les milieux économiques francophones souhaitent notamment avoir leur mot à dire, y voyant une occasion privilégiée de tisser des liens d’affaires avec d’autres pays de l’espace francophone.
Ces acteurs économiques ont convergé vers la capitale fédérale mercredi, à l’occasion du sommet du Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE Canada), afin de discuter des possibilités financières qui pourraient se présenter dans le cadre de cet événement international.
« C’est une vitrine exceptionnelle pour se faire connaître », soutient Yan Plante, PDG du RDÉE Canada, un organisme qui représente les entreprises francophones hors Québec.
Ce dernier entrevoit, à l’approche de l’événement, un important potentiel pour le monde des affaires et pour la mobilité de la main-d’œuvre.
« Si l’on sait à l’avance que des entreprises étrangères viennent au Canada, nous pouvons les mettre en relation directe avec nos entrepreneurs dans les mêmes secteurs », explique Yan Plante.
À l’instar du RDÉE Canada, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada souhaite que le gouvernement fédéral profite des préparatifs pour promouvoir la langue de Molière.
« Pour bien se préparer, ce serait intéressant de décréter une année de la francophonie. Cela permettrait de mobiliser la culture et les médias, comme cela se fait à l’international avec les grandes conférences organisées autour du Sommet », espère Liane Roy, présidente de l’organisme porte-parole des communautés francophones et acadiennes.
Promouvoir la langue et l’expertise canadienne
Le milieu universitaire y voit quant à lui l’occasion de mettre en valeur le savoir-faire francophone en éducation, notamment l’expertise en matière d’enseignement du français, qui pourrait être utile ailleurs dans le monde, comme en Afrique, souligne Martin Normand.
« Il y a toute une expertise dans notre réseau d’établissements sur l’enseignement de la langue en milieu minoritaire : comment on enseigne la langue à de nouveaux apprenants, comment on l’enseigne à des gens en immersion… Nos chercheurs pourraient être sollicités à l’international », indique le président-directeur général de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC).
Il cite également l’exemple de l’intelligence artificielle, dont les avancées se font souvent en anglais, mais où l’expertise d’établissements comme l’Université d’Ottawa ou l’Université de Moncton pourrait être mise à profit dans les marchés francophones.
« Il y a plein de réponses à des enjeux émergents dans les marchés francophones qui pourraient être apportées par l’expertise canadienne présente dans nos collèges et universités », estime M. Normand.
Mona Fortier, secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères, qui pilote en partie le dossier de la francophonie internationale, était présente mercredi pour entendre les propositions des différents acteurs économiques.
« Ce sera une vitrine exceptionnelle pour nos entreprises, nos chercheurs, nos communautés et notre capacité d’innovation », a-t-elle déclaré.

La tenue de cet événement dans la capitale nationale survient alors que le gouvernement canadien cherche à renforcer les liens économiques du pays à l’échelle internationale.
« Dans le contexte actuel, où le Canada cherche à diversifier ses marchés, à stimuler le commerce intérieur et à réduire sa dépendance envers certains partenaires, la francophonie commerciale s’impose comme un moteur concret de croissance et d’innovation », a soutenu Mme Fortier.
« Une masse critique de décideurs prend conscience aujourd’hui du potentiel de la francophonie économique : un espace commercial rassembleur, un atout stratégique majeur et une force de développement économique », a indiqué la députée franco-ontarienne.
Plusieurs intervenants ont profité de la tribune offerte par le sommet du RDÉE Canada pour inviter la représentante du gouvernement à mettre en avant des secteurs comme l’économie et l’éducation, et à impliquer activement la francophonie canadienne dans la préparation de ce rassemblement international.
Le premier ministre Mark Carney avait annoncé en juillet dernier que la capitale canadienne accueillera le Sommet de la Francophonie en 2028, une première au pays depuis les sommets de Québec (2008) et de Moncton (1999).
« Pour moi, si à la fin du Sommet de 2028, les acteurs de la francophonie mondiale quittent Ottawa en sachant qu’ils peuvent faire des affaires avec 116 000 entreprises francophones et bilingues partout au pays, et pas seulement au Québec, nous aurons franchi un pas immense », conclut Yan Plante.