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Pas toujours facile de transmettre le français en contexte minoritaire

Bien des parents francophones souhaitent transmettre le français à leurs enfants. Mais quand on baigne dans une mer anglophone, en vivant en contexte minoritaire, les défis sont nombreux.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«Je me souviens que ma plus jeune, la seule qui est née ici, ne voulait pas parler le français ni l’arabe. Elle voulait juste parler l’anglais», se souvient Louis Kdouh. «Ça a duré jusqu’à ses cinq ans, mais on a tenu le coup. Mais je rencontre beaucoup de parents qui me disent se sentir coupables de ne pas avoir réussi à maintenir cette exigence.»

Installé avec sa femme et ses trois enfants à Brampton depuis huit ans, après deux années passées à Mississauga, M. Kdouh a décidé de s’impliquer dans l’organisme Parents Partenaires en Éducation (PPE), dont il est le président sortant. Une manière de partager son expérience, car le choix a été difficile d’inscrire ses enfants à l’école de langue française.

«Ce n’est jamais facile de convaincre son conjoint, quand il ne parle pas la langue, d’envoyer ses enfants à l’école française. Ça devient alors plus compliqué pour eux de s’impliquer dans l’éducation scolaire. Ma femme est libanaise et parle arabe et anglais. Ça a été difficile, même si aujourd’hui, elle ne regrette pas notre choix.»

Comme lui, Suzie Beliveau a rencontré des défis quant à sa volonté de transmettre sa langue.

«À un certain moment aussi, mes enfants voulaient moins parler français. Je pense que c’est normal dans un couple exogame.»

Suzie Beliveau avec son marie et leurs deux enfants. Crédit image: Gracieuseté

Dans sa province d’accueil, la Colombie-Britannique, cette Québécoise d’origine a elle aussi dû convaincre son mari anglophone.

«Il faut avoir la conversation, mais je pense qu’il faut aussi développer des ressources pour les parents anglophones. Souvent, ce n’est pas qu’un problème de langue. C’est aussi qu’ils se sentent exclus de la communauté. Dans l’école de ma fille, nous avons développé un programme de jumelage avec un parent francophone pour les aider et les intégrer davantage.»

Cette réalité, c’est celle des nombreux couples exogames qui vivent à travers le pays. Et dans une communauté francophone minoritaire, ce défi s’ajoute aux autres.

«Tout est en anglais autour d’eux. Ils sont immergés. C’est difficile pour les enfants de garder leur langue», explique M. Kdouh.

 

Un sommet sur la transmission linguistique

En novembre dernier, se tenait à Richmond, en Colombie-Britannique, un Sommet sur la transmission linguistique. Plus de 250 acteurs de la francophonie provinciale se sont rassemblés pour échanger expertises et bonnes pratiques et pour rechercher des solutions.

Mère de deux enfants de quatre ans et sept ans, Mme Beliveau, qui vit à Squamish, a participé à l’exercice.

«Avant d’avoir des enfants, il était évident pour moi qu’ils parleraient français. Mais c’est difficile quand tu vis en milieu minoritaire. Il y a beaucoup de facteurs qui interviennent. Même si mon plus jeune va dans une garderie francophone et que ma fille va à l’école de langue française, beaucoup de programmes, notamment dans les bibliothèques par exemple, ne sont pas disponibles en français.»

Père de famille dans un couple exogame, Benoit Parrot connaît bien cette situation. Soucieux que son fils parle sa langue, il s’est lui aussi rendu au Sommet.

«J’ai découvert beaucoup de ressources que je ne connaissais pas. Même si ma femme partage ma volonté que notre fils parle le français, on trouve difficilement des activités sportives et culturelles en français.»


«En venant du Québec, je me rends compte que c’est un privilège de pouvoir transmettre sa langue sans y penser. Ici, ça demande plus d’efforts.» – Benoit Parrot, Colombie-Britannique


Rencontrer d’autres parents au Sommet aide, souligne M. Parrot. Et pour lui, pas question de faire marche arrière.

«Parler plus d’une langue, c’est une richesse! Et puis, je veux que mon fils puisse communiquer avec ma famille au Québec. Depuis qu’il est né je lui parle en français, si bien qu’aujourd’hui, si je lui dis quelque chose en anglais, il me le fait remarquer!», s’amuse-t-il.

Benoit Parrot avec sa femme et leur fils. Crédit image: Gracieuseté

Il sait toutefois que la route est encore longue et qu’en grandissant, son fils pourrait moins utiliser le français. Mais son plus grand souhait, c’est que ce dernier devienne un ambassadeur de la langue française.

 

Faire connaître les ressources

Les trois parents interrogés par #ONfr s’entendent: il faut développer et surtout faire mieux connaître les ressources qui existent en français, afin de les aider à prouver à leurs enfants qu’il est possible de vivre en français, en dehors de l’école.

«On devrait distribuer des pamphlets avant même la prématernelle pour faire connaître les services existants», pense M. Parrot.

Pour Mme Beliveau, il convient aussi d’en développer hors des grands centres urbains.

«C’est difficile pour nous d’aller jusqu’au Centre culturel francophone à Vancouver. Et à Squamish, nous n’avons pas d’organismes francophones alors que nous sommes plusieurs francophones.»

Pourtant, insiste-t-elle, la transmission de la langue passe aussi par sortir le français du seul contexte familial.

«Il faut développer l’identité par des activités!»

Un avis que partage M. Kdouh.

«Si le français, c’est juste à la maison, ce sera difficile pour les enfants d’acquérir la langue et de la maintenir.»

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