Postsecondaire : vers une première en français à travers le Grand Nord canadien
Pour la première fois de l’histoire, une offre postsecondaire en français unifiée couvrira l’ensemble des trois territoires canadiens. C’est le pari que lance le Collège nordique francophone en planifiant une expansion unique en 2028 au Yukon et au Nunavut.
À l’heure actuelle, aucun établissement postsecondaire francophone n’offre de cours sur place au Yukon et au Nunavut. Or, le Collège nordique francophone, situé à Yellowknife dans les Territoires du Nord-Ouest (TNO), veut étendre sa programmation en 2028 chez ses voisins. L’établissement prévoit d’élargir ses activités en français avec des points de service à Whitehorse, au Yukon, et à Iqaluit, au Nunavut.
« On a un engagement, une date précise, et un modèle qui nous convient et qu’on doit faire valider. Pour moi, on est plus loin que la simple idée, on a quelque chose de concret en place. Je m’attends à ce que ça fonctionne en 2028 », expose en entrevue le directeur général du Collège, Patrick Arsenault.
Il est encore trop tôt pour préciser quelle forme prendra cette expansion en ce qui concerne le nombre de programmes ou d’étudiants, explique ce dernier. Le dirigeant du Collège soutient que certains programmes pourraient être offerts en alternance ou être adaptés aux réalités locales des trois campus.
« Ça va vraiment dépendre des besoins locaux de nos communautés, mais, assurément, ça va nous permettre d’avoir de plus grands bassins », explique M. Arsenault.
« Si on développe quelque chose à Yellowknife, mais qu’il y a un besoin pour deux ou trois personnes à Whitehorse, on pourra se poser la question : est-ce qu’on peut les intégrer à distance ou en mode hybride? L’idée est de pouvoir capitaliser là-dessus et de l’adapter au Yukon ou au Nunavut, et vice-versa, plutôt que de repartir à zéro », ajoute-t-il.
Si les besoins en matière de main-d’œuvre (éducation, santé, petite enfance, etc.) se ressemblent ailleurs au Canada, la réalité de la population étudiante est bien différente dans le Grand Nord, rappelle le directeur général du Collège nordique.
« Les critères de chiffres, ça marche rarement dans le Nord. Parfois, on lance des programmes pour cinq ou six personnes. Ça peut paraître saugrenu dans le Sud, mais pour nous, c’est profondément transformateur. On se dit : Wow, maintenant, on a une formatrice ou une personne de plus qui travaille en garderie. Cela donne un accès à six familles de plus, et pour ces personnes-là, l’impact va se faire sentir tout au long de la vie. »
Premier établissement de langue française dans le Grand Nord canadien à avoir obtenu son statut officiel en 2024, le Collège veut se distinguer avec cette approche sur trois territoires, à la fois nouvelle et unique.
« C’est sûr qu’on a des petits bassins, des moyens limités, de grandes distances et des barrières géographiques, mais en unissant nos forces, on peut aller beaucoup plus loin », estime M. Arsenault.
« Je ne m’attends pas non plus à avoir de gros campus avec des résidences de quatre étages. Mais ce sera au moins une présence, un point de service et peut-être une salle de classe pour commencer », poursuit le dirigeant universitaire.
En plus de modifications à l’interne, notamment au niveau de la gouvernance, l’une des prochaines étapes sera d’approcher les trois gouvernements territoriaux ainsi que le fédéral afin d’obtenir du financement.
Une initiative du Yukon
C’est l’Association franco-yukonnaise (AFY) qui a approché le Collège nordique il y a quelques années pour voir si une telle possibilité était envisageable. L’établissement a ensuite contacté l’Association des francophones du Nunavut pour coordonner une approche pan-territoriale.
« Il n’y a pas de possibilité de poursuivre des études postsecondaires en français sur place. Cela signifie que nos jeunes doivent quitter le territoire pour étudier en français ailleurs, ou alors ils doivent intégrer une structure anglophone », explique Souâad Larfi, de l’Association franco-yukonnaise.
Approcher le Collège nordique était donc une avenue logique, d’autant plus qu’il existe déjà des liens étroits entre l’institution des TNO et les francophones du Yukon. Par exemple, souligne Mme Larfi, la majorité des personnes œuvrant dans le milieu de la petite enfance y ont obtenu leur diplôme, sans compter les étudiants inscrits dans d’autres programmes.
« Il y a une totale logique à travailler main dans la main avec le Collège nordique. Il y a déjà des initiatives en place, des gens qui étudient à distance avec eux, et nous développons d’autres volets. Cette structure territoriale va pouvoir joindre et accueillir encore plus de monde », souligne-t-elle.
L’AFY aimerait, à moyen terme, avoir trois programmes « robustes » à Whitehorse avant de se diversifier pour répondre à d’autres besoins, notamment dans le secteur de la construction ou encore dans un domaine en plein développement : la défense nationale.
« Pour l’instant, on en est vraiment au début de l’identification, mais certaines choses se dessinent », présente Souâad Larfi, soulignant que l’association est également « en veille active » pour acquérir des locaux supplémentaires.