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Pourquoi Kelly Burke ne sera pas François Boileau

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Dans quelques jours, Kelly Burke célébrera ses six premiers mois à la tête du Commissariat aux services en français de l’Ontario. Pour le moment, ses débuts au poste de successeure de François Boileau ont été très discrets.

Mardi dernier, le rapport annuel dévoilé par l’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé, était l’occasion pour elle de sortir de l’ombre. Les 321 plaintes reçues pour les services en français – un chiffre en-dessous de 2018, mais dans la lignée des années précédentes – étaient d’ailleurs anecdotiques en comparaison aux attentes suscitées par la nouvelle commissaire dont le bureau est intégré à celui de M. Dubé.

Pendant une demi-heure, Mme Burke s’est prêtée au jeu d’une entrevue vidéo avec ONFR+. Le résultat ? Un ton prudent, neutre et une commissaire se défendant de n’être pas assez présente sur la scène publique.

Au passage, Mme Burke s’est félicitée de la traduction simultanée désormais disponible lors des conférences de presse quotidiennes du gouvernement ontarien sur la pandémie.

En revanche, elle s’est montrée beaucoup plus évasive sur la possibilité de rapports spéciaux quant aux manques du gouvernement sur les services en français. Ces précieux rapports de l’ancien Commissariat indépendant avaient pourtant permis de mettre en lumière des anomalies.

Le document « Pas d’avenir sans accès » publié en 2012 avait, par exemple, jeté les bases d’une université franco-ontarienne. Autre fait : en 2015, M. Boileau avait été l’un des premiers à proposer une indépendance pleine et entière pour le Centre Jules-Léger. Un vœu qui sera exaucé officiellement à partir d’août prochain.

Différences de style, et différence de statut 

Il faudra s’y habituer, Kelly Burke n’est pas François Boileau. Une question d’abord de style. Ancienne sous-ministre adjointe aux Affaires francophones de 2014 à 2019, la collaboratrice de Paul Dubé fait montre de sobriété et de convenance dans ses déclarations, à la différence d’un François Boileau plus flamboyant.

La liberté de ton de ce dernier ne plaisait pas forcément. Pour certains, la suppression de son poste par le gouvernement Ford, en novembre 2018, était un choix idéologique plus qu’économique. L’utilisation par le bureau de l’ombudsman de seulement deux tiers de son budget de 32 millions de dollars pour 2019 est venue raviver cette hypothèse.

Au moment d’annoncer la nomination de Mme Burke, le 13 janvier, le bureau de l’ombudsman avait écrit une phrase équivoque : « La commissaire sera aussi indépendante des groupes d’intérêts et des lobbyistes. Son rôle consistera à travailler dans l’indépendance et l’impartialité pour promouvoir les droits linguistiques des francophones, et non pas à être porte-parole d’un groupe, quel qu’il soit. »

Une déclaration qui ressemblait à l’exigence pour elle de cesser toute proximité avec les militants francophones.

Preuve que le terme d’indépendance est désormais vidé de sa substance : l’ancien compte Twitter du Commissariat aux services en français a été tout bonnement supprimé.

Vers un retour d’une indépendance totale ?

La crise de la COVID-19 a mis pour le moment au second plan les revendications pour un retour à l’indépendance du Commissariat aux services en français.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) espère toujours l’adoption d’une Loi sur les services en français revitalisée qui contiendrait cette mention d’indépendance. Informée de la démarche, la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, n’a pas montré de geste d’ouverture.

Kelly Burke possède un CV impressionnant. Nul doute qu’elle peut être une bonne commissaire aux services en français. La volonté, la vision et la passion peuvent parfois briser le carcan des institutions et transporter des montagnes. À elle de jouer.

Cette analyse est aussi publiée sur le site du quotidien Le Droit du 6 juillet.

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