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Pourquoi l’Ontario ne sera pas la Corée du Sud

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Déjà la septième semaine de confinement qui débute, et un bout du tunnel invisible dans cette crise du coronavirus. Pour espérer sortir de l’ornière, les pays comparent leurs méthodes. Et une nation retient l’attention : la Corée du Sud.

Changement de ton la semaine dernière à Queen’s Park. Après les perspectives extrêmement sombres tablant sur 80 000 cas pour 1 600 morts, les experts en santé publique ont revu leurs prévisions à la baisse. Les épidémiologistes prévoient maintenant plus de 20 000 cas de COVID-19.

« Selon des données récentes, si les mesures actuelles limitant la propagation de la maladie demeurent en place, l’Ontario semble suivre le scénario de la Corée du Sud », a même indiqué un rapport provincial.

Ce scénario sud-coréen serait même le meilleur de trois hypothèses, la pire se rapprochant du modèle italien. Une vision optimiste donc.

Si les nations occidentales, incluant l’Ontario, aiment cette comparaison avec la Corée du Sud, c’est parce que le « pays du matin calme » partage avec eux plusieurs attributs : une économie dynamique, la 11e du monde précisément, ainsi qu’une démocratie bien implantée et solide.

Autant d’indicateurs de transparence, à la différence de la Chine, qui rendent pertinentes les données coréennes. Le nombre de cas de personnes contaminées y est stabilisé à un peu plus de 10 000, de même celui des décès qui plafonne à 242, en Corée du Sud, selon les chiffres de samedi.

Un dépistage très différent

Toute comparaison n’est cependant pas raison. Et il y a peu de chances que le scénario sud-coréen soit atteint en Ontario.

La première concerne directement les tests. La Corée du Sud a mis les moyens pour répondre à la pandémie. Alors que « seulement » quelques cas étaient répertoriés en février, le pays dépistait déjà 20 000 personnes par jour.

Le 10 avril, un mois après le début de la crise, l’Ontario admettait ne tester… que 4 000 personnes par jour, soit sensiblement deux fois moins que la Corée du Sud par habitant. Dans ces conditions, les 16 000 tests quotidiens promis par le gouvernement Ford pour mai seront aussi nécessaires que tardifs.

Avec plus de 14 000 personnes contaminées, l’épidémie a déjà atteint un point avancé en Ontario, sans compter que l’absence d’un dépistage massif biaise les chiffres, en sous-estimant les cas asymptomatiques.

Se comparer à la Corée du Sud, c’est aussi oublier que Séoul a développé de manière intensive le traçage des citoyens à l’aide de plusieurs technologies. De telles mesures sur le sol canadien poseraient un enjeu de libertés publiques.

Enfin, dans son malheur, le gouvernement coréen a bénéficié d’un certain avantage dans ce « tracking ». La plupart des premiers cas appartenaient à des membres d’une secte chrétienne. Une partie de l’épidémie a pu dès lors être freinée.

L’Ontario et le Canada s’en sortent mieux

Mais tout n’est pas sombre pour l’Ontario. Le taux de mortalité de 5,6 pour 100 000 habitants – un chiffre dans la moyenne canadienne – est très inférieur aux États-Unis et à l’Europe où, à quelques exceptions, le dépistage massif est aussi absent.

Au Canada, le confinement décrété rapidement par les différents paliers gouvernementaux, et une densité de population beaucoup plus faible empêchent une propagation trop grande.

À la lumière des résultats des voisins, le Canada incluant l’Ontario s’en sort bien. Mais l’Ontario, à la différence de la Corée du Sud, devra patienter encore des semaines, voire des mois, pour sortir de cette crise inédite.

Cette analyse est aussi publiée sur le site du quotidien Le Droit le 27 avril.

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