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Santé : « On observe des similitudes en termes de besoins entre les zones reculées d’Ontario et les zones rurales d’Afrique »

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI  :

Annie Thériault est directrice associée de la société torontoise d’investissement CBIV (Cross border impact ventures). Basée en Ontario, la jeune francophone y occupe le poste de chef des investissements de Grands Défis Canada et est également directrice générale du marché de l’innovation Every Woman Every Child.

CONTEXTE  :

Dans la foulée de l’annonce de sa création, CBIV se targue d’avoir déjà levé 30 millions de dollars et prévoit atteindre les 100 millions pour cette première tranche. Une partie de ce pactole sera investie dans des entreprises ontariennes opérant dans les technologies de la santé et répondant aux besoins des femmes, des enfants et des adolescents.

ENJEU  :

Au-delà des enjeux provinciaux et nationaux, CIBV affiche des objectifs pour le moins ambitieux. En effet, ses responsables comptent sauver quelque 500 000 vies, en plus d’améliorer le quotidien de 10 millions de femmes et d’enfants mal desservis en matière de services de santé dans des pays émergents.

« CBIV est une toute nouvelle société d’investissement qui se veut avec une dimension sociale et humaine. Est-ce que la finance et le social ne représentent pas deux mondes incompatibles ?  

Cela est valable pour les boîtes d’investissement classique, parce qu’historiquement, ces entreprises considèrent ces deux domaines et ces deux buts comme étant opposés. Mais en ce qui nous concerne, on est un investisseur d’impact et on a un principe autre, on croit qu’on n’a pas besoin de certifier les rendements financiers pour avoir des impacts directs sur le terrain. Aussi, on travaille beaucoup avec des organismes à but non lucratif.  

Quelles sont alors les contreparties que vous demandez aux entreprises choisies pour un retour sur ces investissements ? Vous ne leur donnez tout de même pas des millions pour leurs beaux yeux !

Chaque investissement qu’on fait répond à des exigences en amont et en aval. Par exemple, parmi les critères essentiels de choix des entreprises dans lesquelles on va investir, il faut que ces dernières aient une application femmes et enfants ou adolescents et il faut aussi que la technologie en question soit applicable aux pays émergents. Quant au retour sur investissement, au niveau du capital-risque, comme tout investisseur aujourd’hui, on s’attend qu’à la fin du compte, lorsque la compagnie sera vendue, celle-ci rapportera trois à cinq fois la mise de départ.

Vous êtes donc une sorte d’incubateur ?

Pas vraiment, dans la mesure où on investit dans des entreprises un peu plus matures. Mais en effet, c’est le même principe.

Dans la foulée, CBIV vient d’annoncer qu’elle procédera à ses premiers investissements durant le premier trimestre 2022. Pouvez-vous nous donner plus de détails ?

Malheureusement, je ne peux rien vous dire là-dessus parce qu’on est encore en train de négocier avec les compagnies afin de déterminer les montants alloués à chacune et la manière dont ils seront investis. Mais une annonce sera prochainement faite dans ce sens. Par contre, ce qui est intéressant à propos des technologies qu’on veut soutenir dans la province, c’est que du point de vue du diagnostic par exemple, on observe de grandes similitudes en termes de besoins entre les personnes qui vivent dans les zones reculées d’Ontario et les zones rurales d’Afrique, et ce pour plusieurs raisons dont une mauvaise connectivité.  

Y a-t-il des entreprises francophones dans le lot ?  

C’est très probable, c’est tout ce que je peux vous dire à ce stade. En revanche, je peux vous dire qu’on accorde une attention spéciale pour les pays francophones d’Afrique.

Dans votre communiqué de lancement, CBIV se fixe un objectif, et pas des moindres, de sauver un demi-million de vies dans le monde  ! Ce n’est pas un peu ambitieux, surtout dans un contexte pandémique ?

Oh que oui  ! C’est très ambitieux, toutes les choses qui valent la peine d’être faites dans la vie sont ambitieuses. Cela dit, on n’a pas donné ce chiffre pour le donner. On a fait un partenariat avec Grands Défis Canada qui, je vous le rappelle, a investi dans plus de 1300 projets durant la dernière décennie. On avait choisi des projets qui ressemblaient un peu à ceux-là. Donc, à partir de là, on avait de la matière pour faire des estimations et des projections. Par contre, on a calculé que pour atteindre ce but, il nous faudrait un fond de 250 millions de dollars, voire plus. C’est notre mission que de sauver ces personnes. »

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