Transfert du campus Glendon : l’AFO s’y oppose et propose une autre option
L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’oppose au transfert des programmes du Collège Glendon vers Keele, le méga campus anglophone de l’Université York. Si le projet persiste et que Glendon perd son campus historique, l’AFO proposera au ministère des Collèges et Universités le transfert de l’ensemble des programmes du Collège Glendon vers l’Université de l’Ontario français (UOF). Pour la ministre des Affaires francophones, au contraire, il s’agit « juste » d’un déménagement.
Alors qu’une proposition de restructuration impliquant le déménagement du Collège Glendon est sur la table du Conseil de la faculté, l’AFO s’oppose fermement au projet : hors de question que les francophones soient dilués dans un campus anglophone.
« C’est important de garder cet espace francophone (le Collège Glendon) », estime le président Fabien Hébert, qualifiant le campus de North York de « point de rassemblement pour la communauté ».
« Pour nous, la restructuration proposée n’est pas acceptable, tranche-t-il. On veut qu’il demeure où il est (sur le campus actuel). »

Et si le projet continuait à aller de l’avant et que le déménagement était adopté? « On pourrait suggérer qu’ils transfèrent les programmes à l’UOF », lâche M. Hébert au micro d’ONFR.
Ce regroupement de l’UOF et Glendon permettrait ainsi de réaliser un ancien projet évoqué au moment des réflexions sur la création de l’UOF. À l’époque, l’idée de mettre tous les programmes francophones sous un même toit avait les faveurs de nombreux acteurs convaincus que seul ce modèle pouvait garantir le succès du postsecondaire « par et pour » les Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes à Toronto.
Mais ce plan avait été écarté, par manque de consensus entre les tenants du regroupement et les universités impliquées. L’AFO, la FESFO et le RÉFO militaient pour un tel regroupement, conférant à l’UOF un mandat provincial sans compétition entre universités de langue française, contrairement au principal du Collège Glendon qui s’y opposait au nom de la spécificité bilingue de son établissement et de la complémentarité de l’offre de programmes.
C’est la première fois que l’AFO prend position de cette manière dans le dossier de la restructuration du Collège Glendon, une faculté bilingue unique dans la région de Toronto en déficit et confrontée à une baisse considérable de ses effectifs étudiants.
Cette situation budgétaire a conduit la rectrice à soumettre au Conseil de la faculté une proposition qui inclut le transfert du campus bilingue de Glendon à celui (anglophone) de Keele, la perte de son statut de faculté au profit de celui de collège, ainsi que le maintien de la désignation partielle de l’Université York en vertu de la Loi sur les services en français (LSF).
L’AFO regrette d’autant plus qu’une telle proposition soit envisagée alors que des travaux de rénovation avaient récemment été entrepris au campus Glendon, grâce à des fonds dédiés à la francophonie.
La ministre des Affaires francophones sereine
Interrogée par ONFR, la ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, parle comme si la question du déménagement était réglée : « Tous les cours et formations offerts sur le campus Glendon vont continuer au campus Keele, pour que les étudiants puissent poursuivre les études qu’ils ont commencées. »
« Ça va juste déménager d’un campus à l’autre », tente-t-elle de rassurer, indiquant que des discussions continuent entre le ministre des Collèges et Universités Nolan Quinn et l’Université York.

Cet argument est indéfendable pour Samuel Nieva, président de l’Association étudiante du Collège Glendon (AÉCG). « Le bilinguisme ne peut pas simplement être transféré d’un lieu à un autre sur le papier, clame-t-il. On ne peut pas se contenter d’affirmer que les programmes en français se poursuivront et en conclure pour autant que Glendon restera bilingue. »
Selon lui, « l’environnement dans lequel ces programmes s’inscrivent est important. Les services qui les encadrent sont importants. La possibilité d’utiliser le français dans les interactions quotidiennes est importante. La culture de l’établissement est importante. »
Autant de points qui ne seraient pas garantis, de l’avis de plusieurs étudiants et professeurs, dans la proposition présentée par la rectrice par intérim de l’Université York, Laina Bay-Cheng.
Le commissaire aux services en français considère « les options sur la table »
Quelle que soit l’issue de ce dossier, le Collège Glendon est assujetti à la Loi sur les services en français. « Cette loi établit des normes très claires et les obligations doivent être respectées », prévient Carl Bouchard, le commissaire aux services en français.
Ce dernier croit qu’une université ne peut plus faire n’importe quoi, depuis que son rapport sur l’Université Laurentienne a posé les balises à suivre avant de prendre une décision lourde de conséquences pour les droits francophones dans le postsecondaire.
« La LSF exige de la part des ministères concernés et de l’université de travailler ensemble », dit-il, invitant toute personne ayant « des préoccupations sur ce qui s’opère » à contacter son bureau.

Et de rappeler que « les obligations de la LSF sont quasi constitutionnelles. Elles font partie du tissu législatif de l’Ontario. Elles doivent être prises très au sérieux et, en aucun cas, on peut se permettre de diluer leur importance. »
Le commissaire n’a pas voulu révéler si des plaintes étaient déposées à ce stade, ni s’il comptait lancer une enquête. « Je laisse des options sur la table, selon si des enjeux sont portés à notre attention et si notre intervention est nécessaire d’une façon spécifique. Je déterminerai au fur et à mesure. »
Rappelant que toute décision relative au fonctionnement du campus universitaire ou à l’utilisation des terrains relève exclusivement de chaque établissement, le ministère des Collèges et Universités dit toutefois « suivre l’évolution du dossier » s’attendant à ce que « l’Université York continue de satisfaire aux exigences de sa désignation en vertu de la LSF ».
À l’heure où nous écrivons ces lignes, l’UOF n’a pas donné suite à nos sollicitations médiatiques.